Une constance de l’esprit humain (Revel)

septembre 20, 2008

La longue tradition, échelonnée sur deux millénaires et demi, des œuvres des utopistes, étonnamment semblables, jusque dans les moindres détails, dans leurs prescriptions en vue de construire la Cité idéale, atteste une vérité: la tentation totalitaire, sous le masque du démon du Bien, est une constante de l’esprit humain. Elle y a toujours été et y sera toujours en conflit avec l’aspiration à la liberté.

Jean-François Revel, in La Grande Parade

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Cantines nationales (Verly)

septembre 18, 2008

En vérité, nous avons le bonheur de vivre à une époque mémorable, dont on parlera dans la suite des siècles. Ce matin, à la même heure, cinq mille cantines pouvant nourrir chacune mille personnes ont été ouvertes à Paris. C’est une organisation véritablement merveilleuse, pleine de méthode et de simplicité, digne des vertus des anciens Spartiates.
Nous sommes loin du temps où une bourgeoisie sensuelle allait se gorger de nourritures raffinées et dispendieuses au Grand-Hôtel ou au Café Riche et n’enivrer de vins capiteux à 10 ou 15 francs la bouteille. Maintenant, dans notre société socialisée, on ne peut plus gaspiller pour un seul repas de quoi assurer l’existence de toute une honnête famille pendant un mois. Plus de garçons habillés comme des notaires, en habit noir et en cravate blanche, plus de cartes des mets et des vins reliées aussi richement que des missels, plus de vaisselles d’argent, plus de cristaux, plus de nappes à ramages orgueilleux.
Dans nos cantines sociales, tout est réglementé selon la raison jusque dans les plus petits détails, et nul n’y est favorisé aux dépens des autres. Naturellement, on ne peut manger indifféremment dans toutes les cantines, car cela jetterait dans le service des perturbations impossibles à prévoir et il y aurait en quelques heures des cantines totalement dégarnies de provisions, alors que d’autres seraient encore surabondamment fournies. Nos gouvernants sont des hommes d’État trop expérimentés pour n’avoir pas aperçu d’avance et sagement évité cet écueil.
On ne peut manger que dans la cantine où l’on s’est fait inscrire, et pour cette inscription, on a le choix entre les cantines du quartier de son domicile et de celui de son travail. Les déjeuners sont servis de dix heures à midi et demi; les diners, de cinq à huit heures.
Chacun combine le moment de ses repas conformément à ses heures de loisir, qui dépendant naturellement de son genre d’occupation. Malheureusement, c’est seulement le dimanche qu’il m’est permis de manger avec ma femme, comme j’en ai l’habitude depuis vingt-cinq ans, car nos heures de travail sont tout à fait différentes.
– Alors, je ne pourrai plus avaler une seule bouchée! s’est exclamée Louise, quand elle a été instruite de ce contretemps.
– Je le regrette comme toi, chère femme, lui ai-je répondu ; mais il faut déployer de la bonne volonté : car c’est aux socialistes inébranlables dans leur foi, comme nous le sommes, qu’il appartient de donner le bon exemple. Notre illustre Jaurès n’a-t-il pas écrit que l’intensité des satisfactions est en raison directe de leur rareté ?
Je dois expliquer maintenant comment les cantines fonctionnent.
En entrant, on passe devant un guichet occupé par un comptable, auquel on présente son livret. L’employé en détache un coupon d’alimentation et vous remet en échange un numéro, comme aux bureaux d’omnibus. L’administration a eu la bienfaisante pensée de placer des bancs le long des murs, pour que l’on puisse attendre sans fatigue l’appel de son numéro; c’est seulement dans les moments de presse, quand les bancs sont pleins, qu’on attend debout. La cantine est divisée en plusieurs sections correspondant à la couleur des numéros, et chacune a son surveillant chargé d’appeler les tablées à mesure que des vides se produisent.
