Archive for the ‘Lysander Spooner’ Category

Une absurdité (Lysander Spooner)

mai 3, 2008

XII
Un gouvernement qui aurait le droit de punir les hommes pour leurs vices est une impossibilité naturelle ; parce qu’il est impossible qu’un gouvernement ait des droits autres que ceux déjà détenus par les individus le composant, en tant qu’individus. Ils ne pourraient pas déléguer à un gouvernement des droits qu’ils ne possèdent pas eux-mêmes. Ils ne pourraient pas déléguer au gouvernement d’autres droits, excepté ceux qu’ils possédaient eux-mêmes en tant qu’individus. Sérieusement, personne, à part un imbécile ou un imposteur, ne prétend qu’il a, en tant qu’individu, le droit de punir d’autres hommes pour leurs vices.

Mais n’importe qui et tout le monde a le droit naturel, en tant qu’individu, de punir d’autres hommes pour leurs crimes ; car tout le monde a un droit naturel, non seulement de défendre sa propre personne et ses biens contre des agresseurs, mais aussi de porter assistance et défendre tout autre, dont la personne ou les biens sont violés. Le droit naturel de chaque individu à défendre sa personne et ses biens contre un agresseur et de porter assistance et de défendre tout autre dont la personne ou les biens sont violés, est un droit sans lequel les hommes ne pourraient pas exister sur terre. Et un gouvernement n’est légitime que dans la mesure où il incarne ce droit naturel des individus, et est limité par ce même droit. Mais l’idée que chaque homme aurait un droit naturel de décider quelles sont les vertus, et quels sont les vices de son voisin – c’est-à-dire, lesquels contribuent à son bonheur, et lesquels ne le font pas – et de le punir pour se livrer à toute action qui ne contribuerait pas à son bonheur, c’est cela que personne n’a jamais eu l’impudence ou la démence d’affirmer. Seuls ceux qui affirment qu’un gouvernement possède des droits de coercition légitime, sans qu’aucun individu, ou groupe d’individus, ne lui ait jamais, ou aurait pu, déléguer de tels droits, affirment que le gouvernement a un droit légitime de punir les vices.

Cela conviendrait à un pape ou un roi – prétendant avoir reçu du Paradis l’autorité directe de régner sur ses congénères – de réclamer le droit, en qualité de représentant de Dieu, de punir les hommes pour leurs vices ; mais cela serait totalement absurde pour n’importe quel gouvernement, proclamant détenir son pouvoir par la volonté de ceux qu’il gouverne ; parce que chacun sait que ceux qu’il gouverne ne le lui accorderont jamais. S’ils le lui accordaient ce serait absurde, parce que cela équivaudrait à lui déléguer leurs propres droits à chercher leur propre bonheur ; puisque déléguer leurs droits de juger ce qui sera propice à leur bonheur, c’est déléguer la totalité de leur droit à poursuivre leur propre bonheur.

Lysander Spooner in Les Vices ne sont pas des Crimes (Vices are not Crimes )

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Outrage ultime ou blasphème statophobe (Lysander Spooner)

avril 1, 2007

Comme l’impôt est obligatoire pour tous, qu’ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour éviter que leur propre argent ne soit utilisé contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par là ils avaient pu échapper ne serait-ce qu’à l’impôt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d’un homme sans son accord, puis conclure à son consentement parce qu’il tente, en votant, d’empêcher que son bien ne soit utilisé pour lui faire tort, voilà une preuve bien insuffisante de son consentement à soutenir la Constitution. Ce n’est en réalité aucunement une preuve.

Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu’il existe de tels hommes) le font secrètement (par scrutin secret), et de manière à éviter toute responsabilité personnelle pour l’action de leurs agents ou représentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu’il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant.

Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nécessité une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, le fait général que notre gouvernement, dans la pratique, opère par le moyen d’un tel vote prouve seulement qu’il y a parmi nous une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et — s’il le faut pour accomplir leurs desseins — assassiner le reste de la population. Le simple fait qu’une telle association existe ne prouve en rien que « le peuple des Etats-Unis », ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution.

Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catégories, à savoir: 1. Les scélérats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu’ils utiliseront pour s’agrandir ou s’enrichir; 2. Les dupes — vaste catégorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu’on lui attribue une voix sur des millions pour décider ce qu’il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu’on l’autorise à avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette même voix que d’autres ont pour le voler, l’asservir et l’assassiner, est assez sot pour imaginer qu’il est « un homme libre », un « souverain »; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est « un gouvernement libre », « un gouvernement de l’égalité des droits », « le meilleur gouvernement qu’il y ait sur terre », et autres absurdités de ce genre; 3. Une catégorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s’en débarrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intérêts privés au point de se dévouer sérieusement et gravement à la tâche de promouvoir un changement.

Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit à un individu: « La bourse ou la vie. » Quantité de taxes, ou même la plupart, sont payées sous la contrainte d’une telle menace.

Le gouvernement, il est vrai, n’arrête pas l’homme dans un endroit solitaire, ne lui saute pas dessus depuis le bord du chemin, et n’entreprend pas, sous la menace d’un pistolet, de lui vider les poches. Mais le vol n’en est pas moins du vol, et un vol bien plus lâche et honteux.

Le bandit de grand chemin assume lui-même la responsabilité, le danger et le crime que comporte son acte. Il ne prétend pas avoir le moindre droit à votre argent, il ne soutient pas qu’il l’utilisera dans votre intérêt. Il ne prétend pas être quoi que ce soit d’autre qu’un voleur. Il n’a pas acquis assez d’impudence pour professer qu’il n’est qu’un « protecteur », et qu’il prend aux gens leur argent contre leur gré dans l’unique but de « protéger » ces voyageurs extravagants qui se croient parfaitement capables de se protéger eux-mêmes, ou qui n’apprécient pas son système particulier de protection. Il est bien trop raisonnable pour professer de telles prétentions. En outre, après avoir pris votre argent, il vous laisse là, comme vous le souhaitez. Il ne persiste pas à vous suivre le long de la route contre votre volonté, supposant qu’il est votre « souverain » légitime en raison de la « protection » qu’il vous accorde. Il ne continue pas de vous « protéger » en vous ordonnant de vous incliner devant lui et de lui obéir; en vous enjoignant de faire ceci, et en vous interdisant de faire cela; en vous dérobant encore plus d’argent toutes les fois qu’il juge avoir intérêt ou plaisir à le faire; et en vous marquant d’infamie par le nom de rebelle, traître et ennemi de la patrie, en vous fusillant sans merci, si vous contestez son autorité ou résistez à ses exigences. Il est — ce brigand de grand chemin — trop gentilhomme pour perpétrer des impostures, insultes et vilenies telles que celles-là. Bref, lorsqu’il vous vole, il n’entreprend pas en outre de faire de vous sa dupe ou son esclave.

On ne saurait non plus objecter que les hommes qui détiennent ce pouvoir absolu et irresponsable sont nécessairement des hommes choisis par le peuple (ou une partie du peuple) pour le détenir. Un homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle de quelques années n’en est pas moins un esclave. De même, des gens auxquels il est permis de se choisir périodiquement de nouveaux maîtres n’en sont pas moins des esclaves.

Si donc personne n’est individuellement responsable des actes du Congrès, les membres du Congrès ne sont les agents de personne. S’ils ne sont les agents de personne, ils sont eux-mêmes individuellement responsables de leurs propres actes, et des actes de tous ceux qu’ils emploient. […] L’autorité qu’ils exercent n’est que leur propre autorité individuelle; et par la loi de la nature — qui est la plus haute de toutes les lois — toute personne lésée par leurs actes, ou privée par eux de son bien ou de sa liberté, a le même droit de les en tenir pour individuellement responsable que pour n’importe quelle autre personne outrepassant son droit. Elle a le même droit à leur résister à eux et à leurs agents qu’elle a à résister à n’importe quelle autre personne outrepassant son droit.

Il est donc clair, selon les principes généraux du Droit et de la raison — ces principes auxquels nous nous conformons tous devant les tribunaux et dans la vie quotidienne — que la Constitution n’est pas un contrat; qu’elle ne lie et n’a jamais lié personne; et que tous ceux qui prétendent fonder leurs actes sur son autorité agissent en réalité sans aucune autorité légitime; que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, ce sont des usurpateurs purs et simples, et que chacun a non seulement le droit, mais encore le devoir moral de les traiter comme tels.

