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Libéralisme et Religion (Ludwig von Mises)

novembre 10, 2007

Le libéralisme est fondé sur une théorie purement rationnelle et scientifique de coopération sociale. Les politiques qu’il préconise sont l’application d’un système de connaissances qui ne se réfère en rien aux sentiments, aux croyances intuitives pour lesquelles aucune preuve logiquement satisfaisante ne peut être apportée, aux expériences mystiques, et à la perception personnelle de phénomènes supra-humains. En ce sens, on peut lui appliquer les épithètes — souvent mal comprises et interprétées erronément — d’athéiste et d’agnostique. Mais ce serait une grave erreur de conclure que les sciences de l’agir humain, et la politique déduite de leurs enseignements — le libéralisme — soient anti-théistes et hostiles à la religion. Elles sont radicalement opposées à tous les systèmes de théocratie. Mais elles sont entièrement neutres vis-à-vis des croyances religieuses qui ne prétendent pas se mêler de la conduite des affaires sociales, politiques et économiques.

La théocratie est un système social qui revendique à l’appui de sa légitimité un titre suprahumain. La loi fondamentale d’un régime théocratique est une vision intérieure non susceptible d’examen par la raison et de démonstration par des méthodes logiques. Son critère ultime est l’intuition qui fournit à l’esprit une certitude subjective à propos de choses qui ne peuvent être conçues par raison et raisonnement systématique. Si cette intuition se réfère à l’un des systèmes traditionnels d’enseignement concernant l’existence d’un divin Créateur et Maître de l’univers, nous l’appelons croyance religieuse. Si elle se réfère à un autre système, nous l’appelons croyance métaphysique. Ainsi un système de gouvernement théocratique n’est pas nécessairement fondé sur l’une des grandes religions historiques du monde. Il peut être déduit de positions métaphysiques qui répudient toutes les églises traditionnelles et confessions, et qui se glorifient de souligner leur caractère anti-théiste et anti-métaphysique. De nos jours, les plus puissants des partis théocratiques sont hostiles au christianisme et à toutes les religions dérivées du monothéisme juif. Ce qui les caractérise comme théocratiques, c’est leur volonté passionnée d’organiser les affaires temporelles de l’humanité en fonction d’un complexe d’idées dont la validité ne peut être démontrée par le raisonnement. Ils prétendent que leurs chefs sont doués mystérieusement d’un savoir inaccessible au reste des hommes et contraire aux idées adoptées par ceux auxquels le charisme est refusé. Les chefs charismatiques ont été investis par une puissance mystique supérieure, de la charge de conduire les affaires d’une humanité égarée. Eux seuls sont illuminés ; tous les autres sont ou bien aveugles et sourds, ou bien des malfaiteurs.

C’est un fait que nombre de variantes des grandes religions historiques ont été contaminées par des tendances théocratiques. Leurs missionnaires étaient animés d’une passion pour le pouvoir afin de subjuguer et détruire tous les groupes dissidents. Néanmoins, nous ne devons pas confondre les deux choses, religion et théocratie.

William James appelle religieux « les sentiments, actes et expériences d’individus dans leur solitude, dans la mesure où ils se sentent eux-mêmes être en relation avec le divin, de quelque façon qu’ils le considèrent » 5. Il énumère les croyances ci-après comme les caractéristiques de la vie religieuse : Que le monde visible est une partie d’un univers plus spirituel, d’où il tire sa signification principale ; que l’union ou la relation harmonieuse avec cet univers supérieur est notre vraie finalité ; que la prière, ou communion intérieure, avec l’esprit de cet univers plus élevé — que cet esprit soit « Dieu » ou « la loi » — est un processus au cours duquel un travail est réellement effectué, une énergie spirituelle est infusée dans le monde phénoménal et y produit des effets psychologiques ou matériels. La religion poursuit James, comporte aussi les caractéristiques psychologiques que voici : nouveau parfum stimulant qui s’ajoute à la vie comme un don, et qui prend la forme tantôt d’un enchantement lyrique, tantôt d’un appel au sérieux et à l’héroïsme, avec en outre une assurance de sécurité et un esprit de paix, et envers autrui, une prépondérance d’affection aimante 6.

Cette description des caractères de l’expérience religieuse et des sentiments religieux de l’humanité ne fait aucune référence à la structuration de la coopération sociale. La religion, aux yeux de James, est une relation purement personnelle et individuelle entre l’homme et une divine Réalité, sainte, mystérieuse et d’une majesté angoissante. Elle enjoint à l’homme un certain mode de conduite individuelle. Mais elle n’affirme rien touchant les problèmes d’organisation de la société. Saint François d’Assise, le plus grand génie religieux de l’Occident, ne s’occupait ni de politique ni d’économie. Il souhaitait apprendre à ses disciples comment vivre pieusement ; il ne dressa pas de plan pour l’organisation de la production et n’incita pas ses adeptes à recourir à la violence contre les contradicteurs. Il n’est pas responsable de l’interprétation de ses enseignements par l’ordre dont il fut le fondateur.

Le libéralisme ne place pas d’obstacles sur la route de l’homme désireux de modeler sa conduite personnelle et ses affaires privées sur la façon dont il comprend, par lui-même ou dans son église ou sa confession, l’enseignement de l’Evangile. Mais il est radicalement opposé à toute prétention d’imposer silence aux discussions rationnelles des problèmes de bien-être social par appel à une intuition ou révélation religieuse. Il ne veut imposer à personne le divorce ou la pratique du contrôle des naissances ; mais il s’élève contre ceux qui veulent empêcher les autres de discuter librement du pour et du contre en ces matières.

Dans l’optique libérale, le but de la loi morale est de pousser les individus à conformer leur conduite aux exigences de la vie en société, à s’abstenir de tous les actes contraires à la préservation de la coopération sociale pacifique, ainsi qu’au progrès des relations interhumaines. Les libéraux apprécient cordialement l’appui que les enseignements religieux peuvent apporter à ceux des préceptes moraux qu’ils approuvent eux-mêmes, mais ils s’opposent à celles des règles qui ne peuvent qu’entraîner la désintégration sociale, quelle que soit la source dont ces règles découlent.

C’est défigurer les faits que de dire, comme beaucoup de partisans de la théocratie religieuse, que le libéralisme combat la religion. Là où est admis le principe de l’intervention des églises dans les problèmes temporels, les diverses églises, confessions et sectes se combattent entre elles. En séparant Eglise et État, le libéralisme établit la paix entre les diverses factions religieuses et assure à chacune d’elles la possibilité de prêcher son évangile sans être molestée.

Le libéralisme est rationaliste. Il affirme qu’il est possible de convaincre l’immense majorité que la coopération pacifique dans le cadre de la société sert les intérêts bien compris des individus, mieux que la bagarre permanente et la désintégration sociale. Il a pleine confiance en la raison humaine. Peut-être que cet optimisme n’est pas fondé, et que les libéraux se sont trompés. Mais, en ce cas, il n’y a pas d’espoir ouvert dans l’avenir pour l’humanité.

Ludwig von Mises in L’Action humaine

5 W. James, The Varieties of Religious Experience, 35e impression, New York, 1925, p. 31.
6 Op. cit., pp. 485-486.

Du socialisme, du sang et des armes (variations sur l’avenir du libéralisme)

