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Vive les Cartels libres (Pascal Salin)

janvier 27, 2008

Les craintes traditionnelles à l’égard des « grands monopoles capitalistes » trouvent une prolongation dans les inquiétudes que soulèvent les ententes et cartels entre entreprises privées. Un cartel est un accord par lequel les entreprises signataires décident d’homogénéiser leurs productions. Elles peuvent ainsi décider de proposer an prix identique pour leurs biens et / ou des biens et services dont les caractéristiques sont standardisées. Ces pratiques semblent être anti-concurrentielles puisqu’elles conduisent les entreprises membres du cartel à s’interdire réciproquement d’essayer de « concurrencer » les autres en proposant un prix plus faible et / ou un produit meilleur. En d’autres termes, s’il est vrai que la concurrence conduit à la recherche de la différenciation, l’uniformisation, plus ou moins complète, à laquelle vise le cartel peut être considérée comme une pratique anti-concurrentielle. Il paraît alors légitime de mettre en place une législation permettant de lutter contre les cartels et de réintroduire la concurrence.
L’image négative que l’on attache aux cartels vient donc de ce l’on estime a priori que les producteurs qui s’organisent ainsi visent nécessairement à éviter la concurrence entre eux et à acquérir un pouvoir monopolistique susceptible de leur permettre d’imposer un « super-profit », c’est-à-dire d’exploiter les acheteurs. En supprimant la possibilité d’une guerre des prix entre eux, ils imposeraient donc un prix plus élevé que le prix de concurrence. Mais dans cette interprétation de l’existence des cartels il faut bien tenir compte d’un fait troublant. S’il est vrai que les êtres humains recherchent toujours des occasions de profit, lorsqu’un cartel impose un prix « trop » élevé, quelqu’un doit normalement s’en apercevoir et essayer d’accaparer la totalité, ou tout au moins une partie substantielle du marché, tout simplement en proposant un prix plus faible que celui du cartel. Ce producteur peut être ou bien un nouveau venu sur le marché ou bien un dissident du cartel qui trouve donc un intérêt à briser l’accord avec les autres producteurs. Mais il ne peut évidemment en être ainsi que dans la mesure où la liberté contractuelle existe, c’est-à-dire qu’il y a liberté d’entrer sur le marché en question et d’y proposer sa production à un prix librement déterminé.
Il résulte logiquement de cette remarque qu’un cartel ne peut subsister durablement que dans deux types de situations : ou bien il résulte de l’exercice de la contrainte, ou bien, loin de se traduire par une exploitation des acheteurs, il correspond à un moyen de mieux satisfaire leurs besoins.
En ce qui concerne l’exercice de la contrainte, on peut tout d’abord envisager l’exercice d’une contrainte privée. Si, par exemple, le marché de machines il sous dans un pays est « monopolisé » par une mafia qui impose par la force des pratiques identiques à tous ses membres et qui, par ailleurs, interdit l’entrée libre de nouveaux producteurs sur ce marché, il y a bien exploitation des clients. Mais ce qui est en cause n’est pas le fait que les producteurs soient cartellisés, mais le fait que cette structure productive soit le résultat de l’exercice de la contrainte et non des libres décisions des individus.
Prenons un autre exemple, apparemment plus pacifique. Dans certains pays du Sahel, on se plaint du mauvais fonctionnement des systèmes de transport collectif par taxi-brousse et on accuse un manque de concurrence. Certains en déduisent donc que les transporteurs privés ne sont pas capables de répondre aux besoins des consommateurs de services de transport de manière efficace et qu’il conviendrait donc de mettre en place un système de transport public dont la justification serait évidemment l’existence d’un « monopole naturel » dans ce domaine. Que se passe-t-il en effet ? Plusieurs propriétaires de véhicules proposent leurs services dans une ville, par exemple une capitale, pour desservir une destination donnée en province. Mais certains véhicules sont de mauvaise qualité et les usagers potentiels, les considérant comme des cercueils ambulants, ne veulent pas les utiliser. Or, certains chauffeurs ont imposé la règle selon laquelle on doit remplir le véhicule qui attend des clients depuis le plus de temps avant de pouvoir monter dans le véhicule suivant. Ainsi, si le véhicule dont le stationnement est le plus ancien est considéré comme un cercueil ambulant, personne ne veut y monter, mais personne ne peut faire reconnaître son droit de monter dans le véhicule suivant, qui est peut-être de bonne qualité. Il arrive alors que les clients attendent des heures ou des jours avant de pouvoir partir vers leur destination. Or ce qui est en cause, ce n’est pas l’incapacité d’un système de producteurs en concurrence à satisfaire les besoins, c’est en réalité le fait que des actes d’intimidation et de contrainte physique empêchent la liberté contractuelle105. Ce qui est en cause ce n’est pas une prétendue faillite du marché et de la concurrence, c’est au contraire l’existence d’obstacles à la concurrence. La réponse ne consiste évidemment pas à créer un monopole public de transport, mais à mettre en place un système institutionnel qui garantisse la liberté contractuelle et le respect des droits individuels sans lesquels, bien sûr, la concurrence ne peut pas jouer (puisqu’elle se définit comme la liberté d’entrer sur un marché).