A l’appel de votre numéro, dans votre série, vous passez au guichet du buffet, où l’on vous remet votre portion, que vous devez porter vous-même à la table qui vous est assignée par un garde social.
Car ce sont les miliciens de la police qui font ici le service d’ordre, et je dois reconnaitre que leur présence est nécessaire, au moins pour les premiers temps. Toute cette organisation méthodique est nouvelle, le public, encore esclave de ses anciennes habitudes, n’y est pas accoutumé, et il ne manque pas de gens qui manquent de patience et de calme.
Mais je dois constater, d’autre part, que les policiers n’apportent pas dans l’accomplissement de leur mission l’urbanité, la cordialité qui s’imposent dans une société vraiment fraternelle. Les nécessités gouvernementales ont fait porter leur nombre à trente mille; ils se sentent devenus indispensables, ils font maintenant les importants et reprennent peu à peu les allures désagréables du régime bourgeois.
La cohue aussi est véritablement trop grande dans les cantines; on sera obligé d’en augmenter le nombre, sinon on n’arrivera pas à servir dans le temps voulu un pareil nombre de consommateurs et il s’ensuivra une perturbation regrettable dans le travail.
Ce n’est pourtant pas la durée du repas qui est cause de ce retard. Cette durée est même trop brève : un quart d’heure. Le garde social, debout, montre en main, derrière chaque rangée de tables, ne fait pas grâce d’une minute; au contraire, je crois qu’il en rogne deux ou trois pour gagner du temps. Et à son signal, il faut, bon gré, mal gré, se lever et céder la place à ceux qui attendent.
Ces places également sont trop étroitement mesurées, et cela nuit à la rapidité de l’opération : on est serré des épaules et des coudes.
Cette gêne a même amené sous mes yeux un incident comique. Le hasard avait amené côte à côte, en face de moi, un ramoneur et un farinier. Or, comme chacun accourt à la cantine au sortir de l’atelier dans le costume de sa profession, le frottement du noir et du blanc produisait sur les deux voisins des bigarrures extraordinaires qui égayaient tout le monde. Le ramoneur en riait de tout son cœur, mais le farinier s’en montrait fort courroucé.
J’ai raconté cela à ma femme, le soir, pour l’amuser un peu et la distraire du chagrin qu’elle éprouve de ne pouvoir partager mon repas comme autrefois.
– Vois-tu, chère amie, cette organisation demande encore certains perfectionnements. Toute machine a besoin d’être réglée avant de fonctionner tout à fait bien, et nous sommes encore dans la période de tâtonnement. Mais ce n’est pas moins une chose qui élève l’âme de penser que, le même jour et à la même heure, toutes les cantines nationales de Paris cuisinent les mêmes mets; que chaque cantine, dans un délai fixe, alimente un nombre de bouche mathématiquement déterminé, et que par cette méthode précise se trouve économisé au profit de la collectivité le temps si follement gaspillé autrefois par la société capitaliste. Cette économie de temps est un des plus grands triomphes de notre organisation socialiste.
Un peu plus tard, comme nous revenions d’une petite promenade du côté des boulevards, nous trouvâmes la maison en émoi : la plupart des portes étaient ouvertes, les corridors, les paliers et même les escaliers garnis de voisins qui discutaient avec âpreté la question des cantines. Nous nous arrêtâmes, Louise et moi, faute de pouvoir gagner notre cinquième, et nous entendîmes une citoyenne du premier, directrice de cuisine d’une des cantines du quartier, répondre à une critique formulée avant notre entrée :