août 13, 2007

Je vis les vacances les plus ternes, les plus dénuées d’interêt de mon existence. Ne pouvait me permettre de partir, je me retrouve cloîtré devant mon PC, la connection wi-fi paradoxalement seul fil me reliant à la vie extérieure. Je souffre, mais certainement pas de la solitude, je n’ai aucun goût pour la Cité post-moderne, grouillant de petits bourgeois et de godelureaux dépravés, sicaires populaires de la modestie dans la honte et du jouir. Tout ceci dans une atmosphère de station estivale pour pourceaux d’Epicure. Abject. Non, je rêve tout simplement de grands espaces, à perte de vue, sans quiconque pour souiller la féérie de l’harmonie, de la grandeur et de la séreinité. A la manière d’une toile de Friedrich.
Presque deux mois donc pour acquérir une certitude: On ne sauvera pas le libéralisme en France, ni même la France et nous ne devons plus perdre notre temps pour y parvenir. Après cinquante ans de la Gueuse n°5 (du Coco Chanel, certainement) et d’un Etat gangréné par le socialo-marxisme jusqu’à s’en faire le porte-parole dans les salles de classe et les universités, la chienlit soviétique parvient à ses fins: la mort de l’esprit de liberté. Oh, bien entendu, la stratégie mise en place délibérement par le PCF et la CGT avec la bénédiction de De Gaulle à la sortie de la Seconde Guerre Mondiale semble vaine désormais que l’URSS s’est officiellement effondrée (afin de mieux renaître sous le patronage du tchékiste Poutine). Loin de moi l’idée de vous effrayer outre-mesure mais prenons le temps d’observer en détail la situation qui se présente à nos pupilles innocentes: un Etat tentaculaire, pieuvre mafieuse aux ramifications insoupçonnées, corrompu et autoritaire, des syndicats et activistes qui ont abandonné la lutte des classes pour la « justice sociale »-motif parait-il suffisant pour pousser des agriculteurs écolos au suicide et paralyser un pays quoiqu’un peu vague, je doute que quiconque ne souhaite tant savoir ce qu’il recouvre-, des médias détenus par des trusts et regurgitant la même bienpensance et une classe politique univoque: l’on se doit d’aider les pauvres, faire des sacrifices, redonner du prestige à l’Etat, combiner le social et l’efficacité, développer durablement, le tout dans une ambiance festive, dynamique profondément ancré dans les valeurs républicaines. Naturellement, la gauche ne nous avait pas habitué à autre chose depuis la Révolution mais la dépravation de la droite… Cela ne porte pas de nom. Je n’ose à ce point de mon exposé évoquer la politique étrangère. Mon interêt pour la politique connait deux raisons, le goût pour l’éthique, la méthaphysique et plus encore la crainte des dictatures. Le syndrôme Munich 1938 fait donc figure à mes yeux de prélude à l’horreur des charniers. Néo-conservateur il y’a encore quelques années et ayant grandi sous Mitterand puis Jospin, je ne doutais pas à 17 ans de la responsabilité historique de la gauche, anti-américaine, soutien inconditionnel des bourreaux khmers, des mollahs iraniens et j’espèrais une sortie par la droite du tunnel munichois. J’ignorais tout de la pensée libérale, des turpitudes de la droite gouvernementale et de ce qu’il adviendrait du second quinquennat de Chirac. Sans doute aurais-je pu finir sarkozyste, me rendant aux dîners de l’UMP pour glorifier, genoux à terre, les icônes du Saint Patron et rendre grâce à de pseudos-valeurs pour entrepreneur crasseux ou étudiant en école de commerce: l’ordre, l’autorité, la nation, la république (encore)… J’aurais pu saluer une vente de missiles Milan à un tyran libyen ou je ne sais quelle mesure liberticide prise par ce gouvernement de criminels en puissance. Mais je ne crois plus en la légitimité de l’Etat, je ne crois plus au politique, je ne crois plus en l’altruisme et au sacrifice comme vertus suprêmes, je ne crois avant tout plus au compromis. Plus maintenant. La logique n’en accepte aucun et la liberté encore moins. Oeuvrent dans mon sens les tristes expériences des Lib-dems anglais, du Parti Libéral suisse dont les dirigeants vont jusqu’à ignorer l’existence des libertariens, du Mouvement Réformateur belge « dans le voisinage du PS » dixit Louis Michel ou du projet mort-né d’Alternative Libérale, gonflé au violet flashy, dont l’on ne peut pardonner la main tendue aux sociaux-démocrates jusqu’à rejoindre Bayrou. Aucun ne peut se prévaloir d’une victoire de nos idées ou de la liberté, ni même de la moindre faille dans la matrice socialiste. Tout ceci malgré les mises en garde insistantes des libéraux historiques et libertariens. Comprenons-nous: les libéraux ne pourront jamais remporter quelque bataille politique que ce soit pour une raison évidente: le libéralisme est une philosophie anti-politique. Un libéral ne peut accepter aucun poste, aucune magistrature, aucun cabinet, aucun siège sans se compromettre ni se renier. Et accessoirement diviser, rabaisser la communauté libérale aux yeux de l’opinion publique. L’on ne peut entraver indéfiniment la socialisation inéxorable d’un Etat: l’Humanité sacrifie toujours davantage au Moloch. Par obstination, mysticisme, calcul politique ou stupidité crasse.
Reste à établir une stratégie claire, sans concession ni corruption, sans déni de la réalité. Puisque nous ne pouvons sauver la France, précipitons sa chute. S’abstenir devient dès lors inutile, nous devons voter socialiste, pousser ces ordures à bout, les forcer dans leurs retranchements aussi loin que nous le pourrons. Ceci lors des élections, des sondages d’opinion. Il s’agit de leur accorder notre confiance pour pourrir ce pays délibérement. Fabius ou Mélenchon y parviendront aisément en quelques années, pour peu qu’ils s’adjoignent le parangon du mauvais goût Lang et l’ idiot Montebourg. Enfin, même sans eux, au point où nous en sommes… Quelques années durant lesquelles nous ne relâcherons aucune effort d’activisme, de médiatisation, de publicité, d’agitation, de subversion, sur internet comme ailleurs. En parallèle et discrètement, il convient de se préparer pour la suite des évèments: acquérir des armes, pléthore d’armes, déménager près des frontières et particulièrement près des zones montagneuses. La guerrilla (ainsi ce sera clair pour chacun) s’y avéra indubitablement plus aisée à mener: davantage de caches naturelles, des frontières pour se protéger, des réseaux de contre-bande à organiser (je pense notamment aux armes en vente quasi-libre chez nos amis suisses, et au nombre conséquent de libertariens helvétiques prêts à nous rejoindre)… Montani semper liberi comme le veut la devise du Montana. Naturellement, l’on ne peut rêver d’une reconquista complète. Nous nous contenterons de déclarer indépendants les territoires contrôlés par nos milices. Pas de négociation. Une Révolution à l’Américaine. Des hommes libres contre les Red Coats, des miliciens aux idéaux les plus nobles contre une vermine bestiale. Je ne puis garantir la parfaite réussite d’un tel plan, je le concède volontiers et je ne prétendrais pas que vous n’avez que vos chaînes à perdre. Mais je n’en conçois pas d’autres à l’heure actuelle et les caciques tièdes peuvent bien me hurler leurs anathèmes ou leurs poncifs éculés, nonobstant leur modération et leur respect du processus démocratique, leur avenir est d’ores et déjà condamné. Je ne tiens pas à ce que le mien le soit.

Les Droits de l’Homme

mai 6, 2007


Si l’on veut prôner une société libre – c’est-à-dire le capitalisme – l’on doit se rendre compte que son fondement indispensable est le principe des Droits individuels.

Si l’on veut défendre les Droits individuels, l’on doit comprendre que le capitalisme est le seul système qui peut les promouvoir et les protéger. Et si l’on veut évaluer le rapport entre la liberté et les objectifs que se donnent aujourd’hui les intellectuels, l’on peut en trouver une image significative dans le fait que le concept des Droits individuels est brouillé, perverti, déformé, presque jamais discuté, et que la plus grande réticence à en parler se trouve justement du côté de la soi-disant « droite ».

Les « Droits » sont un concept moral : le concept qui fournit une transition logique entre les principes qui guident l’action d’une personne et ceux qui gouvernent ses relations avec les autres. Le concept qui maintient et protège la morale individuelle dans un contexte social. Le lien entre le code moral d’une personne et le code juridique d’une société, entre l’éthique et la politique. Les Droits individuels sont le moyen de soumettre l’ordre politique à la règle éthique.

Tout système politique est fondé sur un code moral ou sur un autre. Les déontologies dominantes au cours de l’histoire humaine ont été des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste qui subordonnait l’individu à quelque entité supérieure, soit mystique, soit sociale.

En conséquence, la plupart des systèmes politiques ont été des variantes de la même tyrannie étatiste, ne différant que par le degré et non par le principe fondateur, limités seulement par les accidents de la tradition, les désordres, les conflits sanglants et l’effondrement périodique. Dans tous les systèmes de ce genre, la morale était un code applicable â la personne, mais pas à la société. La société était placée en dehors de la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusive. L’on considérait qu’inculquer la dévotion sacrificielle au devoir social était la fonction principale de l’éthique dans la vie terrestre de l’homme.

Comme la « société » n’est pas une entité, comme il ne s’agit que d’un groupe de personnes singulières, cela signifiait, en pratique, que les règles sociales étaient exemptes d’un jugement par la loi morale. Elles n’étaient soumises qu’aux rituels traditionnels; elles exerçaient un pouvoir total et exigeaient une obéissance aveugle. Le principe implicite était alors:  » Le Bien est ce qui est bon pour la société (ou pour la tribu, la race, la nation) et les édits des dirigeants de celle-ci sont sa retranscription sur la terre. « 

Ce fonctionnement s’est retrouvé dans tous les systèmes étatistes, sous toutes les variantes de l’éthique altruiste-collectiviste, mystiques ou sociales.  » Le Droit divin de la monarchie  » résume la conception politique des premières, «  »Vox populi, vox Dei  » celle des secondes. En témoignent la théocratie de l’Egypte, avec le pharaon comme dieu incarné, le règne illimité de la majorité ou démocratie d’Athènes, l’Etat-providence de l’Empire romain, l’inquisition de la fin du Moyen-Age, la monarchie absolue de la France d’Ancien régime, l’interventionnisme socialisant de Bismarck, les chambres à gaz de l’Allemagne nazie, la boucherie de l’Union soviétique.

Tous ces systèmes politiques étaient des expressions de l’éthique altruiste-collectiviste, et leur caractéristique commune est le fait que la société s’y trouvait placée au-dessus de la loi morale, dans une position d’omnipotence souveraine et d’acceptation aveugle de l’arbitraire. Ainsi, politiquement, tous ces systèmes étaient des variantes d’une société amorale.
La réussite la plus profondément révolutionnaire des Etats-Unis d’Amérique fut de subordonner la société politique à la règle morale.

Le principe des Droits individuels de l’homme représentait l’extension de la morale au système politique, comme une limitation au pouvoir de l’Etat, comme une protection de la personne contre la force brutale du collectif, comme la subordination de la force au Droit. Les Etats-Unis furent la première société morale de l’histoire des hommes.

Tous les systèmes précédents avaient considéré l’homme comme un objet sacrificiel soumis aux intérêts des autres, et la société comme une fin en soi. Les Etats-Unis ont considéré la personne comme une fin en elle-même, et la société comme le moyen d’une coexistence paisible, ordonnée et volontaire entre les individus. Tous les systèmes précédents avaient soutenu que la vie de l’homme appartenait à la société, que la société pouvait en disposer de la manière qui lui plaisait, et que toute la liberté dont celui-ci pouvait jouir lui était accordée par faveur, par la permission de la société, permission qui pouvait être révoquée à tout instant. Les Etats-Unis ont pensé que la vie de l’homme lui appartient de Droit, (ce qui signifie : par principe moral et de par la nature des choses), qu’un Droit est le propre d’une personne, que la société en tant que telle n’a donc aucun Droit, et que la seule fonction morale de l’Etat est de protéger les Droits individuels.

