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Le multiplicateur keynésien (Murray Rothbard)

novembre 10, 2007

Le « multiplicateur » keynésien, tenu pendant longtemps en haute estime, voit heureusement sa popularité diminuer. Les économistes ont en effet commencé à se rendre compte qu’il ne s’agissait que de la contrepartie de la fonction de consommation stable. Malgré tout, l’absurdité totale du multiplicateur n’a pas encore été appréciée à sa juste valeur. La théorie du « multiplicateur d’investissement » se présente à peu près comme suit :
Revenu de la société = Consommation + Investissement

La consommation est une fonction stable du revenu, comme le montre des corrélations statistiques, etc. Disons, pour simplifier, que la variable « Consommation » est toujours égale à 0,8 fois le « Revenu (de la société) » [1]. Dans ce cas on obtient à partir de l’équation précédente :
Revenu = 0,8 Revenu + Investissement ; donc

0,2 Revenu = Investissement ; ou encore

Revenu = 5 Investissement

Le « 5 » est le « multiplicateur d’investissement ». Il est alors évident qu’il suffit, pour augmenter le revenu monétaire de la société d’un montant donné, d’augmenter l’investissement du cinquième de ce montant ; la magie du multiplicateur fera le reste. Les premiers « amorceurs de la pompe » pensaient approcher ce but en stimulant l’investissement privé ; les keynésiens ultérieurs ont compris que si l’investissement est un facteur volatile « actif », les dépenses gouvernementales ne sont pas moins actives et bien plus sûres, de telle sorte qu’il faut faire confiance aux dépenses du gouvernement pour fournir l’effet multiplicateur. La création de nouvelle monnaie serait la plus efficace, car le gouvernement serait alors certain de ne pas réduire les fonds privés. C’est pourquoi on appelle toute dépense du gouvernement « investissement » : elle est un « investissement » parce qu’elle n’est pas reliée passivement au revenu.

Le développement ci-dessous se propose d’offrir un bien plus puissant « multiplicateur », sur des bases keynésiennes il est même plus puissant et efficace que le multiplicateur d’investissement, et sur des bases keynésiennes on ne peut rien lui objecter. Il ne s’agit toutefois pas d’une simple parodie, car tout est fait en suivant la méthode keynésienne.
Écrivons tous d’abord :
Revenu de la société = Revenu de (mettre le nom de n’importe qui, du lecteur par exemple) + Revenu de tous les autres
Utilisons des symboles suivants :
Revenu de la société = Y Revenu du lecteur = R

Revenu de tous les autres = V

Nous trouvons que V est une fonction très stable de Y. Traçons en effet l’une en fonction de l’autre et nous trouverons une correspondance historiquement parfaite entre les deux. C’est une fonction exceptionnellement stable, bien plus stable que n’importe laquelle des « fonctions de consommation ». D’un autre côté, traçons R en fonction de Y. Au lieu d’une corrélation parfaite, nous ne trouvons alors que le plus faible des liens entre les fluctuations du revenu du lecteur de ces lignes et le revenu total de la société. Par conséquent, le revenu du lecteur est l’élément actif, volatile et incertain du revenu de la société, alors que le revenu de tous les autres demeure passif, stable et déterminé par le revenu total de la société.
Supposons que l’équation à laquelle nous arrivons s’écrive
V = 0,99999 Y.
Alors, on obtient successivement :

Y = 0,99999 Y + R ;

0,00001 Y = R ;

Y = 100 000 R.

Voilà le multiplicateur personnel du lecteur, bien plus puissant que le multiplicateur d’investissement. Pour augmenter le revenu de la société, et donc guérir dépression et chômage, il suffit pour le gouvernement d’imprimer un certain nombre de dollars et de les donner au lecteur de ces lignes. La dépense du lecteur amorcera la pompe d’une augmentation du revenu national par un facteur 100 000 [2].
Notes

[1]. En réalité, la forme du multiplicateur keynésien est en général « linéaire », par exemple de la forme Consommation = 0,8 Revenu + 20. La forme retenue dans le texte simplifie l’exposé sans toutefois changer l’essence du raisonnement.

[2]. Voir aussi le livre de Hazlitt The failure of New Economics (Princeton : D. van Nostrand, 1959) pp. 135-155 [La Nouvelle économie est, dans ce livre, le keynésianisme, et n’a, bien entendu, pas de rapport avec les Nouveaux économistes français d’aujourd’hui. NdT].

Murray Rothbard in L’éthique de la liberté

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