Mais le plus souvent la contrainte est une contrainte légale et publique. Si un cartel exploite les consommateurs c’est parce que l’État impose aux producteurs d’un bien particulier de se constituer en cartel et accorde un privilège de monopole aux membres de ce cartel. A titre d’exemple, dans beaucoup de pays, il existe un cartel obligatoire dans le domaine de la production de monnaie. Tous les producteurs de monnaie – les banques – d’un pays sont obligés de participer à un système monétaire qui n’est rien d’autre qu’un cartel monétaire. En effet, tous ces producteurs sont obligés d’homogénéiser leurs produits : les banques situées sur le territoire français (ou sur l’Euroland) doivent participer au cartel monétaire qui produit des francs (des euros) et qui est contrôlé par la Banque de France (la Banque centrale européenne). La liberté d’entrer sur le marché n’existe pas, pas plus que la liberté de quitter le cartel monétaire pour devenir producteur indépendant ou pour rejoindre un autre cartel. Par ailleurs, diverses dispositions attribuent au cartel monétaire des privilèges de type monopolistique. Il en est ainsi lorsqu’il existe un contrôle des changes qui interdit ou limite l’utilisation par les citoyens d’autres monnaies que la monnaie nationale. Plus généralement, la législation sur le cours forcé impose que les contrats signés entre résidents d’un pays soient libellés en termes de la monnaie nationale. Il en résulte bien souvent une véritable exploitation des clients, qui se traduit en l’occurrence par l’inflation. En effet, l’inflation représente une détérioration du pouvoir d’achat de la monnaie et celle-ci est rendue possible ou tout au moins grandement facilitée par l’interdiction d’utiliser une monnaie autre que la monnaie nationale106.
Ainsi, ce qui est répréhensible dans tous ces cas, ce qui porte tort aux consommateurs, ce n’est pas le fait que la production de certains biens soit assurée par des entreprises organisées en cartels, mais c’est le fait que les producteurs bénéficient de l’usage de la contrainte, qu’il s’agisse d’une contrainte privée – qui représente une atteinte aux droits individuels – ou d’une contrainte légale. Comme nous l’avons fait remarquer, il est tout à fait étonnant que l’on parte en guerre contre les monopoles privés, qui doivent leurs positions aux bienfaits qu’ils apportent à leurs clients, alors qu’on ne part pas en guerre contre les privilèges de monopole d’origine publique qui sont les seuls à apporter un « super-profit » aux producteurs et à exploiter les consommateurs. De la même manière, on se méfie des cartels privés, mais non des cartels publics. Ces derniers reposent pourtant sur la contrainte et permettent à leurs membres de bénéficier de privilèges de monopole. Le langage, de ce point de vue, n’est pas innocent. On parlera de « cartel » – mot à consonance négative – pour désigner des accords de production entre producteurs privés. Et l’on parlera bien souvent de coopération – mot à consonance positive – pour désigner les accords entre organisations publiques. Or la coopération n’est pas nécessairement bonne en soi.
Si un accord de cartel entre producteurs privés se maintient durablement sans aucun usage de la contrainte physique ou légale, on est alors forcé d’admettre que l’organisation en question permet aux producteurs de mieux répondre aux besoins de leurs clients. Et c’est effectivement le cas. Prenons un exemple, celui de l’IATA, l’organisation internationale du transport aérien, qui constitue un cartel privé. Normalement, les compagnies se concurrencent en essayant de proposer aux voyageurs des services de meilleure qualité à des prix aussi faibles que possible. Mais certains voyageurs – en particulier pour les voyages d’affaires – ne s’intéressent pas seulement au prix du transport, mais aussi à la flexibilité dont ils peuvent bénéficier dans l’organisation de leur voyage. Les compagnies aériennes répondent mieux aux besoins de ces voyageurs en homogénéisant leurs produits plutôt qu’en les différenciant. Ainsi, les billets à plein tarif régis par les accords IATA sont pratiquement substituables les uns aux autres : lorsqu’on détient un billet de ce type, émis par une compagnie particulière, on peut l’échanger presque sans difficultés et sans coût, contre un billet émis par une autre compagnie et ayant des caractéristiques proches (même prix, même type de services). Chaque compagnie estime donc qu’elle a intérêt à placer une partie de sa production de services de transport dans le cartel pour atteindre une clientèle spécifique, mais à garder une autre partie de sa production en dehors du cartel et de faire alors jouer au maximum la concurrence, c’est-à-dire la diversification.
On trouverait des exemples de ce type dans beaucoup d’activités, de telle sorte que de nombreuses entreprises doivent faire des choix stratégiques fondamentaux concernant le degré de différenciation de leurs productions par rapport aux autres producteurs et le degré d’homogénéisation. L’activité informatique en donne un bon exemple : Apple a choisi essentiellement une stratégie de différenciation, alors que les producteurs de PC choisissaient une stratégie de coordination qui, même si elle n’a pas nécessairement pris l’aspect d’accords de cartels en bonne et due forme, ne s’en est pas moins traduite par des efforts pour éviter une trop grande différenciation.
Ces exemples signifient que nous ne pouvons pas préjuger, en tant qu’observateurs extérieurs, du degré de diversification « optimal » dans une activité donnée. Il s’agit là d’un problème de stratégie productive qui tient compte de la perception des besoins du marché, c’est-à-dire des besoins concrets des clients. S’il y a liberté d’entrer sur un marché, on peut valablement faire l’hypothèse que les producteurs s’efforcent de répondre de la manière la plus satisfaisante possible à ces besoins. Il peut en résulter des structures productives très variées et qui d’ailleurs évoluent dans le temps : un très grand nombre de producteurs, ou un producteur unique, ou un cartel de producteurs. Toute législation qui vise à interdire certaines structures de marché censées correspondre à des pratiques anti-concurrentielles est donc nuisible : elle juge du résultat des processus – le nombre de producteurs à un moment donné – sans pouvoir évidemment évaluer les processus qui y conduisent 107. C’est pourquoi toute législation en faveur de la concurrence est anti-concurrentielle – en ce sens qu’elle porte atteinte à la liberté de décision, à la liberté de produire – et il est donc souhaitable qu’elle disparaisse. Il est par contre et bien évidemment souhaitable qu’il existe des procédures de défense des droits susceptibles d’empêcher l’usage de la contrainte. L’Etat, en tant que monopoleur de la contrainte légale, n’est probablement pas le mieux placé pour cela.