Un  » Droit  » est un principe moral qui définit et sanctionne la liberté qu’une personne a d’agir dans un contexte social. Il n’existe en ce sens qu’un Droit fondamental (tous les autres ne sont que ses conséquences ou ses corollaires) : le Droit d’un homme de posséder sa propre vie. La vie est un processus d’action auto-engendré et auto-entretenu; le Droit de posséder sa propre vie signifie qu’on a le Droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. Ce qui signifie : le Droit de faire tout ce qui est nécessité par la nature d’un être rationnel pour le maintien, la promotion, l’accomplissement et la réussite de sa propre vie. (Tel est le sens de la formule parlant du Droit de vivre, d’être libre et de rechercher le bonheur que l’on retrouve dans la Déclaration d’Indépendance. )

Le concept de  » Droit  » ne peut faire référence qu’à l’action, spécifiquement à la liberté d’action. Il désigne la liberté par rapport à une contrainte, une coercition ou une ingérence physique de la part d’autres hommes.
Pour tout individu, un Droit est ainsi la sanction morale d’une capacité positive: sa liberté d’agir conformément à son propre jugement, de poursuivre ses buts personnels par un choix autonome, volontaire et sans coercition. Ses Droits n’imposent à ses voisins aucune obligation autre que négative : l’impératif qu’ils s’abstiennent de les violer.

Le Droit de contrôler sa propre vie est la source de tous les Droits, et le Droit de Propriété est leur seule concrétisation possible. Sans Droit de Propriété, aucun autre Droit n’est concevable. Comme il faut à l’homme subvenir à son existence par ses propres efforts, l’homme qui n’a pas de Droit sur les produits de son effort n’a pas les moyens d’entretenir sa vie. Celui qui produit alors que les autres disposent de ce qu’il a produit est un esclave.

Gardez bien en tête que le Droit de Propriété est un Droit d’agir, comme tous les autres. Ce n’est pas un  » droit à  » un objet, mais un Droit à l’action et à ce qu’il résulte de celle-ci sur le plan de la production et de la valeur de ce qui est produit. Ce n’est pas la garantie qu’un homme finira par disposer d’une quelconque richesse ; c’est la garantie qu’il pourra posséder ce qu’il a gagné s’il l’a obtenu par son action productive. C’est donc le Droit d’acquérir, de conserver, d’utiliser et de disposer des valeurs incarnées dans les objets matériels.

Le concept de Droits individuels est tellement nouveau dans l’histoire de l’humanité que la plupart des hommes ne l’ont pas encore complètement compris à ce jour. Se référant aux deux conceptions de l’éthique, la mystique et la sociale, certains affirment que les Droits sont un don de Dieu, les autres qu’ils sont un privilège social. En fait, la source des Droits est la nature de l’homme.

La Déclaration d’Indépendance affirmait que les hommes  » ont été dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables « . Que l’on croie que l’homme est le produit d’un Créateur ou celui de la nature, la question de l’origine de l’homme ne change rien au fait qu’il est une entité d’un certain type, un être rationnel, qu’il ne peut pas fonctionner efficacement sous la menace de la violence, et que les Droits sont une condition nécessaire de son mode d’existence spécifique.

 » La source des Droits de l’Homme n’est pas la loi de Dieu ni la loi du Congrès, mais la Loi de l’Identité. Toute chose est ce qu’elle est, et l’Homme est un homme. Les Droits sont les conditions d’existence nécessitées par la nature de l’homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l’homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d’agir librement d’après son propre jugement. Il a le Droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu’il veut c’est vivre sur terre, il a le Droit de vivre comme un être rationnel: la nature même lui interdit l’irrationalité  » (Atlas Shrugged, discours de John Galt).

Violer les Droits d’un homme signifie l’obliger à agir contre son propre jugement, ou s’emparer par la force de ce qu’il a produit. Fondamentalement, il n’y a qu’une façon de parvenir à cela: recourir à la violence physique. Deux groupes de personnes peuvent violer les Droits de l’Homme: les malfaiteurs et les hommes de l’Etat. La grande réussite des Etats-Unis fut d’établir une différence entre les deux, en interdisant aux seconds d’exercer une version légalisée des activités des premiers.

La Déclaration d’Indépendance posa le principe que  » C’est pour assurer ces Droits que les Etats ont été institués parmi les hommes « . Ce principe a fourni la seule justification valable de l’existence d’un Etat et a défini sa seule fonction légitime : assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique.
Ainsi le rôle des hommes de l’Etat fut-il transformé: de maîtres, ils devinrent serviteurs. L’Etat était institué pour protéger les personnes contre les malfaiteurs, et la Constitution était écrite pour les protéger des hommes de l’Etat. La Déclaration des Droits n’était pas dirigée contre les citoyens privés, mais contre les décideurs publics, comme une déclaration explicite soulignant que les Droits individuels l’emportent sur tout pouvoir politique.

Le résultat fut un modèle de société civilisée que, pour la brève période de quelque cent cinquante ans, les Etats-Unis furent bien près de réaliser effectivement. Une société civilisée est une société où la violence physique est bannie dans les relations humaines, et dans laquelle les hommes de l’Etat, agissant comme des gendarmes, ne peuvent faire usage de la force qu’au titre de riposte et seulement contre ceux qui ont enclenché cet usage.
Tels étaient la signification et le but essentiels de la philosophie politique américaine, implicites dans le principe des Droits individuels. Mais cette signification et ce but ne furent pas formulés explicitement, et dès lors ne furent ni complètement acceptés, ni mis en pratique de façon cohérente.

L’élément contradictoire interne aux Etats-Unis était l’existence en elle de l’éthique altruiste – collectiviste.
L’altruisme est incompatible avec la liberté, avec le capitalisme et avec les Droits individuels. On ne peut pas combiner la recherche du bonheur avec le statut moral d’animal sacrificiel.

C’est le concept de Droits individuels qui avait donné naissance à la possibilité d’une société libre. C’est par la destruction des Droits individuels que la destruction de la liberté devait commencer.

Une tyrannie collectiviste ne peut se permettre de réduire tout un pays à l’esclavage par la confiscation ouverte de ses productions, matérielles ou morales. Elle ne peut parvenir à cette fin que par un processus de corruption interne. De même que dans le domaine matériel le pillage de la richesse d’un pays se fait par une politique d’inflation sur la monnaie, l’on peut aujourd’hui observer la mise en place d’un processus d’inflation dans le domaine des Droits. Ce processus repose sur une telle prolifération de « nouveaux droits » récemment proclamés que les gens ne se rendent pas compte que le sens du concept est inversé. De même que la mauvaise monnaie est imposée à la place des bonnes, ces droits en monnaie de singe détruisent les Droits authentiques.
Considérez ce fait curieux : jamais l’on n’a observé à un tel point, tout autour du monde, la prolifération de deux phénomènes apparemment contradictoires : les prétendus « nouveaux droits » et les camps de travail forcé.
L’astuce a consisté à faire glisser le concept de Droit du domaine politique à celui de l’économie.

Le programme du Parti Démocrate en 1960 résume ce tour de passe-passe avec hardiesse et franchise. Il proclame que les Démocrates s’ils parviennent au pouvoir  » réaffirmeront la Déclaration des droits économiques que Franklin Roosevelt inscrivit dans notre conscience nationale il y a seize ans. « 

Gardez bien présent à l’esprit ce que signifie le concept des  » Droits « , en lisant la liste de ce que propose ledit programme :

 » 1. Le ‘droit à’ un travail utile et rémunérateur dans l’industrie, le commerce, le secteur agricole ou le secteur minier.

 » 2. Le ‘droit à’ gagner assez d’argent pour obtenir une quantité suffisante de nourriture, de vêtements et de moyens de distraction.

 » 3. Le ‘droit de tout agriculteur à cultiver et à vendre ses produits’ en étant sûr d’en tirer suffisamment pour obtenir, pour lui et sa famille, les moyens d’une vie acceptable.

 » 4. Le ‘droit de tout entrepreneur, grand ou petit, à échanger dans une atmosphère libérée de la concurrence déloyale et du poids dominateur des monopoles’ chez lui et à l’étranger.

 » 5. Le ‘droit de toute famille à’ une maison confortable.

 » 6. Le ‘droit à’ des soins médicaux suffisants et à la possibilité de vivre en bonne santé.

 » 7.Le ‘droit à’ une protection adéquate contre les risques économiques liés à l’âge, à la maladie, aux accidents et au chômage.

 » 8. Le ‘droit à’ une bonne éducation. « 

Une simple question ajoutée à chacune des clauses ci-dessus suffirait à faire comprendre de quoi il s’agit : « aux dépens de qui? »

Les emplois, la nourriture, les vêtements, les moyens de distraction, les maisons, les soins médicaux, l’éducation, etc, ne poussent pas sur les arbres. Ce sont des produits de l’action humaine; des biens et des services qui ont été créés par quelqu’un. Qui sera là pour les fournir ?
Si certains ont le  » droit  » de vivre aux dépens du travail des autres, cela veut dire que ces autres sont privés de leurs Droits et condamnés à travailler comme des esclaves.

Tout prétendu  » droit  » d’un homme, qui nécessite de violer les Droits d’un autre homme, n’est pas, et ne peut pas être un Droit. Personne ne peut avoir le Droit d’imposer une obligation que l’on n’a pas choisie, un devoir sans récompense ou une servitude involontaire. II ne peut pas y avoir de  » droit de réduire des hommes à l’esclavage « .

Un Droit n’implique pas sa concrétisation matérielle par l’action d’autres hommes; il implique uniquement la liberté pour chacun de parvenir à cette concrétisation grâce à son propre effort.

Remarquez, dans ce contexte, la précision intellectuelle des Pères Fondateurs des Etats-Unis : ils parlaient du Droit de rechercher le bonheur, et pas du  » droit au  » bonheur. Cela veut dire qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions qu’il juge nécessaires pour atteindre le bonheur; cela ne veut pas dire que les autres ont le devoir de le rendre heureux.

Le Droit de vivre implique que tout homme a le Droit de subvenir aux nécessités matérielles impliquées par le fait qu’il vit grâce à son travail (quel que soit le niveau où celui-ci se situe dans l’économie); il n’implique pas que les autres doivent lui fournir ses moyens d’existence.
Le Droit de Propriété implique qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions économiques nécessaires pour acquérir une propriété, il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une propriété.

Le Droit de libre expression implique qu’une personne a le Droit d’exprimer ses idées sans courir le risque d’être réprimée, entravée ou punie par les hommes de l’Etat. Il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une salle de conférences, une station de radio ou une imprimerie pour exprimer ses idées.