– Eh bien! ce serait du beau gâchis, si on vous écoutait! Des plats variés au choix… Ah bien, oui! Alors les premiers venus auraient les fins morceaux, et les autres, ceux qui lâchent la besogne plus tard, fricoteraient avec les déchets, pas? Et l’égalité, qu’est-ce que vous en faites?
– L’égalité des intestins, oh la la! cria une voix aux étages supérieurs.
– Vous n’avez pas la prétention d’en remontrer aux hommes de science, je suppose? répliqua la directrice. Il est démontré que 700 grammes de pain, 250 de viande, 300 de légumes, haricots, pommes de terre, pois, fèves, choux ou salade sont suffisants à l’entretien quotidien de la force et de la santé de tout individu dans l’état normal…
– Zut! riposta la voix gouailleuse. Y avait à côté de moi un fort de la halle qui avait escamoté sa portion quand je n’étais pas à la moitié de la mienne, et qui claquait encore du bec. Il a demandé un supplément, le flique l’a insulté. J’y ai repassé mon surplus et il est encore parti en suçant son pouce!
Tout le monde s’est mis à rire.
– On ne peut pas baser un raisonnement sérieux sur des exceptions, a fait judicieusement observer un chef de bureau du ministère de l’Intérieur, qui loge au second. Il avait été question tout d’abord de graduer les portions en raison du poids personnel des consommateurs, qu’on aurait inscrit sur leur livret; mais cela aurait entraîné dans le service des complications inouïes, et l’on y a renoncé.
– Vaut mieux faire jeûner les gros; ça les ramènera au poids réglementaire!
Nouveaux rires. Le chef de bureau continua sans relever la plaisanterie :
– De même pour les femmes. On avait proposé de leur attribuer des portions moins fortes qu’aux hommes…
Un charivari de protestations aiguës interrompit l’orateur, qui attendit avec patience et repris, quand le calme fut à peu près rétabli :
– Si vous n’aviez pas tant crié, vous sauriez déjà que le gouvernement a écarté cette idée, comme attentatoire à l’égalité des sexes et en contradiction avec l’égale obligation du travail.
– Ça empêche pas que les femmes et les hommes, c’est pas fichu pareil!
– L’égalité des besoins physiques est une absurdité, clama un citoyen remarquablement obèse, appuyé à la rampe sur le palier du troisième étage. C’est pas ma faute, si j’ai la boulimie. Avec ce qu’ils donnent à la cantine, j’en ai pour ma dent creuse!
– Bon! Je ne sais pas si le régime va vous décharger du superflu de votre margarine, mon gros!
– Citoyen, dit sérieusement le chef de bureau, si vous vous êtes engraissé de la sueur du peuple, comme tant d’autres, dans la société bourgeoise, tant pis pour vous. La collectivité socialiste n’est pas responsable de vos excès. Si, au contraire, votre embonpoint est simplement le résultat d’une disposition naturelle ou d’une existence trop sédentaire, vos huit heures de travail régulier et les exercices auxquels vous pourrez vous livrer pendant vos huit heures de loisir vous débarrasseront de votre infirmité.
– D’ailleurs, ajouta aigrement la directrice, chacun est libre de faire à son domicile des repas supplémentaires, si bon lui semble. Il suffit pour cela d’acheter de la nourriture avec les bons de circulation.
– Et le tabac? On voit bien que vous ne fumez pas, la bonne dame!
– En résumé, conclut la directrice, en méprisant cette apostrophe, l’alimentation est une question de chimie. Il faut un quantum déterminé de matières azotées et de matières non azotées; la science a prononcé et son arrêt a été méthodiquement exécuté. Un point, c’est tout.
– Et vive le pape infaillible!
– Un brevet à l’institutrice!
– On réclame l’émancipation de l’estomac!
– A Chaillot, les affameurs!