105 Les exemples de ce type sont en fait nombreux. Ainsi, un entrepreneur qui a mis en place un système de taxi collectif à prix bas dans le Sud de la France a subi les violences des chauffeurs de taxi traditionnels qui voulaient protéger leurs prix de cartel plus élevés. La relative immunité dont bénéficient dans la France d’aujourd’hui les auteurs de violence physique les incite évidemment à se comporter ainsi. Toujours est-il que, en dehors des limitations à la liberté d’entrée de nature administrative, la violence physique est un moyen d’imposer des « super-profits ». Mais le fait que ces super-profits soient cartellisés ne condamne pas la structure de cartel, mais l’usage de la violence.
106 Sur le fonctionnement des cartels monétaires, on peut se reporter à notre ouvrage, La Vérité sur la monnaie, Paris, Odile Jacob, 1990.
107 À titre d’exemple, une entreprise d’auto-école française a été poursuivie pour « concurrence déloyale » lorsqu’elle pratiquait des prix plus bas que les autres entreprises similaires de sa ville ; elle a été poursuivie pour collusion lorsqu’elle a, en conséquence, décidé de pratiquer les mêmes tarifs que les autres … Sans doute l’aurait-on poursuivie pour exploitation des consommateurs si elle s’était ensuite décidée à demander des prix plus élevés.

Pascal Salin, in Libéralisme

Le fondement des droits de propriété (Pascal Salin)