Toute entreprise qui implique plus d’une personne nécessite le consentement volontaire de chacun des participants. Chacun d’entre eux a le Droit de prendre ses propres décisions, et personne n’a celui d’imposer ses décisions aux autres.

Il n’existe pas ainsi de  » droit à l’emploi « . Il n’existe que le Droit d’échanger librement, c’est-à-dire : le Droit que chacun possède d’être embauché si une autre personne décide de payer ses services. Il n’y a pas de  » droit au logement « , il n’y a que le Droit là encore d’échanger librement : le Droit de louer un logement ou de l’acheter. Il n’y a pas de  » droit à un salaire décent  » ou à un prix  » acceptable  » si personne n’accepte de payer ce prix ou ce salaire. Il n’y a pas de  » droit à consommer  » du lait, des chaussures, des places de cinéma ou des bouteilles de champagne si aucun producteur n’a décidé de fabriquer ces articles; il n’y a que le Droit de les fabriquer soi-même. Il n’y a pas de  » droits catégoriels « : pas de  » droits des agriculteurs, des travailleurs, des employés, des employeurs, des vieux, des jeunes, des enfants à naître « . Il n’y a que les Droits de l’Homme, des Droits possédés par toute personne singulière et par tous les hommes en tant qu’individus.

Le Droit de Propriété et le Droit d’échanger librement qui en découle sont les seuls  » Droits économiques  » de l’Homme. Il s’agit en fait de Droits politiques, et il ne peut y avoir de  » Déclaration des droits économiques de l’homme « . Remarquez seulement que les partisans des seconds ont quasiment détruit les premiers.

Rappelez-vous que les Droits sont des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d’action d’une personne, mais n’imposent aucune obligation aux autres hommes. Les citoyens privés ne sont pas une menace pour les Droits ou pour les libertés les uns des autres. Un citoyen privé qui a recours à la violence physique en violation des Droits des autres est un malfaiteur, et les hommes ont contre lui la protection de la loi.

Dans tous les pays et à toutes les époques, ces malfaiteurs-là ont toujours été une petite minorité, et le mal qu’ils ont fait à l’humanité est infinitésimal quand on le compare aux horreurs : bains de sang, guerres, persécutions, confiscations, famines, réduction à l’esclavage, ou destructions massives, perpétrées par les castes politiques de l’humanité. Potentiellement, un Etat est la plus grande menace qui pèse sur les Droits de l’Homme : il possède en général le monopole légal de l’usage de la force physique contre des victimes légalement désarmées. Quand son pouvoir n’est ni limité ni restreint par les Droits individuels, l’ Etat est le plus mortel ennemi des hommes. Ce n’est pas en raison de la nécessité de se protéger contre les actions privées, mais en raison de celle de se protéger contre les décisions publiques que la Déclaration des Droits a été écrite.

Considérez maintenant quel procédé se trouve utilisé pour détruire cette protection.
Le procédé consiste à attribuer aux citoyens privés d’être les auteurs de violations spécifiques du Droit que la constitution interdit aux hommes de l’Etat (et que les citoyens privés n’ont pas dans les faits le pouvoir de commettre) – ce qui permet de libérer les hommes de l’Etat de toute contrainte. Les résultats sont au présent particulièrement visibles dans le domaine de la liberté d’expression. Pendant des années, les collectivistes ont propagé l’idée que lorsqu’une personne privée refuse de financer un opposant, elle commet une  » violation de la liberté d’expression  » de cet opposant et un acte de  » censure « .

C’est de la  » censure « , prétendent-ils, lorsqu’un journal refuse d’employer ou de publier des auteurs dont les idées sont diamétralement opposées à sa politique.
C’est de la  » censure « , prétendent-ils encore lorsqu’un homme d’affaire refuse de faire publier des publicités dans un magazine qui le dénonce, l’insulte et le traîne dans la boue.

C’est de la  » censure « , prétendent-ils enfin, lorsque quelqu’un qui finance une émission de télévision proteste contre une ignominie – telle l’invitation faite à Alger Hiss de venir calomnier en direct Richard Nixon – perpétrée au cours d’une émission pour laquelle il donne son argent.
A ce propos un certain Newton N. Minow a déclaré:  » il y a la censure des indices d’écoute, celle des annonceurs, celle des chaînes, des stations associées qui refusent les programmes qu’on offre à leurs zones d’émission « . C’est le même M. Minow qui menace à présent de révoquer l’autorisation de toute station qui ne se soumettrait pas à ses conceptions des programmes, et qui prétend que cela, ce ne serait pas de la censure. Examinez les implications de tout ceci.

La  » censure  » est un terme uniquement applicable aux actions de l’Etat. Aucune action privée ne peut être énoncée comme un acte de censure. Aucun individu et aucune agence non publique ne peut réduire un homme au silence, ni réprimer une publication. Seul un Etat peut y parvenir. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas les financer.

Pourtant, selon la doctrine dite des  » droits économiques de l’homme « , un individu n’aurait pas le Droit de disposer de ses propres moyens matériels et de les utiliser selon ses propres convictions, mais devrait donner son argent sans discrimination à n’importe quel discoureur ou propagandiste, qui aurait ainsi un  » droit à  » … ce qui ne lui appartient pas. Cela signifie que la capacité de produire les moyens matériels nécessaires à l’expression des idées serait ce qui prive un homme du Droit de penser ce qu’il pense. Cela signifie aussi qu’un éditeur devrait publier des livres qu’il trouve mauvais, falsificateurs ou pervers, que le financier d’une émission de télévision devrait rétribuer des commentateurs qui ont choisi de s’en prendre à ses convictions. Que le propriétaire d’un journal devrait livrer ses pages éditoriales à tout jeune voyou qui fait de l’agitation pour réduire la presse à la servitude. Cela signifie donc qu’un groupe d’hommes aurait le droit illimité de faire n’importe quoi, alors qu’un autre groupe se trouverait réduit à la dépossession et à l’impuissance.

Mais comme il serait évidemment impossible de fournir à quiconque les réclame, un emploi, un micro ou les colonnes d’un journal, qui décidera de la  » distribution  » des  » droits économiques  » et choisira leurs bénéficiaires, lorsque le Droit de choisir qui appartenait aux propriétaires aura été aboli? Eh bien, cela au moins, M. Minow l’a indiqué avec beaucoup de clarté.

Et si vous faites l’erreur de croire que tout ce qui précède ne s’applique qu’aux grands possédants, il serait temps pour vous de vous rendre compte que la théorie des  » droits économiques  » implique pour n’importe quel théâtreux en mal de spectacle, pour n’importe quel poète baba, pour n’importe quel compositeur de bruits ou pour tout  » artiste  » non objectif (pourvu d’appuis politiques), le  » droit au  » soutien financier que vous aviez choisi de ne pas leur donner en n’assistant pas à leurs exhibitions. Quelle autre signification peut avoir la décision de dépenser l’argent de vos impôts pour subventionner la  » culture « ?

Ainsi, pendant que des gens se promènent la bouche pleine de ces  » droits économiques  » le concept des Droits politiques est en train de disparaître. On oublie que le Droit de libre expression désigne la liberté de prôner ses propres opinions et d’en subir les conséquences, y compris le désaccord avec les autres, leur opposition, leur hostilité et leur refus de vous soutenir. La fonction politique du Droit de libre expression est de protéger les dissidents et les minorités impopulaires contre la répression violente, non de leur garantir le soutien matériel, les avantages et les récompenses d’une popularité qu’ils n’ont rien fait pour mériter.

La Déclaration des Droits stipule :  » Le Congrès ne fera aucune loi… limitant la liberté de parole, ni celle de ta presse… « , il n’y est pas exigé des citoyens privés qu’ils fournissent un micro à l’homme qui prône leur destruction, ou un passe au voleur qui cherche à les cambrioler, ou un couteau à l’assassin qui veut leur couper la gorge.

Tel est l’état de l’un des débats les plus cruciaux du temps présent: celui où s’opposent les Droits politiques et les  » droits économiques « . Il faut choisir. Car ils sont incompatibles entre eux, et les seconds détruisent les premiers. En fait, il n’y a pas de  » droits économiques « , pas de  » droits collectifs « , pas de  » droits de l’intérêt général « . Le terme  » Droits de l’individu  » est une redondance: il n’y a pas d’autre forme de Droit et personne d’autre n’en possède.

Les partisans du capitalisme de laissez-faire sont les seuls défenseurs des Droits de l’Homme.

Ayn Rand in The Objectivist Newsletter.

Les Droits de l’Homme (Ayn Rand)

mai 6, 2007


Si l’on veut prôner une société libre – c’est-à-dire le capitalisme – l’on doit se rendre compte que son fondement indispensable est le principe des Droits individuels.

Si l’on veut défendre les Droits individuels, l’on doit comprendre que le capitalisme est le seul système qui peut les promouvoir et les protéger. Et si l’on veut évaluer le rapport entre la liberté et les objectifs que se donnent aujourd’hui les intellectuels, l’on peut en trouver une image significative dans le fait que le concept des Droits individuels est brouillé, perverti, déformé, presque jamais discuté, et que la plus grande réticence à en parler se trouve justement du côté de la soi-disant « droite ».

Les « Droits » sont un concept moral : le concept qui fournit une transition logique entre les principes qui guident l’action d’une personne et ceux qui gouvernent ses relations avec les autres. Le concept qui maintient et protège la morale individuelle dans un contexte social. Le lien entre le code moral d’une personne et le code juridique d’une société, entre l’éthique et la politique. Les Droits individuels sont le moyen de soumettre l’ordre politique à la règle éthique.

Tout système politique est fondé sur un code moral ou sur un autre. Les déontologies dominantes au cours de l’histoire humaine ont été des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste qui subordonnait l’individu à quelque entité supérieure, soit mystique, soit sociale.

En conséquence, la plupart des systèmes politiques ont été des variantes de la même tyrannie étatiste, ne différant que par le degré et non par le principe fondateur, limités seulement par les accidents de la tradition, les désordres, les conflits sanglants et l’effondrement périodique. Dans tous les systèmes de ce genre, la morale était un code applicable â la personne, mais pas à la société. La société était placée en dehors de la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusive. L’on considérait qu’inculquer la dévotion sacrificielle au devoir social était la fonction principale de l’éthique dans la vie terrestre de l’homme.