– Permettez, permettez, intervint le chef de bureau. Tout cela n’est pas sérieux. Le meilleur, je veux dire le moins mauvais des anciens tyrans de ce pays considérait comme un progrès idéal que chacun pût mettre la poule au pot tous les dimanches…
– Vive Henry IV!
– Qu’est-ce que cela, en comparaison de ce qu’a fait notre admirable gouvernement! Plus de citoyens sans pains, plus de vagabonds sans asile! La marmite bout pour tout le monde, tous les jours, et chacun jouit d’un toit pour abriter sa tête! En face de résultats aussi merveilleux, qui oserait s’arrêter à de misérables critiques de détails basées sur des exceptions individuelles?…
Nous montions notre escalier au fond de la cour que nous entendions encore les éclats de son éloquence.
– Ce fonctionnaire parle sérieusement, dis-je à une femme, et il a des idées très justes.
– Un curé prêche toujours pour sa paroisse, répondit amèrement Louise. Cet homme est satisfait de sa position au ministère, où il ne travaille guère et trouve sans doute des profits; il serait fâché que les choses changeassent, ça se comprend très bien.
Le chagrin persistant de ma pauvre femme m’afflige et arrête l’essor de mon âme au milieu des transformations sublimes qui s’accomplissent autour de nous. Elle est devenue impressionnable à l’excès, et sa nervosité s’accentue tous les jours. Durant nos vingt-cinq années de ménage, nous n’avons pas eu autant de désaccords que depuis la Révolution sociale, et je ne vois s’atténuer cet état d’antagonisme. Ses récriminations n’ont pas cessé depuis l’ouverture des cantines. Hier soir, comme je la voyais plus pâle et plus excitée encore que de coutume :
– N’as-tu besoin de rien? lui demandai-je. Tu sais qu’il y a là, dans l’armoire, du pain et du vin.
– Merci, Joseph. Oui, je vais essayer de tremper une croûte, car je n’en puis plus, j’ai les jambes comme cassées.
– N’as-tu donc pas mangé convenablement au dîner?
– Mangé convenablement, avec cette cuisine de caserne! C’est de la pâtée à chien qu’on fabrique dans ces boites-là. La viande, c’est une pelote de tendons séchés à force d’être cuite, et la sauce, c’est de l’eau sale… Ah! je les connais trop bien, leurs tripotages; quand je lis les « sept plats du jour » de la semaine qu’on affiche le dimanche à la porte des cantines, j’en ai l’estomac retourné. Je vois d’avance ce qu’on nous offrira sous le nom de bouilli du lundi, du navarin du mardi, des escalopes du mercredi, de la raie au beurre noir du jeudi et le reste à l’avenant. J’ai beau me raisonner, mon gosier se ferme, je ne peux plus rien avaler.
– Tu me fais de la peine, ma bonne Louise. Pourtant, combien de fois ne t’ai-je pas entendu te plaindre, sous l’ancien régime, de ne pas savoir où donner de la tête tant la vie devenait chère! Et comme tu étais contente, le dimanche, quand nous allions dîner dans une gargotte de banlieue, parce que, ces jours-là, tu n’avais pas à t’occuper de la cuisine!
– Eh bien! maintenant, je donnerais la moitié des années qui me restent pour retourner à ce temps-là.
Chaque jour nous avons de ces algarades. Je me dis bien, en mon pardedans, que c’est l’habitude des femmes de se tourmenter comme à plaisir et de trouver toujours à reprendre dans les choses qu’elles ne font pas elles-mêmes; je n’en suis pas moins inquiet et attristé.
J’espère que, quand elle aura vu seulement une fois les enfants et le grand-père dans leurs établissements, – car jusqu’à présent, par mesure d’ordre, on n’a pas autorisé les visites;- quand elle aura constaté combien ils sont bien portants, heureux et gais, elle recouvrira la paix de l’âme et reprendra sa bravoure de caractère, qui jadis ne l’abandonnait jamais, même dans les moments difficiles que nous avons eus à traverser.