janvier 27, 2008

Le fondement des droits de propriété
Si la propriété privée est souvent dénoncée et critiquée ; si le système qui repose sur une définition claire des droits de propriété, à savoir le capitalisme, est considéré comme menaçant, c’est tout simplement parce qu’on ne possède pas une perception correcte de l’activité humaine. On considère implicitement le plus souvent qu’il existe des richesses et que le problème essentiel est de répartir ces richesses de la manière la plus « juste » possible. Le capitalisme, système d’appropriation privée des ressources, est considéré comme contraire à cette vision communautariste et altruiste. En réalité, le capitalisme est moralement fondé parce qu’il correspond à la nature profonde de l’activité humaine. Et c’est bien pourquoi on peut le considérer comme un système d’organisation « efficace ».
En effet, les richesses sont toujours créées, elles n’existent pas en dehors de l’effort créateur des hommes. Prenons un exemple : un diamant brut n’a aucune valeur, aucune utilité, il ne se distingue en rien de n’importe lequel des millions de milliards de cailloux qui jonchent le sol de notre planète, jusqu’à ce que quelqu’un imagine de le débarrasser de sa gangue et de le tailler de manière à le faire briller de tous ses feux. Le diamant est ainsi « inventé » par celui qui sait imaginer un usage particulier – après transformation éventuelle – d’une ressource qui avait toujours existé, mais qui n’avait jusqu’alors jamais été utile pour les êtres humains. C’est bien dire que le diamant brut n’est pas une richesse humaine aussi longtemps que l’esprit humain ne s’est pas appliqué à lui donner une destination. C’est dire aussi qu’on ne peut pas séparer un bien économique – une richesse – de son créateur, même s’il doit ultérieurement être échangé ou donné à d’autres personnes. L’objet utile – c’est-à-dire celui dont l’usage permet de tirer des satisfactions – n’est donc rien d’autre qu’une prolongation de la personnalité, puisqu’il est le produit d’une activité de création.
Or, si l’on admet qu’un individu est propriétaire de lui-même, c’est-à-dire qu’il n’est pas esclave d’autrui, on doit bien admettre qu’il est propriétaire des fruits de son activité, c’est-à-dire de ce qu’il a créé par l’exercice de sa raison. Dans la mesure où la création des richesses n’est qu’un simple prolongement de l’exercice individuel de la raison, la reconnaissance de la nature humaine d’un individu implique la reconnaissance de ses droits de propriété sur ce qu’il a créé. Le capitalisme, système d’appropriation privée des ressources, a donc un fondement éthique incontournable, puisqu’il est fondé sur la reconnaissance des droits de propriété des créateurs sur leur création. Et il est en ce sens incohérent de lutter à la fois contre le capitalisme et contre l’esclavagisme.
En effet, il revient au même d’accaparer par la contrainte les biens produits par quelqu’un pour son propre usage et de les transférer à d’autres (qui ne les ont pas créés) ou d’établir, également par la contrainte, une relation directe d’esclavage, comme l’Histoire en a donné tant d’exemples. C’est dire aussi que les droits de propriété ne disparaissent pas par l’exercice de la contrainte, ils sont seulement transférés. Mais au lieu que les richesses appartiennent à celui qui les a créées, ce qui constitue une appropriation légitime, elles deviennent appropriées par des personnes qui n’ont pas fait l’effort de création et qui se sont contentées d’exercer la contrainte, pour leur profit ou celui d’autrui. Il convient donc d’opposer les sociétés où les droits de propriété sont légitimes – ce qui est le cas du capitalisme – et les sociétés où ils sont illégitimes – ce sont tous les cas d’appropriation par la force.
Le vol est généralement considéré comme un outrage à l’ordre moral parce qu’il porte atteinte à quelque chose de légitime. Mais assez curieusement, la réprobation cesse de s’exprimer et elle se transforme même bien souvent en une approbation vigoureuse lorsque la contrainte prend une apparence particulière, à savoir qu’elle est légale. Or, il est parfaitement admis à notre époque que le mode d’action normal de l’État soit l’exercice de la contrainte, plus précisément de la contrainte légale. Pourtant ce qui est en cause, ce n’est pas le caractère légal ou non de la contrainte, mais l’exercice même de la contrainte. Il faut donc s’appuyer sur ce point de départ : est seule légitime l’appropriation privée des ressources, c’est-à-dire celle qui est réalisée par le créateur de ces ressources. Celui-ci peut donc légitimement exclure quiconque de leur usage. Symétriquement est illégitime toute appropriation par la contrainte, la contrainte publique ou légale ne faisant pas exception de ce point de vue.