Comme la « société » n’est pas une entité, comme il ne s’agit que d’un groupe de personnes singulières, cela signifiait, en pratique, que les règles sociales étaient exemptes d’un jugement par la loi morale. Elles n’étaient soumises qu’aux rituels traditionnels; elles exerçaient un pouvoir total et exigeaient une obéissance aveugle. Le principe implicite était alors:  » Le Bien est ce qui est bon pour la société (ou pour la tribu, la race, la nation) et les édits des dirigeants de celle-ci sont sa retranscription sur la terre. « 

Ce fonctionnement s’est retrouvé dans tous les systèmes étatistes, sous toutes les variantes de l’éthique altruiste-collectiviste, mystiques ou sociales.  » Le Droit divin de la monarchie  » résume la conception politique des premières, «  »Vox populi, vox Dei  » celle des secondes. En témoignent la théocratie de l’Egypte, avec le pharaon comme dieu incarné, le règne illimité de la majorité ou démocratie d’Athènes, l’Etat-providence de l’Empire romain, l’inquisition de la fin du Moyen-Age, la monarchie absolue de la France d’Ancien régime, l’interventionnisme socialisant de Bismarck, les chambres à gaz de l’Allemagne nazie, la boucherie de l’Union soviétique.

Tous ces systèmes politiques étaient des expressions de l’éthique altruiste-collectiviste, et leur caractéristique commune est le fait que la société s’y trouvait placée au-dessus de la loi morale, dans une position d’omnipotence souveraine et d’acceptation aveugle de l’arbitraire. Ainsi, politiquement, tous ces systèmes étaient des variantes d’une société amorale.
La réussite la plus profondément révolutionnaire des Etats-Unis d’Amérique fut de subordonner la société politique à la règle morale.

Le principe des Droits individuels de l’homme représentait l’extension de la morale au système politique, comme une limitation au pouvoir de l’Etat, comme une protection de la personne contre la force brutale du collectif, comme la subordination de la force au Droit. Les Etats-Unis furent la première société morale de l’histoire des hommes.

Tous les systèmes précédents avaient considéré l’homme comme un objet sacrificiel soumis aux intérêts des autres, et la société comme une fin en soi. Les Etats-Unis ont considéré la personne comme une fin en elle-même, et la société comme le moyen d’une coexistence paisible, ordonnée et volontaire entre les individus. Tous les systèmes précédents avaient soutenu que la vie de l’homme appartenait à la société, que la société pouvait en disposer de la manière qui lui plaisait, et que toute la liberté dont celui-ci pouvait jouir lui était accordée par faveur, par la permission de la société, permission qui pouvait être révoquée à tout instant. Les Etats-Unis ont pensé que la vie de l’homme lui appartient de Droit, (ce qui signifie : par principe moral et de par la nature des choses), qu’un Droit est le propre d’une personne, que la société en tant que telle n’a donc aucun Droit, et que la seule fonction morale de l’Etat est de protéger les Droits individuels.

Un  » Droit  » est un principe moral qui définit et sanctionne la liberté qu’une personne a d’agir dans un contexte social. Il n’existe en ce sens qu’un Droit fondamental (tous les autres ne sont que ses conséquences ou ses corollaires) : le Droit d’un homme de posséder sa propre vie. La vie est un processus d’action auto-engendré et auto-entretenu; le Droit de posséder sa propre vie signifie qu’on a le Droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. Ce qui signifie : le Droit de faire tout ce qui est nécessité par la nature d’un être rationnel pour le maintien, la promotion, l’accomplissement et la réussite de sa propre vie. (Tel est le sens de la formule parlant du Droit de vivre, d’être libre et de rechercher le bonheur que l’on retrouve dans la Déclaration d’Indépendance. )

Le concept de  » Droit  » ne peut faire référence qu’à l’action, spécifiquement à la liberté d’action. Il désigne la liberté par rapport à une contrainte, une coercition ou une ingérence physique de la part d’autres hommes.
Pour tout individu, un Droit est ainsi la sanction morale d’une capacité positive: sa liberté d’agir conformément à son propre jugement, de poursuivre ses buts personnels par un choix autonome, volontaire et sans coercition. Ses Droits n’imposent à ses voisins aucune obligation autre que négative : l’impératif qu’ils s’abstiennent de les violer.

Le Droit de contrôler sa propre vie est la source de tous les Droits, et le Droit de Propriété est leur seule concrétisation possible. Sans Droit de Propriété, aucun autre Droit n’est concevable. Comme il faut à l’homme subvenir à son existence par ses propres efforts, l’homme qui n’a pas de Droit sur les produits de son effort n’a pas les moyens d’entretenir sa vie. Celui qui produit alors que les autres disposent de ce qu’il a produit est un esclave.

Gardez bien en tête que le Droit de Propriété est un Droit d’agir, comme tous les autres. Ce n’est pas un  » droit à  » un objet, mais un Droit à l’action et à ce qu’il résulte de celle-ci sur le plan de la production et de la valeur de ce qui est produit. Ce n’est pas la garantie qu’un homme finira par disposer d’une quelconque richesse ; c’est la garantie qu’il pourra posséder ce qu’il a gagné s’il l’a obtenu par son action productive. C’est donc le Droit d’acquérir, de conserver, d’utiliser et de disposer des valeurs incarnées dans les objets matériels.

Le concept de Droits individuels est tellement nouveau dans l’histoire de l’humanité que la plupart des hommes ne l’ont pas encore complètement compris à ce jour. Se référant aux deux conceptions de l’éthique, la mystique et la sociale, certains affirment que les Droits sont un don de Dieu, les autres qu’ils sont un privilège social. En fait, la source des Droits est la nature de l’homme.

La Déclaration d’Indépendance affirmait que les hommes  » ont été dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables « . Que l’on croie que l’homme est le produit d’un Créateur ou celui de la nature, la question de l’origine de l’homme ne change rien au fait qu’il est une entité d’un certain type, un être rationnel, qu’il ne peut pas fonctionner efficacement sous la menace de la violence, et que les Droits sont une condition nécessaire de son mode d’existence spécifique.

 » La source des Droits de l’Homme n’est pas la loi de Dieu ni la loi du Congrès, mais la Loi de l’Identité. Toute chose est ce qu’elle est, et l’Homme est un homme. Les Droits sont les conditions d’existence nécessitées par la nature de l’homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l’homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d’agir librement d’après son propre jugement. Il a le Droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu’il veut c’est vivre sur terre, il a le Droit de vivre comme un être rationnel: la nature même lui interdit l’irrationalité  » (Atlas Shrugged, discours de John Galt).

Violer les Droits d’un homme signifie l’obliger à agir contre son propre jugement, ou s’emparer par la force de ce qu’il a produit. Fondamentalement, il n’y a qu’une façon de parvenir à cela: recourir à la violence physique. Deux groupes de personnes peuvent violer les Droits de l’Homme: les malfaiteurs et les hommes de l’Etat. La grande réussite des Etats-Unis fut d’établir une différence entre les deux, en interdisant aux seconds d’exercer une version légalisée des activités des premiers.

La Déclaration d’Indépendance posa le principe que  » C’est pour assurer ces Droits que les Etats ont été institués parmi les hommes « . Ce principe a fourni la seule justification valable de l’existence d’un Etat et a défini sa seule fonction légitime : assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique.
Ainsi le rôle des hommes de l’Etat fut-il transformé: de maîtres, ils devinrent serviteurs. L’Etat était institué pour protéger les personnes contre les malfaiteurs, et la Constitution était écrite pour les protéger des hommes de l’Etat. La Déclaration des Droits n’était pas dirigée contre les citoyens privés, mais contre les décideurs publics, comme une déclaration explicite soulignant que les Droits individuels l’emportent sur tout pouvoir politique.

Le résultat fut un modèle de société civilisée que, pour la brève période de quelque cent cinquante ans, les Etats-Unis furent bien près de réaliser effectivement. Une société civilisée est une société où la violence physique est bannie dans les relations humaines, et dans laquelle les hommes de l’Etat, agissant comme des gendarmes, ne peuvent faire usage de la force qu’au titre de riposte et seulement contre ceux qui ont enclenché cet usage.
Tels étaient la signification et le but essentiels de la philosophie politique américaine, implicites dans le principe des Droits individuels. Mais cette signification et ce but ne furent pas formulés explicitement, et dès lors ne furent ni complètement acceptés, ni mis en pratique de façon cohérente.

L’élément contradictoire interne aux Etats-Unis était l’existence en elle de l’éthique altruiste – collectiviste.
L’altruisme est incompatible avec la liberté, avec le capitalisme et avec les Droits individuels. On ne peut pas combiner la recherche du bonheur avec le statut moral d’animal sacrificiel.

C’est le concept de Droits individuels qui avait donné naissance à la possibilité d’une société libre. C’est par la destruction des Droits individuels que la destruction de la liberté devait commencer.

Une tyrannie collectiviste ne peut se permettre de réduire tout un pays à l’esclavage par la confiscation ouverte de ses productions, matérielles ou morales. Elle ne peut parvenir à cette fin que par un processus de corruption interne. De même que dans le domaine matériel le pillage de la richesse d’un pays se fait par une politique d’inflation sur la monnaie, l’on peut aujourd’hui observer la mise en place d’un processus d’inflation dans le domaine des Droits. Ce processus repose sur une telle prolifération de « nouveaux droits » récemment proclamés que les gens ne se rendent pas compte que le sens du concept est inversé. De même que la mauvaise monnaie est imposée à la place des bonnes, ces droits en monnaie de singe détruisent les Droits authentiques.
Considérez ce fait curieux : jamais l’on n’a observé à un tel point, tout autour du monde, la prolifération de deux phénomènes apparemment contradictoires : les prétendus « nouveaux droits » et les camps de travail forcé.
L’astuce a consisté à faire glisser le concept de Droit du domaine politique à celui de l’économie.