Du point de vue moral, la Constitution est tout aussi dépourvue de toute obligation que les pactes que concluent entre eux les bandits, voleurs et pirates …

Il est clair que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, il n’existe rien qui ressemble à un gouvernement créé par ou reposant sur un quelconque consentement, ou une convention ou un accord passé par « le peuple des Etats-Unis » avec lui-même; que le seul gouvernement visible, tangible et responsable qui existe est celui d’un petit nombre d’individus, qui agissent de concert, et se font appeler de noms divers tels que sénateurs, représentants, présidents, juges, huissiers, trésoriers, percepteurs, généraux, colonels, capitaines, etc., etc.

Il est donc évident que le seul gouvernement visible et tangible que nous ayons est fait de ces soi-disant agents ou représentants d’une association secrète de voleurs et d’assassins qui, pour couvrir ou dissimuler leurs vols et leurs assassinats, se sont attribué le titre de « peuple des Etats-Unis », revendiquent le droit de soumettre à leur domination, de diriger et de manipuler à leur gré tous les biens et personnes qui se trouvent sur le territoire des Etats-Unis.

Les « nations », comme on dit, avec lesquelles nos prétendus ambassadeurs, secrétaires, présidents et sénateurs affirment conclure des traités sont des mythes tout autant que la nôtre. Selon les principes généraux du Droit et de la raison, de telles « nations » n’existent pas.

Donc, nos prétendus traités, puisqu’ils ne sont pas conclus avec des nations (ou représentants de nations) légitimes et authentiques, traités qui, de notre côté, sont conclus par des personnes qui n’ont aucune autorité légitime pour agir en notre nom, ces traités, dis-je, n’ont intrinsèquement pas plus de validité qu’un traité conclu par l’Homme de la Lune avec le roi des Pléiades.

Lorsqu’ils prétendent que l' »abolition de l’esclavage » fut ou le but ou la justification de la guerre, c’est là un mensonge de la même nature que la prétention à « préserver l’honneur national ». Qui donc a jamais institué l’esclavage, sinon des usurpateurs, voleurs et assassins tout pareils à eux? […] Il n’y a pas de différence de principe, mais seulement de degré, entre l’esclavage qu’ils se vantent d’avoir aboli et celui que leur guerre visait à perpétuer; car toute limitation à la liberté naturelle de l’homme, lorsqu’elle n’est pas nécessaire pour la simple conservation de la justice, est de la nature de l’esclavage, et l’une ne diffère de l’autre que par degré.

Lorsqu’ils prétendent avoir « sauvé le pays » et « préservé notre Glorieuse Union », ce sont là des mensonges semblables à tous leurs autres mensonges. Cela signifie simplement qu’ils ont mis sous le joug et soumis à leur pouvoir un peuple qui s’y refusait. Voilà ce qu’ils appellent « Sauver le Pays »; comme si d’un peuple asservi et mis sous le joug […] on pouvait dire qu’il a un pays!

La leçon qu’on peut tirer de tous ces faits est celle-ci: aussi longtemps que l’humanité continuera de payer des « dettes nationales », comme on dit — c’est-à-dire, aussi longtemps qu’il y aura des dupes et des lâches prêts à payer pour être trompés, dépouillés, asservis et assassinés –, il y aura aussi de l’argent à emprunter pour ces objectifs; et avec cet argent, on pourra engager quantité d’instruments appelés soldats pour maintenir ces lâches dans la soumission. Mais si un jour ils refusent de payer plus longtemps pour être ainsi trompés, dépouillés, asservis et assassinés, ce jour-là il n’y aura plus de menteurs, usurpateurs, voleurs, assassins et vendeurs d’argent meurtrier pour leurs maîtres.

Lysander Spooner in Outrage à Chefs d’Etat

Outrage ultime ou blasphème statophobe

avril 1, 2007

Comme l’impôt est obligatoire pour tous, qu’ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour éviter que leur propre argent ne soit utilisé contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par là ils avaient pu échapper ne serait-ce qu’à l’impôt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d’un homme sans son accord, puis conclure à son consentement parce qu’il tente, en votant, d’empêcher que son bien ne soit utilisé pour lui faire tort, voilà une preuve bien insuffisante de son consentement à soutenir la Constitution. Ce n’est en réalité aucunement une preuve.

Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu’il existe de tels hommes) le font secrètement (par scrutin secret), et de manière à éviter toute responsabilité personnelle pour l’action de leurs agents ou représentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu’il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant.

Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nécessité une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, le fait général que notre gouvernement, dans la pratique, opère par le moyen d’un tel vote prouve seulement qu’il y a parmi nous une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et — s’il le faut pour accomplir leurs desseins — assassiner le reste de la population. Le simple fait qu’une telle association existe ne prouve en rien que « le peuple des Etats-Unis », ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution.

Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catégories, à savoir: 1. Les scélérats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu’ils utiliseront pour s’agrandir ou s’enrichir; 2. Les dupes — vaste catégorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu’on lui attribue une voix sur des millions pour décider ce qu’il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu’on l’autorise à avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette même voix que d’autres ont pour le voler, l’asservir et l’assassiner, est assez sot pour imaginer qu’il est « un homme libre », un « souverain »; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est « un gouvernement libre », « un gouvernement de l’égalité des droits », « le meilleur gouvernement qu’il y ait sur terre », et autres absurdités de ce genre; 3. Une catégorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s’en débarrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intérêts privés au point de se dévouer sérieusement et gravement à la tâche de promouvoir un changement.

Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit à un individu: « La bourse ou la vie. » Quantité de taxes, ou même la plupart, sont payées sous la contrainte d’une telle menace.

Le gouvernement, il est vrai, n’arrête pas l’homme dans un endroit solitaire, ne lui saute pas dessus depuis le bord du chemin, et n’entreprend pas, sous la menace d’un pistolet, de lui vider les poches. Mais le vol n’en est pas moins du vol, et un vol bien plus lâche et honteux.

Le bandit de grand chemin assume lui-même la responsabilité, le danger et le crime que comporte son acte. Il ne prétend pas avoir le moindre droit à votre argent, il ne soutient pas qu’il l’utilisera dans votre intérêt. Il ne prétend pas être quoi que ce soit d’autre qu’un voleur. Il n’a pas acquis assez d’impudence pour professer qu’il n’est qu’un « protecteur », et qu’il prend aux gens leur argent contre leur gré dans l’unique but de « protéger » ces voyageurs extravagants qui se croient parfaitement capables de se protéger eux-mêmes, ou qui n’apprécient pas son système particulier de protection. Il est bien trop raisonnable pour professer de telles prétentions. En outre, après avoir pris votre argent, il vous laisse là, comme vous le souhaitez. Il ne persiste pas à vous suivre le long de la route contre votre volonté, supposant qu’il est votre « souverain » légitime en raison de la « protection » qu’il vous accorde. Il ne continue pas de vous « protéger » en vous ordonnant de vous incliner devant lui et de lui obéir; en vous enjoignant de faire ceci, et en vous interdisant de faire cela; en vous dérobant encore plus d’argent toutes les fois qu’il juge avoir intérêt ou plaisir à le faire; et en vous marquant d’infamie par le nom de rebelle, traître et ennemi de la patrie, en vous fusillant sans merci, si vous contestez son autorité ou résistez à ses exigences. Il est — ce brigand de grand chemin — trop gentilhomme pour perpétrer des impostures, insultes et vilenies telles que celles-là. Bref, lorsqu’il vous vole, il n’entreprend pas en outre de faire de vous sa dupe ou son esclave.

On ne saurait non plus objecter que les hommes qui détiennent ce pouvoir absolu et irresponsable sont nécessairement des hommes choisis par le peuple (ou une partie du peuple) pour le détenir. Un homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle de quelques années n’en est pas moins un esclave. De même, des gens auxquels il est permis de se choisir périodiquement de nouveaux maîtres n’en sont pas moins des esclaves.

Si donc personne n’est individuellement responsable des actes du Congrès, les membres du Congrès ne sont les agents de personne. S’ils ne sont les agents de personne, ils sont eux-mêmes individuellement responsables de leurs propres actes, et des actes de tous ceux qu’ils emploient. […] L’autorité qu’ils exercent n’est que leur propre autorité individuelle; et par la loi de la nature — qui est la plus haute de toutes les lois — toute personne lésée par leurs actes, ou privée par eux de son bien ou de sa liberté, a le même droit de les en tenir pour individuellement responsable que pour n’importe quelle autre personne outrepassant son droit. Elle a le même droit à leur résister à eux et à leurs agents qu’elle a à résister à n’importe quelle autre personne outrepassant son droit.