L’opposition habituelle entre la propriété privée et la propriété collective (ou publique) ne constitue donc pas l’opposition essentielle. La différence fondamentale est celle qui existe entre l’appropriation pacifique et légitime, d’une part, l’appropriation par la force et illégitime, d’autre part. Existe-t-il des situations où la contrainte elle-même est désirée par les individus et où elle peut, par conséquent, devenir légitime ? C’est une question que nous aurons à nous poser par la suite. Mais le point de départ de toute réflexion sociale paraît clair : un droit de propriété existant résulte-t-il d’un acte de création par un individu libre ou d’un acte de contrainte consistant à confisquer les richesses créées par autrui, quelles qu’en soient les raisons ? On ne pourra jamais faire que l’exercice libre de la raison soit équivalent à l’exercice de la contrainte et c’est pourquoi tout acte étatique nous paraît a priori suspect. Pour être légale la contrainte étatique n’en est pas moins contrainte et donc incompatible avec la liberté des créateurs. Or, tous les hommes sont créateurs, bien que selon des modalités et à des degrés divers.
Imaginons donc un monde d’où la contrainte soit exclue. Les droits de propriété naîtraient de l’activité même des individus et donc de la création de richesses. Bien entendu, cela n’implique absolument pas que le droit de propriété soit attaché à la personne de manière indissoluble. Il y a simplement légitimation du droit de propriété par la création initiale. Mais précisément dans la mesure où les droits de propriété sont reconnus de manière complète, puisque aucun acte de contrainte ne peut venir les éroder, le propriétaire a un droit exclusif sur les choses qu’il possède. Ce droit exclusif implique donc nécessairement la faculté de transférer à autrui. Or, il existe deux modes de transfert libres : le don et l’échange. Celui qui reçoit un bien produit par autrui à titre de don en devient le propriétaire légitime, puisque les droits ont été transférés par celui qui était un propriétaire légitime, ce qui impliquait bien le droit de transférer (partiellement ou totalement, provisoirement ou définitivement). C’est dire qu’il n’existe pas de répartition légitime en dehors de celle qui est faite par les propriétaires légitimes des biens répartis. Par conséquent, parler – comme le font souvent les économistes, les hommes politiques ou les journalistes – de « répartition du revenu national » consiste à légitimer l’usage de la contrainte, à considérer que le Grand Répartiteur est un propriétaire légitime de ce qu’il n’a pas créé. C’est en fait inacceptable. Il n’y a pas de ressources à répartir en dehors de celles qui sont réparties par leurs propriétaires légitimes.
Quant à l’échange, il consiste toujours, dans l’hypothèse extrême d’absence de contrainte dans laquelle nous nous sommes placés, à transférer des droits de propriété légitimes contre d’autres droits de propriété légitimes. Ainsi, si deux individus ont créé des richesses, ils en sont les propriétaires exclusifs et ils agissent légitimement lorsqu’ils échangent le produit de leur activité 44. Dans une société sans contrainte, on est propriétaire d’une ressource soit parce qu’on l’a créée soi-même, soit parce qu’on l’a obtenue par l’échange en contrepartie d’une ressource que l’on avait créée, soit parce qu’on l’a obtenue par un don de celui qui l’avait créée. Autrement dit, le fondement de la propriété réside toujours dans un acte de création. C’est pourquoi on peut dire que le droit de propriété est inhérent à la nature même de l’homme, qu’il en est inséparable. C’est la grandeur d’une société libre – c’est-à-dire d’une société sans contrainte – que de permettre à l’homme d’agir conformément à sa nature. Ainsi, si l’on définit le libéralisme comme la défense d’une société sans contrainte, on doit dire que le libéralisme est un humanisme et même, plus précisément, que l’humanisme est indissociable du libéralisme. En d’autres termes, il ne peut pas y avoir d’autre doctrine humaniste que le libéralisme.
On fait donc totalement fausse route lorsqu’on interprète le libéralisme comme quelque chose que l’on pourrait « ajouter », au gré de ses humeurs et de manière parcellaire à une quelconque organisation sociale, c’est-à-dire lorsqu’on adopte la vision utilitariste que nous avons évoquée précédemment. Mais on fait également fausse route lorsqu’on l’interprète comme un individualisme pur et dur d’où « la société » serait exclue et où régneraient l’anarchie et la loi de la jungle : le libéralisme, en effet, est exactement à l’opposé de cette image d’Épinal complaisamment diffusée.