Le programme du Parti Démocrate en 1960 résume ce tour de passe-passe avec hardiesse et franchise. Il proclame que les Démocrates s’ils parviennent au pouvoir  » réaffirmeront la Déclaration des droits économiques que Franklin Roosevelt inscrivit dans notre conscience nationale il y a seize ans. « 

Gardez bien présent à l’esprit ce que signifie le concept des  » Droits « , en lisant la liste de ce que propose ledit programme :

 » 1. Le ‘droit à’ un travail utile et rémunérateur dans l’industrie, le commerce, le secteur agricole ou le secteur minier.

 » 2. Le ‘droit à’ gagner assez d’argent pour obtenir une quantité suffisante de nourriture, de vêtements et de moyens de distraction.

 » 3. Le ‘droit de tout agriculteur à cultiver et à vendre ses produits’ en étant sûr d’en tirer suffisamment pour obtenir, pour lui et sa famille, les moyens d’une vie acceptable.

 » 4. Le ‘droit de tout entrepreneur, grand ou petit, à échanger dans une atmosphère libérée de la concurrence déloyale et du poids dominateur des monopoles’ chez lui et à l’étranger.

 » 5. Le ‘droit de toute famille à’ une maison confortable.

 » 6. Le ‘droit à’ des soins médicaux suffisants et à la possibilité de vivre en bonne santé.

 » 7.Le ‘droit à’ une protection adéquate contre les risques économiques liés à l’âge, à la maladie, aux accidents et au chômage.

 » 8. Le ‘droit à’ une bonne éducation. « 

Une simple question ajoutée à chacune des clauses ci-dessus suffirait à faire comprendre de quoi il s’agit : « aux dépens de qui? »

Les emplois, la nourriture, les vêtements, les moyens de distraction, les maisons, les soins médicaux, l’éducation, etc, ne poussent pas sur les arbres. Ce sont des produits de l’action humaine; des biens et des services qui ont été créés par quelqu’un. Qui sera là pour les fournir ?
Si certains ont le  » droit  » de vivre aux dépens du travail des autres, cela veut dire que ces autres sont privés de leurs Droits et condamnés à travailler comme des esclaves.

Tout prétendu  » droit  » d’un homme, qui nécessite de violer les Droits d’un autre homme, n’est pas, et ne peut pas être un Droit. Personne ne peut avoir le Droit d’imposer une obligation que l’on n’a pas choisie, un devoir sans récompense ou une servitude involontaire. II ne peut pas y avoir de  » droit de réduire des hommes à l’esclavage « .

Un Droit n’implique pas sa concrétisation matérielle par l’action d’autres hommes; il implique uniquement la liberté pour chacun de parvenir à cette concrétisation grâce à son propre effort.

Remarquez, dans ce contexte, la précision intellectuelle des Pères Fondateurs des Etats-Unis : ils parlaient du Droit de rechercher le bonheur, et pas du  » droit au  » bonheur. Cela veut dire qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions qu’il juge nécessaires pour atteindre le bonheur; cela ne veut pas dire que les autres ont le devoir de le rendre heureux.

Le Droit de vivre implique que tout homme a le Droit de subvenir aux nécessités matérielles impliquées par le fait qu’il vit grâce à son travail (quel que soit le niveau où celui-ci se situe dans l’économie); il n’implique pas que les autres doivent lui fournir ses moyens d’existence.
Le Droit de Propriété implique qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions économiques nécessaires pour acquérir une propriété, il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une propriété.

Le Droit de libre expression implique qu’une personne a le Droit d’exprimer ses idées sans courir le risque d’être réprimée, entravée ou punie par les hommes de l’Etat. Il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une salle de conférences, une station de radio ou une imprimerie pour exprimer ses idées.

Toute entreprise qui implique plus d’une personne nécessite le consentement volontaire de chacun des participants. Chacun d’entre eux a le Droit de prendre ses propres décisions, et personne n’a celui d’imposer ses décisions aux autres.

Il n’existe pas ainsi de  » droit à l’emploi « . Il n’existe que le Droit d’échanger librement, c’est-à-dire : le Droit que chacun possède d’être embauché si une autre personne décide de payer ses services. Il n’y a pas de  » droit au logement « , il n’y a que le Droit là encore d’échanger librement : le Droit de louer un logement ou de l’acheter. Il n’y a pas de  » droit à un salaire décent  » ou à un prix  » acceptable  » si personne n’accepte de payer ce prix ou ce salaire. Il n’y a pas de  » droit à consommer  » du lait, des chaussures, des places de cinéma ou des bouteilles de champagne si aucun producteur n’a décidé de fabriquer ces articles; il n’y a que le Droit de les fabriquer soi-même. Il n’y a pas de  » droits catégoriels « : pas de  » droits des agriculteurs, des travailleurs, des employés, des employeurs, des vieux, des jeunes, des enfants à naître « . Il n’y a que les Droits de l’Homme, des Droits possédés par toute personne singulière et par tous les hommes en tant qu’individus.

Le Droit de Propriété et le Droit d’échanger librement qui en découle sont les seuls  » Droits économiques  » de l’Homme. Il s’agit en fait de Droits politiques, et il ne peut y avoir de  » Déclaration des droits économiques de l’homme « . Remarquez seulement que les partisans des seconds ont quasiment détruit les premiers.

Rappelez-vous que les Droits sont des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d’action d’une personne, mais n’imposent aucune obligation aux autres hommes. Les citoyens privés ne sont pas une menace pour les Droits ou pour les libertés les uns des autres. Un citoyen privé qui a recours à la violence physique en violation des Droits des autres est un malfaiteur, et les hommes ont contre lui la protection de la loi.

Dans tous les pays et à toutes les époques, ces malfaiteurs-là ont toujours été une petite minorité, et le mal qu’ils ont fait à l’humanité est infinitésimal quand on le compare aux horreurs : bains de sang, guerres, persécutions, confiscations, famines, réduction à l’esclavage, ou destructions massives, perpétrées par les castes politiques de l’humanité. Potentiellement, un Etat est la plus grande menace qui pèse sur les Droits de l’Homme : il possède en général le monopole légal de l’usage de la force physique contre des victimes légalement désarmées. Quand son pouvoir n’est ni limité ni restreint par les Droits individuels, l’ Etat est le plus mortel ennemi des hommes. Ce n’est pas en raison de la nécessité de se protéger contre les actions privées, mais en raison de celle de se protéger contre les décisions publiques que la Déclaration des Droits a été écrite.

Considérez maintenant quel procédé se trouve utilisé pour détruire cette protection.
Le procédé consiste à attribuer aux citoyens privés d’être les auteurs de violations spécifiques du Droit que la constitution interdit aux hommes de l’Etat (et que les citoyens privés n’ont pas dans les faits le pouvoir de commettre) – ce qui permet de libérer les hommes de l’Etat de toute contrainte. Les résultats sont au présent particulièrement visibles dans le domaine de la liberté d’expression. Pendant des années, les collectivistes ont propagé l’idée que lorsqu’une personne privée refuse de financer un opposant, elle commet une  » violation de la liberté d’expression  » de cet opposant et un acte de  » censure « .

C’est de la  » censure « , prétendent-ils, lorsqu’un journal refuse d’employer ou de publier des auteurs dont les idées sont diamétralement opposées à sa politique.
C’est de la  » censure « , prétendent-ils encore lorsqu’un homme d’affaire refuse de faire publier des publicités dans un magazine qui le dénonce, l’insulte et le traîne dans la boue.

C’est de la  » censure « , prétendent-ils enfin, lorsque quelqu’un qui finance une émission de télévision proteste contre une ignominie – telle l’invitation faite à Alger Hiss de venir calomnier en direct Richard Nixon – perpétrée au cours d’une émission pour laquelle il donne son argent.
A ce propos un certain Newton N. Minow a déclaré:  » il y a la censure des indices d’écoute, celle des annonceurs, celle des chaînes, des stations associées qui refusent les programmes qu’on offre à leurs zones d’émission « . C’est le même M. Minow qui menace à présent de révoquer l’autorisation de toute station qui ne se soumettrait pas à ses conceptions des programmes, et qui prétend que cela, ce ne serait pas de la censure. Examinez les implications de tout ceci.

La  » censure  » est un terme uniquement applicable aux actions de l’Etat. Aucune action privée ne peut être énoncée comme un acte de censure. Aucun individu et aucune agence non publique ne peut réduire un homme au silence, ni réprimer une publication. Seul un Etat peut y parvenir. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas les financer.

Pourtant, selon la doctrine dite des  » droits économiques de l’homme « , un individu n’aurait pas le Droit de disposer de ses propres moyens matériels et de les utiliser selon ses propres convictions, mais devrait donner son argent sans discrimination à n’importe quel discoureur ou propagandiste, qui aurait ainsi un  » droit à  » … ce qui ne lui appartient pas. Cela signifie que la capacité de produire les moyens matériels nécessaires à l’expression des idées serait ce qui prive un homme du Droit de penser ce qu’il pense. Cela signifie aussi qu’un éditeur devrait publier des livres qu’il trouve mauvais, falsificateurs ou pervers, que le financier d’une émission de télévision devrait rétribuer des commentateurs qui ont choisi de s’en prendre à ses convictions. Que le propriétaire d’un journal devrait livrer ses pages éditoriales à tout jeune voyou qui fait de l’agitation pour réduire la presse à la servitude. Cela signifie donc qu’un groupe d’hommes aurait le droit illimité de faire n’importe quoi, alors qu’un autre groupe se trouverait réduit à la dépossession et à l’impuissance.

Mais comme il serait évidemment impossible de fournir à quiconque les réclame, un emploi, un micro ou les colonnes d’un journal, qui décidera de la  » distribution  » des  » droits économiques  » et choisira leurs bénéficiaires, lorsque le Droit de choisir qui appartenait aux propriétaires aura été aboli? Eh bien, cela au moins, M. Minow l’a indiqué avec beaucoup de clarté.