Il est donc clair, selon les principes généraux du Droit et de la raison — ces principes auxquels nous nous conformons tous devant les tribunaux et dans la vie quotidienne — que la Constitution n’est pas un contrat; qu’elle ne lie et n’a jamais lié personne; et que tous ceux qui prétendent fonder leurs actes sur son autorité agissent en réalité sans aucune autorité légitime; que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, ce sont des usurpateurs purs et simples, et que chacun a non seulement le droit, mais encore le devoir moral de les traiter comme tels.

Du point de vue moral, la Constitution est tout aussi dépourvue de toute obligation que les pactes que concluent entre eux les bandits, voleurs et pirates …

Il est clair que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, il n’existe rien qui ressemble à un gouvernement créé par ou reposant sur un quelconque consentement, ou une convention ou un accord passé par « le peuple des Etats-Unis » avec lui-même; que le seul gouvernement visible, tangible et responsable qui existe est celui d’un petit nombre d’individus, qui agissent de concert, et se font appeler de noms divers tels que sénateurs, représentants, présidents, juges, huissiers, trésoriers, percepteurs, généraux, colonels, capitaines, etc., etc.

Il est donc évident que le seul gouvernement visible et tangible que nous ayons est fait de ces soi-disant agents ou représentants d’une association secrète de voleurs et d’assassins qui, pour couvrir ou dissimuler leurs vols et leurs assassinats, se sont attribué le titre de « peuple des Etats-Unis », revendiquent le droit de soumettre à leur domination, de diriger et de manipuler à leur gré tous les biens et personnes qui se trouvent sur le territoire des Etats-Unis.

Les « nations », comme on dit, avec lesquelles nos prétendus ambassadeurs, secrétaires, présidents et sénateurs affirment conclure des traités sont des mythes tout autant que la nôtre. Selon les principes généraux du Droit et de la raison, de telles « nations » n’existent pas.

Donc, nos prétendus traités, puisqu’ils ne sont pas conclus avec des nations (ou représentants de nations) légitimes et authentiques, traités qui, de notre côté, sont conclus par des personnes qui n’ont aucune autorité légitime pour agir en notre nom, ces traités, dis-je, n’ont intrinsèquement pas plus de validité qu’un traité conclu par l’Homme de la Lune avec le roi des Pléiades.

Lorsqu’ils prétendent que l' »abolition de l’esclavage » fut ou le but ou la justification de la guerre, c’est là un mensonge de la même nature que la prétention à « préserver l’honneur national ». Qui donc a jamais institué l’esclavage, sinon des usurpateurs, voleurs et assassins tout pareils à eux? […] Il n’y a pas de différence de principe, mais seulement de degré, entre l’esclavage qu’ils se vantent d’avoir aboli et celui que leur guerre visait à perpétuer; car toute limitation à la liberté naturelle de l’homme, lorsqu’elle n’est pas nécessaire pour la simple conservation de la justice, est de la nature de l’esclavage, et l’une ne diffère de l’autre que par degré.

Lorsqu’ils prétendent avoir « sauvé le pays » et « préservé notre Glorieuse Union », ce sont là des mensonges semblables à tous leurs autres mensonges. Cela signifie simplement qu’ils ont mis sous le joug et soumis à leur pouvoir un peuple qui s’y refusait. Voilà ce qu’ils appellent « Sauver le Pays »; comme si d’un peuple asservi et mis sous le joug […] on pouvait dire qu’il a un pays!

La leçon qu’on peut tirer de tous ces faits est celle-ci: aussi longtemps que l’humanité continuera de payer des « dettes nationales », comme on dit — c’est-à-dire, aussi longtemps qu’il y aura des dupes et des lâches prêts à payer pour être trompés, dépouillés, asservis et assassinés –, il y aura aussi de l’argent à emprunter pour ces objectifs; et avec cet argent, on pourra engager quantité d’instruments appelés soldats pour maintenir ces lâches dans la soumission. Mais si un jour ils refusent de payer plus longtemps pour être ainsi trompés, dépouillés, asservis et assassinés, ce jour-là il n’y aura plus de menteurs, usurpateurs, voleurs, assassins et vendeurs d’argent meurtrier pour leurs maîtres.

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