Le libéralisme reconnaît tout d’abord le caractère fondamentalement social de l’être humain. Cela n’aurait pas de sens que de se demander si Robinson Crusoé – seul sur son île avant l’arrivée de Vendredi – agit librement ou non. Si la liberté se définit de manière négative, c’est-à-dire comme une situation d’absence de contrainte, la contrainte dont il s’agit est celle qui peut être exercée par les autres hommes, mais non celle qui résulte des limitations de la nature. Les êtres humains, qu’ils soient isolés ou non, ne vivent pas dans un quelconque nirvana et ils se heurtent à la rareté, y compris celle du plus précieux des biens, le temps. Cette limitation des ressources – que l’on appelle parfois, dans le langage des économistes, la « contrainte de ressources » – n’a évidemment rien à voir avec la contrainte exercée par des hommes sur d’autres hommes. Si le problème de la liberté ne se pose pas pour Robinson Crusoé, le problème de la propriété ne se pose pas non plus pour lui, puisqu’elle se définit comme un droit d’exclusion par rapport aux autres hommes.
Les notions de liberté et de propriété prennent donc un sens dès lors que l’homme vit en société, ce qui est évidemment la norme de la vie humaine. Mais il est intéressant de réaliser que le droit de propriété d’un créateur sur son oeuvre résulte précisément de sa liberté, comme nous venons de le voir. Liberté et propriété sont inséparables. Or, l’existence d’un système de droits de propriété privés dans une société représente une limitation fantastique et parfaitement claire de la prétention éventuelle de chacun à se comporter comme il l’entend, au besoin en portant atteinte à la liberté des autres. Autrement dit, le procès d’intention habituellement fait au libéralisme, à savoir qu’il conduit à l’anarchie, chacun essayant de faire prévaloir ses prétentions sur celles des autres, provient d’une erreur d’interprétation radicale non seulement de ce qu’est le libéralisme, mais plus encore de ce qu’est la liberté.
Pour les contempteurs du libéralisme, la liberté se définit de manière « positive » comme la possibilité – ou le « droit »45 – de faire ce que l’on veut. Une telle conception de la liberté ne laisse évidement aucune place à la propriété, celle-ci constituant précisément une limite à l’action. Dans un système de liberté positive sans propriété, il n’existe en effet pas de bornes à l’action invasive de chacun sur le domaine des autres, puisque, précisément, le domaine de chacun n’est pas défini. C’est dans ce cas, et dans ce cas seulement, que règnent l’anarchie et la prédominance du plus fort. Mais il devrait être bien clair que cette conception de la liberté est aux antipodes d’une véritable définition de la liberté, elle en est même la négation. En adoptant subrepticement cette définition, ceux qui sont en fait les vrais destructeurs de la liberté ont les moyens de partir en guerre contre le libéralisme. Leur raisonnement aboutit à cette conclusion qu’un système de liberté absolue conduit à l’anarchie et à l’écrasement des plus faibles, de telle sorte qu’il convient de mettre en place, par la contrainte, une instance suprême de régulation. C’est l’État.
Pour un libéral authentique, c’est-à-dire non utilitariste, il n’y a pas de place pour l’État, puisqu’il représente l’émergence de la contrainte, c’est-à-dire la négation de la liberté. L’État est l’ennemi qu’il faut savoir nommer. Car il faut d’abord reconnaître ses ennemis avant de pouvoir les combattre. Dans le climat de dévotion à l’égard de l’État caractéristique de notre époque, il est déjà difficile de désigner cet ennemi. Et pourtant, la pensée libérale a pour elle à la fois la morale et la logique puisque, partant d’une conception correcte de la nature humaine, elle en développe naturellement les implications.
Ceux, innombrables, qui font des procès d’intention au libéralisme, se trompent donc d’ennemi. Et lorsqu’on se trompe, il ne peut guère y avoir que deux explications à cela : ou bien on est ignorant, ou bien on a un intérêt spécifique à défendre ; ou alors on est à la fois ignorant et intéressé. Tel est évidemment le cas en ce qui concerne le libéralisme. L’ignorance est généralisée et c’est pourquoi il n’y aurait pas de tâche plus urgente que de restaurer la connaissance de la philosophie morale à tous les niveaux d’enseignement et dans toutes les instances de réflexion. Mais bien sûr, la défense du dieu État est bien souvent présentée par ceux qui croient y trouver un intérêt spécifique et personnel, la contrainte leur permettant d’obtenir ce qu’ils désirent sans avoir à faire un effort de création. Mais leurs revendications sont d’autant plus facilement acceptées que les défenses idéologiques sont affaiblies et que les réflexes favorables à la liberté et à la propriété sont inexistants. Les clichés sont alors acceptés sans discussion, par exemple l’idée que le libéralisme c’est « le renard libre dans le poulailler », c’est le capitalisme sauvage, etc.