Et si vous faites l’erreur de croire que tout ce qui précède ne s’applique qu’aux grands possédants, il serait temps pour vous de vous rendre compte que la théorie des  » droits économiques  » implique pour n’importe quel théâtreux en mal de spectacle, pour n’importe quel poète baba, pour n’importe quel compositeur de bruits ou pour tout  » artiste  » non objectif (pourvu d’appuis politiques), le  » droit au  » soutien financier que vous aviez choisi de ne pas leur donner en n’assistant pas à leurs exhibitions. Quelle autre signification peut avoir la décision de dépenser l’argent de vos impôts pour subventionner la  » culture « ?

Ainsi, pendant que des gens se promènent la bouche pleine de ces  » droits économiques  » le concept des Droits politiques est en train de disparaître. On oublie que le Droit de libre expression désigne la liberté de prôner ses propres opinions et d’en subir les conséquences, y compris le désaccord avec les autres, leur opposition, leur hostilité et leur refus de vous soutenir. La fonction politique du Droit de libre expression est de protéger les dissidents et les minorités impopulaires contre la répression violente, non de leur garantir le soutien matériel, les avantages et les récompenses d’une popularité qu’ils n’ont rien fait pour mériter.

La Déclaration des Droits stipule :  » Le Congrès ne fera aucune loi… limitant la liberté de parole, ni celle de ta presse… « , il n’y est pas exigé des citoyens privés qu’ils fournissent un micro à l’homme qui prône leur destruction, ou un passe au voleur qui cherche à les cambrioler, ou un couteau à l’assassin qui veut leur couper la gorge.

Tel est l’état de l’un des débats les plus cruciaux du temps présent: celui où s’opposent les Droits politiques et les  » droits économiques « . Il faut choisir. Car ils sont incompatibles entre eux, et les seconds détruisent les premiers. En fait, il n’y a pas de  » droits économiques « , pas de  » droits collectifs « , pas de  » droits de l’intérêt général « . Le terme  » Droits de l’individu  » est une redondance: il n’y a pas d’autre forme de Droit et personne d’autre n’en possède.

Les partisans du capitalisme de laissez-faire sont les seuls défenseurs des Droits de l’Homme.

Ayn Rand in The Objectivist Newsletter.

Make Mine Freedom!

mai 3, 2007

Outrage ultime ou blasphème statophobe

avril 1, 2007

Comme l’impôt est obligatoire pour tous, qu’ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour éviter que leur propre argent ne soit utilisé contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par là ils avaient pu échapper ne serait-ce qu’à l’impôt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d’un homme sans son accord, puis conclure à son consentement parce qu’il tente, en votant, d’empêcher que son bien ne soit utilisé pour lui faire tort, voilà une preuve bien insuffisante de son consentement à soutenir la Constitution. Ce n’est en réalité aucunement une preuve.

Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu’il existe de tels hommes) le font secrètement (par scrutin secret), et de manière à éviter toute responsabilité personnelle pour l’action de leurs agents ou représentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu’il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant.

Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nécessité une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, le fait général que notre gouvernement, dans la pratique, opère par le moyen d’un tel vote prouve seulement qu’il y a parmi nous une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et — s’il le faut pour accomplir leurs desseins — assassiner le reste de la population. Le simple fait qu’une telle association existe ne prouve en rien que « le peuple des Etats-Unis », ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution.

Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catégories, à savoir: 1. Les scélérats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu’ils utiliseront pour s’agrandir ou s’enrichir; 2. Les dupes — vaste catégorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu’on lui attribue une voix sur des millions pour décider ce qu’il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu’on l’autorise à avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette même voix que d’autres ont pour le voler, l’asservir et l’assassiner, est assez sot pour imaginer qu’il est « un homme libre », un « souverain »; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est « un gouvernement libre », « un gouvernement de l’égalité des droits », « le meilleur gouvernement qu’il y ait sur terre », et autres absurdités de ce genre; 3. Une catégorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s’en débarrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intérêts privés au point de se dévouer sérieusement et gravement à la tâche de promouvoir un changement.

Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit à un individu: « La bourse ou la vie. » Quantité de taxes, ou même la plupart, sont payées sous la contrainte d’une telle menace.

Le gouvernement, il est vrai, n’arrête pas l’homme dans un endroit solitaire, ne lui saute pas dessus depuis le bord du chemin, et n’entreprend pas, sous la menace d’un pistolet, de lui vider les poches. Mais le vol n’en est pas moins du vol, et un vol bien plus lâche et honteux.

Le bandit de grand chemin assume lui-même la responsabilité, le danger et le crime que comporte son acte. Il ne prétend pas avoir le moindre droit à votre argent, il ne soutient pas qu’il l’utilisera dans votre intérêt. Il ne prétend pas être quoi que ce soit d’autre qu’un voleur. Il n’a pas acquis assez d’impudence pour professer qu’il n’est qu’un « protecteur », et qu’il prend aux gens leur argent contre leur gré dans l’unique but de « protéger » ces voyageurs extravagants qui se croient parfaitement capables de se protéger eux-mêmes, ou qui n’apprécient pas son système particulier de protection. Il est bien trop raisonnable pour professer de telles prétentions. En outre, après avoir pris votre argent, il vous laisse là, comme vous le souhaitez. Il ne persiste pas à vous suivre le long de la route contre votre volonté, supposant qu’il est votre « souverain » légitime en raison de la « protection » qu’il vous accorde. Il ne continue pas de vous « protéger » en vous ordonnant de vous incliner devant lui et de lui obéir; en vous enjoignant de faire ceci, et en vous interdisant de faire cela; en vous dérobant encore plus d’argent toutes les fois qu’il juge avoir intérêt ou plaisir à le faire; et en vous marquant d’infamie par le nom de rebelle, traître et ennemi de la patrie, en vous fusillant sans merci, si vous contestez son autorité ou résistez à ses exigences. Il est — ce brigand de grand chemin — trop gentilhomme pour perpétrer des impostures, insultes et vilenies telles que celles-là. Bref, lorsqu’il vous vole, il n’entreprend pas en outre de faire de vous sa dupe ou son esclave.

On ne saurait non plus objecter que les hommes qui détiennent ce pouvoir absolu et irresponsable sont nécessairement des hommes choisis par le peuple (ou une partie du peuple) pour le détenir. Un homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle de quelques années n’en est pas moins un esclave. De même, des gens auxquels il est permis de se choisir périodiquement de nouveaux maîtres n’en sont pas moins des esclaves.

Si donc personne n’est individuellement responsable des actes du Congrès, les membres du Congrès ne sont les agents de personne. S’ils ne sont les agents de personne, ils sont eux-mêmes individuellement responsables de leurs propres actes, et des actes de tous ceux qu’ils emploient. […] L’autorité qu’ils exercent n’est que leur propre autorité individuelle; et par la loi de la nature — qui est la plus haute de toutes les lois — toute personne lésée par leurs actes, ou privée par eux de son bien ou de sa liberté, a le même droit de les en tenir pour individuellement responsable que pour n’importe quelle autre personne outrepassant son droit. Elle a le même droit à leur résister à eux et à leurs agents qu’elle a à résister à n’importe quelle autre personne outrepassant son droit.

Il est donc clair, selon les principes généraux du Droit et de la raison — ces principes auxquels nous nous conformons tous devant les tribunaux et dans la vie quotidienne — que la Constitution n’est pas un contrat; qu’elle ne lie et n’a jamais lié personne; et que tous ceux qui prétendent fonder leurs actes sur son autorité agissent en réalité sans aucune autorité légitime; que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, ce sont des usurpateurs purs et simples, et que chacun a non seulement le droit, mais encore le devoir moral de les traiter comme tels.

Du point de vue moral, la Constitution est tout aussi dépourvue de toute obligation que les pactes que concluent entre eux les bandits, voleurs et pirates …

Il est clair que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, il n’existe rien qui ressemble à un gouvernement créé par ou reposant sur un quelconque consentement, ou une convention ou un accord passé par « le peuple des Etats-Unis » avec lui-même; que le seul gouvernement visible, tangible et responsable qui existe est celui d’un petit nombre d’individus, qui agissent de concert, et se font appeler de noms divers tels que sénateurs, représentants, présidents, juges, huissiers, trésoriers, percepteurs, généraux, colonels, capitaines, etc., etc.

Il est donc évident que le seul gouvernement visible et tangible que nous ayons est fait de ces soi-disant agents ou représentants d’une association secrète de voleurs et d’assassins qui, pour couvrir ou dissimuler leurs vols et leurs assassinats, se sont attribué le titre de « peuple des Etats-Unis », revendiquent le droit de soumettre à leur domination, de diriger et de manipuler à leur gré tous les biens et personnes qui se trouvent sur le territoire des Etats-Unis.

Les « nations », comme on dit, avec lesquelles nos prétendus ambassadeurs, secrétaires, présidents et sénateurs affirment conclure des traités sont des mythes tout autant que la nôtre. Selon les principes généraux du Droit et de la raison, de telles « nations » n’existent pas.

Donc, nos prétendus traités, puisqu’ils ne sont pas conclus avec des nations (ou représentants de nations) légitimes et authentiques, traités qui, de notre côté, sont conclus par des personnes qui n’ont aucune autorité légitime pour agir en notre nom, ces traités, dis-je, n’ont intrinsèquement pas plus de validité qu’un traité conclu par l’Homme de la Lune avec le roi des Pléiades.

Lorsqu’ils prétendent que l' »abolition de l’esclavage » fut ou le but ou la justification de la guerre, c’est là un mensonge de la même nature que la prétention à « préserver l’honneur national ». Qui donc a jamais institué l’esclavage, sinon des usurpateurs, voleurs et assassins tout pareils à eux? […] Il n’y a pas de différence de principe, mais seulement de degré, entre l’esclavage qu’ils se vantent d’avoir aboli et celui que leur guerre visait à perpétuer; car toute limitation à la liberté naturelle de l’homme, lorsqu’elle n’est pas nécessaire pour la simple conservation de la justice, est de la nature de l’esclavage, et l’une ne diffère de l’autre que par degré.