Hippolyte Verly, in Les socialistes au pouvoir

Les origines de la valeur (Étienne Bonnot de Condillac )

septembre 10, 2008


Une chose n’a pas une valeur, parce qu’elle coûte, comme on le suppose ; mais elle coûte, parce qu’elle a une valeur.

Je dis donc que, même sur les bords d’un fleuve, l’eau a une valeur, mais la plus petite possible, parce qu’elle y est infiniment surabondante à nos besoins. Dans un lieu aride, au contraire, elle a une grande valeur ; et on l’estime en raison de l’éloignement et de la difficulté de s’en procurer. En pareil cas un voyageur altéré donneroit cent louis d’un verre d’eau, et ce verre d’eau vaudroit cent louis. Car la valeur est moins dans la chose que dans l’estime que nous en faisons, et cette estime est relative à notre besoin : elle croît et diminue comme notre besoin croît et diminue lui-même.

Comme on juge que les choses n’ont point de valeur quand on a supposé qu’elles ne coûtent rien, on juge qu’elles ne coûtent rien quand elles ne coûtent point d’argent. Nous avons bien de la peine à voir la lumière. Tâchons de mettre de la précision dans nos idées.

Quoiqu’on ne donne point d’argent pour se procurer une chose, elle coûte, si elle coûte un travail.

Or, qu’est-ce qu’un travail ?

C’est une action ou une suite d’actions, dans le dessein d’en tirer un avantage. On peut agir sans travailler : c’est le cas des gens désœuvrés qui agissent sans rien faire. Travailler, c’est donc agir pour se procurer une chose dont on a besoin. Un homme de journée, que j’occupe dans mon jardin, agit pour gagner le salaire que je lui ai promis ; et il faut remarquer que son travail commence au premier coup de bêche : car, s’il ne commençoit pas au premier, on ne sauroit plus dire où il commence.

D’après ces réflexions préliminaires, je dis que, lorsque je suis loin de la rivière, l’eau me coûte l’action de l’aller chercher ; action qui est un travail, puisqu’elle est faite pour me procurer une chose dont j’ai besoin ; et, lorsque je suis sur le bord de la rivière, l’eau me coûte l’action de me baisser pour en prendre ; action qui est un bien petit travail, j’en conviens : c’est moins que le premier coup de bêche. Mais aussi l’eau n’a-t-elle alors que la plus petite valeur possible.

L’eau vaut donc le travail que je fais pour me la procurer. Si je ne vais pas la chercher moi-même, je payerai le travail de celui qui me l’apportera ; elle vaut donc le salaire que je donnerai ; et par conséquent les frais de voiture sont une valeur à elle. Je lui donne moi-même cette valeur, puisque j’estime qu’elle vaut ces frais de voiture.

On seroit bien étonné si je disois que l’air a une valeur ; et cependant je dois lé dire, si je raisonne conséquemment. Mais que me coûte-t-il ? Il me coûte tout ce que je fais pour le respirer, pour en changer, pour le renouveler. J’ouvre ma fenêtre, je sors. Or chacune de ces actions est un travail, un travail bien léger, à la vérité, parce que l’air, encore plus abondant que l’eau, ne peut avoir qu’une très-petite valeur.

J’en pourrois dire autant de la lumière, de ces rayons que le soleil répand avec tant de profusion sur la surface de la terre ; car certainement, pour les employer à tous nos usages, il nous en coûte un travail ou de l’argent.

Ceux que je combats regardent comme une grosse méprise de fonder la valeur sur l’utilité, et ils disent qu’une chose ne peut valoir qu’autant qu’elle a un certain degré de rareté. Un certain degré de rareté ! Voilà ce que je n’entends pas. Je conçois qu’une chose est rare, quand nous jugeons que nous n’en avons pas autant qu’il en faut pour notre usage ; qu’elle est abondante, quand nous jugeons que nous en avons autant qu’il nous en faut, et qu’elle est surabondante, quand nous jugeons que nous en avons au-delà. Enfin, je conçois qu’une chose dont on ne fait rien, et dont on ne peut rien faire, n’a point de valeur, et qu’au contraire une chose a une valeur, lorsqu’elle a une utilité : et, si elle n’en avoit pas une, par cela seul qu’elle est utile, elle n’en auroit pas une plus grande dans la rareté, et une moindre dans l’abondance.

Mais on est porté à regarder la valeur comme une qualité absolue, qui est inhérente aux choses indépendamment des jugemens que nous portons, et cette notion confuse est une source de mauvais raisonnemens. Il faut donc se souvenir que, quoique les choses n’aient une valeur que parce qu’elles ont des qualités qui les rendent propres à nos usages, elles n’auroient point de valeur pour nous, si nous ne jugions pas qu’elles ont en effet ces qualités. Leur valeur est donc principalement dans le jugement que nous portons de leur utilité ; et elles n’en ont plus ou moins que parce que nous les jugeons plus ou moins utiles, ou qu’avec la même utilité nous les jugeons plus rares ou plus abondantes.