En effet, dire que la propriété est inséparable de la liberté, c’est bien dire qu’il existe des limites strictes à l’action de chacun, celles qui résultent du respect des droits d’autrui. Si je peux exclure autrui de ce qui est ma propriété, les autres peuvent m’exclure de ce qui est leur propriété. La force n’a aucune place dans cet univers de liberté et de propriété qui est nécessairement pacifique. C’est pourquoi une expression comme celle de « capitalisme sauvage » est totalement dénuée de signification. En réalité, comme le voleur ou le criminel – celui qui porte atteinte aux droits des autres – c’est l’État qui est sauvage puisqu’il est contrainte. Par quelle terrible déviation se fait-il qu’à notre époque on considère avec bienveillance l’utilisation d’une expression telle que « capitalisme sauvage », alors qu’on trouve obscène de parler d’ « État sauvage » ou d’ « État esclavagiste » ?
Il y a donc un renversement de perspective à effectuer. Au lieu de considérer que l’État est la norme de toute société, il convient de reconnaître que l’individu, relié aux autres individus, est la seule et unique norme, que sa liberté est inhérente à sa nature et que la propriété en résulte. On peut alors, mais alors seulement, se demander s’il n’existe pas des cas où la contrainte serait désirable, où l’État pourrait néanmoins être légitimé, etc. Nous aurons l’occasion d’évoquer ce débat. Mais il ne peut être valablement conduit que dans la mesure où l’on part d’une conception parfaitement claire et cohérente des sociétés humaines.
La vigueur des attaques contre le libéralisme, l’ignorance généralisée de ce qu’il est réellement sont pour nous un sujet d’étonnement. Nous avons déjà expliqué pourquoi l’idée selon laquelle le libéralisme était matérialiste était une idée absurde. Mais il est également absurde de le présenter comme une défense de l’égoïsme. Et bien souvent on rassemble les deux reproches, en prétendant par exemple que le libéralisme est concerné uniquement par la recherche du profit personnel et matériel maximum46.
Ce que défend le libéralisme c’est une certaine conception de l’homme, une conception réaliste qui n’implique aucune autre normativité que celle qui consiste à rechercher les moyens de faire en sorte que la nature profonde de l’homme puisse être respectée. II ne s’agit donc pas, par exemple, de faire l’apologie de l’égoïsme47. Mais simplement de reconnaître au départ que les individus sont différents les uns des autres, que les cerveaux sont séparés, qu’il n’existe rien de semblable à un quelconque cerveau collectif et que chacun d’entre nous poursuit des buts qui lui sont propres. L’individualisme – qui constitue le fondement du libéralisme – a donc une base objective évidente. A partir du moment où l’on reconnaît la diversité des buts individuels et où l’on conçoit effectivement l’individu comme un acteur, c’est-à-dire quelqu’un qui agit, il est normal de considérer qu’une société libre est une société où chacun est libre de poursuivre ses propres objectifs. Et si l’on veut se placer sur le plan des prescriptions normatives, on est forcé d’admettre qu’on doit s’interdire de juger des buts d’autrui : chacun est totalement propriétaire de sa personnalité, donc des objectifs qui lui sont propres. Le fait que ces objectifs soient matériels ou immatériels, qu’on puisse leur donner le label d’objectifs égoïstes ou d’objectifs altruistes ne doit par nous concerner. On peut seulement constater que l’altruisme existe, c’est-à-dire l’attitude qui consiste à prendre en compte les objectifs supposés d’autrui dans la détermination de ses propres actions. Or, prenons l’exemple particulier où cet altruisme supposé se traduit par un don. Il n’est légitime que dans la mesure où il est fait par celui qui en est le propriétaire légitime. Mais s’il ne s’agit que d’un prétendu don, effectué au moyen de la contrainte par transfert forcé, il n’a plus rien à voir avec l’altruisme. Il est et restera nécessairement une atteinte aux droits de propriété.
Il y a quelques années, la puissance publique avait traîné devant les tribunaux quelques jeunes gens qui avaient volé des produits alimentaires dans une boutique de luxe parisienne pour les donner à des pauvres. Il y avait effectivement une atteinte à des droits de propriété bien définis et le fait que le transfert forcé ait été réalisé en faveur de pauvres ne changeait rien à la nature même de l’acte. Mais s’il en est ainsi, pourquoi les tribunaux ne condamnent-ils pas les hommes de l’État lorsqu’ils prélèvent des impôts par la force en des salariés. Nous verrons dans la troisième partie ce qu’il faut penser de cette perspective, prétendant légitimer cet acte par le fait que les ressources prélevées – pour ne pas dire « volées » – sont distribuées aux « pauvres » (ce qui n’est d’ailleurs généralement pas le cas et ne constitue donc qu’un alibi) ? Il ne faut pas avoir peur des mots, il ne faut pas hésiter à donner aux mots leur véritable sens : la charité obligatoire n’est pas de la charité et on ne peut guère la qualifier autrement qu’en l’appelant du « vol » puisqu’elle est une atteinte aux droits de propriété.

43 Compte tenu de l’importance des droits de propriété pour comprendre le fonctionnement de toute société et de toute organisation humaine, il est vivement recommandé de se reporter à l’excellent livre d’Henri Lepage, Pourquoi la propriété, Paris, Hachette, collection « Pluriel », 1985.
44 Bien entendu, le circuit des échanges pouvant être très long, il se peut fort bien qu’à l’occasion d’un échange particulier, l’un des échangistes échange un bien qu’il n’a pas lui-même produit, mais qu’il a antérieurement obtenu contre un autre bien. Mais si l’on remonte toute la chaîne des échanges dans l’hypothèse d’absence de contrainte, on aboutit forcément à des actes de création originels.
45 Bien entendu, il est incohérent de parler de « droit » dans ce cas.
46 Le reproche est pour certains encore plus précis : il s’agirait de défendre le profit matériel des propriétaires d’entreprises – les titulaires de profits – aux dépens
47 Même s’il a pu être fait, par exemple, par la philosophe américaine Ayn Rand dans The Virtue of Selfishness, New York, New American Library, Signet series, 1964 (traduction française, La Vertu d’égoïsme, Paris, Les Belles Lettres, 1993).

Pascal Salin, in Libéralisme

Le Front anti-libéral (Pascal Salin)

janvier 27, 2008


Les collectivistes de tous les partis partagent ces mêmes préjugés et ils se rendent bien compte que la seule idéologie qui leur est contraire est le libéralisme. Ils s’efforcent alors de la déconsidérer et ils utilisent pour cela deux méthodes de manipulation de l’opinion.
La première consiste à présenter les libéraux comme des matérialistes. Dans ce but il est nécessaire de donner une version réductionniste du libéralisme, c’est-à-dire d’en présenter uniquement la version instrumentale : le libéralisme se réduirait à la défense du marché et le marché serait efficace pour la poursuite de certaines activités. Mais le marché représenterait la recherche du profit (matériel), il accorderait la suprématie à l’entreprise par rapport aux « travailleurs » et aux « besoins sociaux ». C’est pourquoi il conviendrait de mettre le marché au service des fins sociales et politiques, de le tempérer par la justice sociale et donc par la redistribution et le contrôle étatique. Comme le disait Jean-François Kahn, le marché est un moyen, parmi d’autres, de réaliser le grand rêve démocrate.
La seconde méthode de manipulation consiste à présenter les libéraux comme des « ultra-libéraux », c’est-à-dire des extrémistes, en tant que tels dangereux. Et pour faire bonne mesure, on saute allégrement à l’identification entre libéralisme et fascisme. L’équation est simple : les libéraux sont à droite, par ailleurs ils sont extrémistes, ils sont donc à l’extrême droite, c’est-à-dire qu’ils sont fascistes. On comprend que les constructivistes de droite et de gauche aient intérêt à utiliser ces techniques d’amalgame, car ils sentent bien que les libéraux sont leurs seuls vrais opposants. Les libéraux ne sont pas à droite, ils sont « ailleurs » et on ne peut pas leur appliquer des étiquettes – droite ou gauche – dont seuls les constructivistes peuvent être affublés. Et il suffit d’être un libéral autre qu’un utilitariste modéré pour se voir immédiatement taxé d’ « ultra-libéralisme » par ceux qu’on devrait être tenté d’appeler les « ultra-social-démocrates » ou les « ultra-centristes ». Mais la démonstration intéressée de ces ultra-centristes piétine un peu trop facilement des notions fort claires et des faits historiques que leur manque de culture ne leur permet pas de voir. Faut-il en effet rappeler que Frédéric Bastiat, le grand penseur libéral français du début du XIXe siècle, qui fut par ailleurs député des Landes, siégeait à l’Assemblée nationale sur les bancs de la gauche et non sur ceux de la droite ? Faut-il rappeler que le grand auteur belge « libertarien », Gustave de Molinari, dans ses Dialogues de la rue Saint-Lazare (12), inventait des dialogues entre trois personnages, le « socialiste » (ou constructiviste de gauche), le « conservateur » (ou constructiviste de droite) et l’économiste (c’est-à-dire le libéral) qui s’oppose aux deux premiers (13) ? Faut-il enfin rappeler que Friedrich Hayek, dans son célèbre ouvrage, La Route de la servitude (14), a montré la profonde communauté de pensée entre les vrais extrémismes de droite et de gauche, c’est-à-dire entre le communisme et le nazisme, auquel seul le libéralisme peut véritablement être opposé ?
La vie politique française est pour sa part rythmée par un consensus flou, non pas bien sûr sur des principes, mais sur les idées à la mode, lancées ou tout au moins relancées par les grands de la pensée creuse. C’est la victoire du pragmatisme intellectuel, c’est-à-dire en réalité du refus de penser, puisqu’une pensée sans principes n’est plus une pensée. Tout est vrai et faux à la fois, il faut le marché, mais des entreprises publiques, des taux de change fixes, mais qui changent, des entreprises libres, mais des régulateurs. Ce vague salmigondis est le résultat des sentiments, des préjugés, des intérêts et des opinions confuses de leurs auteurs.
Ces modes intellectuelles naissent généralement à gauche, il faut le reconnaître, elles deviennent des tabous et par manque de culture philosophique, les hommes politiques de droite adoptent une position de suiveurs : ils ne contestent pas ces idées, ils se contentent de les atténuer, ils se placent dans une situation de « sous-surenchère » : on n’ose pas, par exemple, contester le principe même du salaire minimum, mais on se contente éventuellement de dénoncer son augmentation trop rapide, on ne met pas en cause le monstre de la Sécurité sociale, mais on prétend le gérer avec plus de rigueur…
Le débat politique est alors d’autant plus rude que les hommes politiques se battent sur le même terrain pour défendre les mêmes idées. Ce qui compte ce sont les stratégies électorales, les alliances, le choix des hommes. Comme le disait, je crois, Julien Freund, le libéral se doit d’être tolérant avec les hommes et intolérant avec les idées, en ce sens qu’on ne peut pas admettre qu’une idée et son contraire soient également et simultanément vrais, mais les hommes sont tous également dignes de respect. En France, c’est le contraire qui prévaut sur la scène politique : on est intolérant avec les hommes et tolérant avec les idées.

12 Gustave de Molinari, Dialogues de la rue Saint-Lazare, Paris, Guillaumin, 1849.
13 Notons au passage que le terme d’économiste est caractéristique : au début du XIXe siècle, on pouvait considérer à juste titre qu’être économiste c’était comprendre les ressorts individuels de l’action humaine, qu’un économiste ne pouvait être que libéral ou qu’un libéral était celui qui avait étudié la discipline économique.
14 Friedrich Hayek, The Road to Serfdom, Londres, Routledge & Kegan Paul, Chicago, University of Chicago Press, 1944 (traduction française, La Route de la servitude, 1″ éd., Paris, Librairie de Médicis, 1946 ; 2e éd., Paris, PUF, 1993).

Pascal Salin, in Libéralisme

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