Étienne Bonnot de Condillac in Le commerce et le gouvernement considérés relativement l’un à l’autre

La fin politique la plus haute (Acton)

septembre 5, 2008


La liberté n’est pas un moyen pour une fin politique plus haute. Elle est la fin politique la plus haute. Ce n’est pas en vue de réaliser une bonne administration publique que la liberté est nécessaire, mais pour assurer la poursuite des buts les plus élevés de la société civile et de la vie privée.

John Emerich Edward Dalberg, baron Acton of Aldenham, in The History of Freedom in Antiquity

( Si un lecteur pouvait avoir l’obligeance de confirmer la source…)

Ni Kafka, ni Joyce, ni Proust (Mario Vargas Llosa)

août 31, 2008


Ni Kafka, ni Joyce, ni Proust n’ont eu besoin de l’appui de l’Etat pour écrire ce qu’ils ont écrit, ni l’oeuvre d’un Wajda, d’un Tadeusz Kantor ou d’un Grotowski n’a résulté des subventions culturelles du socialisme. Et ces six créateurs, bien qu’ils ne soient pas faciles et qu’ils exigent de leurs lecteurs ou spectateurs un effort intellectuel, ont trouvé un public qui pour les six est allé en s’élargissant, comme les cercles concentriques. Une société doit avoir l’art et la littérature qu’elle mérite : ceux qu’elle est capable de produire et ceux qu’elle est prête à payer. Et il est bon que les citoyens assument aussi dans ce domaine leurs propres responsabilités sans y renoncer devant les fonctionnaires, pour éclairés qu’ils soient.

Mario Vargas Llosa in Les enjeux de la liberté (Desafíos a la libertad)

Erratum

août 29, 2008

Cette note publiée le 25 octobre 2007 et attribuée à Ernst Jünger… s’est avérée un extrait d’Individual Liberty par Benjamin Tucker.

En revanche, Jünger le cite effectivement dans Eumeswil.

Mille pardons, chers lecteurs.

Malibu Mermaid

août 29, 2008

Déjà plus de 100 000 vidéos vues sur Youtube…

Cet énorme non sequitur ( Murray Rothbard )

août 26, 2008

Les défenseurs de l’Etat, y compris les philosophes aristotéliciens et thomistes classiques, sont tombés dans cet énorme non sequitur qui consiste à sauter de la nécessité de la société à la nécessité de l’Etat.

Murray Rothbard in L’éthique de la liberté

Être gouverné ( Pierre-Joseph Proudhon )

août 22, 2008


Être gouverné, c’est être gardé à vue, inspecté, espionné, dirigé, légiféré, réglementé, parqué, endoctriné, prêché, contrôlé, estimé, apprécié, censuré, commandé, par des êtres qui n’ont ni titre, ni la science, ni la vertu… Être gouverné, c’est être à chaque transaction, à chaque mouvement, noté, enregistré, recensé, tarifé, timbré, toisé, coté, cotisé, patenté, licencié, autorisé, admonesté, empêché, réformé, redressé, corrigé. C’est sous prétexte d’utilité publique et au nom de l’intérêt général être mis à contribution, exercé, rançonné, exploité, monopolisé, concussionné, pressuré, mystifié, volé ; puis, à la moindre réclamation, au premier mot de plainte, réprimé, amendé, vilipendé, vexé, traqué, houspillé, assommé, désarmé, garrotté, emprisonné, fusillé, mitraillé, jugé, condamné, déporté, sacrifié, vendu, trahi, et pour comble, joué, berné, outragé, déshonoré. Voilà le gouvernement, voilà sa justice, voilà sa morale !

Pierre-Joseph Proudhon in Idée générale de la révolution au XIXe siècle

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Bonne lecture !

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