Lorsqu’ils prétendent avoir « sauvé le pays » et « préservé notre Glorieuse Union », ce sont là des mensonges semblables à tous leurs autres mensonges. Cela signifie simplement qu’ils ont mis sous le joug et soumis à leur pouvoir un peuple qui s’y refusait. Voilà ce qu’ils appellent « Sauver le Pays »; comme si d’un peuple asservi et mis sous le joug […] on pouvait dire qu’il a un pays!

La leçon qu’on peut tirer de tous ces faits est celle-ci: aussi longtemps que l’humanité continuera de payer des « dettes nationales », comme on dit — c’est-à-dire, aussi longtemps qu’il y aura des dupes et des lâches prêts à payer pour être trompés, dépouillés, asservis et assassinés –, il y aura aussi de l’argent à emprunter pour ces objectifs; et avec cet argent, on pourra engager quantité d’instruments appelés soldats pour maintenir ces lâches dans la soumission. Mais si un jour ils refusent de payer plus longtemps pour être ainsi trompés, dépouillés, asservis et assassinés, ce jour-là il n’y aura plus de menteurs, usurpateurs, voleurs, assassins et vendeurs d’argent meurtrier pour leurs maîtres.

Lysander Spooner in Outrage à Chefs d’Etat

Outrage ultime ou blasphème statophobe (Lysander Spooner)

avril 1, 2007

Comme l’impôt est obligatoire pour tous, qu’ils votent ou non, une large proportion de ceux qui votent le font sans aucun doute pour éviter que leur propre argent ne soit utilisé contre eux; alors que, en fait, ils se fussent volontiers abstenus de voter, si par là ils avaient pu échapper ne serait-ce qu’à l’impôt, sans parler de toutes les autres usurpations et tyrannies du gouvernement. Prendre le bien d’un homme sans son accord, puis conclure à son consentement parce qu’il tente, en votant, d’empêcher que son bien ne soit utilisé pour lui faire tort, voilà une preuve bien insuffisante de son consentement à soutenir la Constitution. Ce n’est en réalité aucunement une preuve.

Puisque tous les hommes qui soutiennent la Constitution en votant (pour autant qu’il existe de tels hommes) le font secrètement (par scrutin secret), et de manière à éviter toute responsabilité personnelle pour l’action de leurs agents ou représentants, on ne saurait dire en droit ou en raison qu’il existe un seul homme qui soutienne la Constitution en votant.

Puisque tout vote est secret (par scrutin secret), et puisque tout gouvernement secret est par nécessité une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, le fait général que notre gouvernement, dans la pratique, opère par le moyen d’un tel vote prouve seulement qu’il y a parmi nous une association secrète de voleurs, tyrans et assassins, dont le but est de voler, asservir et — s’il le faut pour accomplir leurs desseins — assassiner le reste de la population. Le simple fait qu’une telle association existe ne prouve en rien que « le peuple des Etats-Unis », ni aucun individu parmi ce peuple, soutienne volontairement la Constitution.

Les partisans visibles de la Constitution, comme les partisans visibles de la plupart des autres gouvernements, se rangent dans trois catégories, à savoir: 1. Les scélérats, classe nombreuse et active; le gouvernement est pour eux un instrument qu’ils utiliseront pour s’agrandir ou s’enrichir; 2. Les dupes — vaste catégorie, sans nul doute, dont chaque membre, parce qu’on lui attribue une voix sur des millions pour décider ce qu’il peut faire de sa personne et de ses biens, et parce qu’on l’autorise à avoir, pour voler, asservir et assassiner autrui, cette même voix que d’autres ont pour le voler, l’asservir et l’assassiner, est assez sot pour imaginer qu’il est « un homme libre », un « souverain »; assez sot pour imaginer que ce gouvernement est « un gouvernement libre », « un gouvernement de l’égalité des droits », « le meilleur gouvernement qu’il y ait sur terre », et autres absurdités de ce genre; 3. Une catégorie qui a quelque intelligence des vices du gouvernement, mais qui ou bien ne sait comment s’en débarrasser, ou bien ne choisit pas de sacrifier ses intérêts privés au point de se dévouer sérieusement et gravement à la tâche de promouvoir un changement.

Le fait est que le gouvernement, comme un bandit de grand chemin, dit à un individu: « La bourse ou la vie. » Quantité de taxes, ou même la plupart, sont payées sous la contrainte d’une telle menace.

Le gouvernement, il est vrai, n’arrête pas l’homme dans un endroit solitaire, ne lui saute pas dessus depuis le bord du chemin, et n’entreprend pas, sous la menace d’un pistolet, de lui vider les poches. Mais le vol n’en est pas moins du vol, et un vol bien plus lâche et honteux.

Le bandit de grand chemin assume lui-même la responsabilité, le danger et le crime que comporte son acte. Il ne prétend pas avoir le moindre droit à votre argent, il ne soutient pas qu’il l’utilisera dans votre intérêt. Il ne prétend pas être quoi que ce soit d’autre qu’un voleur. Il n’a pas acquis assez d’impudence pour professer qu’il n’est qu’un « protecteur », et qu’il prend aux gens leur argent contre leur gré dans l’unique but de « protéger » ces voyageurs extravagants qui se croient parfaitement capables de se protéger eux-mêmes, ou qui n’apprécient pas son système particulier de protection. Il est bien trop raisonnable pour professer de telles prétentions. En outre, après avoir pris votre argent, il vous laisse là, comme vous le souhaitez. Il ne persiste pas à vous suivre le long de la route contre votre volonté, supposant qu’il est votre « souverain » légitime en raison de la « protection » qu’il vous accorde. Il ne continue pas de vous « protéger » en vous ordonnant de vous incliner devant lui et de lui obéir; en vous enjoignant de faire ceci, et en vous interdisant de faire cela; en vous dérobant encore plus d’argent toutes les fois qu’il juge avoir intérêt ou plaisir à le faire; et en vous marquant d’infamie par le nom de rebelle, traître et ennemi de la patrie, en vous fusillant sans merci, si vous contestez son autorité ou résistez à ses exigences. Il est — ce brigand de grand chemin — trop gentilhomme pour perpétrer des impostures, insultes et vilenies telles que celles-là. Bref, lorsqu’il vous vole, il n’entreprend pas en outre de faire de vous sa dupe ou son esclave.

On ne saurait non plus objecter que les hommes qui détiennent ce pouvoir absolu et irresponsable sont nécessairement des hommes choisis par le peuple (ou une partie du peuple) pour le détenir. Un homme autorisé à se choisir un nouveau maître après un intervalle de quelques années n’en est pas moins un esclave. De même, des gens auxquels il est permis de se choisir périodiquement de nouveaux maîtres n’en sont pas moins des esclaves.

Si donc personne n’est individuellement responsable des actes du Congrès, les membres du Congrès ne sont les agents de personne. S’ils ne sont les agents de personne, ils sont eux-mêmes individuellement responsables de leurs propres actes, et des actes de tous ceux qu’ils emploient. […] L’autorité qu’ils exercent n’est que leur propre autorité individuelle; et par la loi de la nature — qui est la plus haute de toutes les lois — toute personne lésée par leurs actes, ou privée par eux de son bien ou de sa liberté, a le même droit de les en tenir pour individuellement responsable que pour n’importe quelle autre personne outrepassant son droit. Elle a le même droit à leur résister à eux et à leurs agents qu’elle a à résister à n’importe quelle autre personne outrepassant son droit.

Il est donc clair, selon les principes généraux du Droit et de la raison — ces principes auxquels nous nous conformons tous devant les tribunaux et dans la vie quotidienne — que la Constitution n’est pas un contrat; qu’elle ne lie et n’a jamais lié personne; et que tous ceux qui prétendent fonder leurs actes sur son autorité agissent en réalité sans aucune autorité légitime; que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, ce sont des usurpateurs purs et simples, et que chacun a non seulement le droit, mais encore le devoir moral de les traiter comme tels.

Du point de vue moral, la Constitution est tout aussi dépourvue de toute obligation que les pactes que concluent entre eux les bandits, voleurs et pirates …

Il est clair que, selon les principes généraux du Droit et de la raison, il n’existe rien qui ressemble à un gouvernement créé par ou reposant sur un quelconque consentement, ou une convention ou un accord passé par « le peuple des Etats-Unis » avec lui-même; que le seul gouvernement visible, tangible et responsable qui existe est celui d’un petit nombre d’individus, qui agissent de concert, et se font appeler de noms divers tels que sénateurs, représentants, présidents, juges, huissiers, trésoriers, percepteurs, généraux, colonels, capitaines, etc., etc.

Il est donc évident que le seul gouvernement visible et tangible que nous ayons est fait de ces soi-disant agents ou représentants d’une association secrète de voleurs et d’assassins qui, pour couvrir ou dissimuler leurs vols et leurs assassinats, se sont attribué le titre de « peuple des Etats-Unis », revendiquent le droit de soumettre à leur domination, de diriger et de manipuler à leur gré tous les biens et personnes qui se trouvent sur le territoire des Etats-Unis.

Les « nations », comme on dit, avec lesquelles nos prétendus ambassadeurs, secrétaires, présidents et sénateurs affirment conclure des traités sont des mythes tout autant que la nôtre. Selon les principes généraux du Droit et de la raison, de telles « nations » n’existent pas.

Donc, nos prétendus traités, puisqu’ils ne sont pas conclus avec des nations (ou représentants de nations) légitimes et authentiques, traités qui, de notre côté, sont conclus par des personnes qui n’ont aucune autorité légitime pour agir en notre nom, ces traités, dis-je, n’ont intrinsèquement pas plus de validité qu’un traité conclu par l’Homme de la Lune avec le roi des Pléiades.

Lorsqu’ils prétendent que l' »abolition de l’esclavage » fut ou le but ou la justification de la guerre, c’est là un mensonge de la même nature que la prétention à « préserver l’honneur national ». Qui donc a jamais institué l’esclavage, sinon des usurpateurs, voleurs et assassins tout pareils à eux? […] Il n’y a pas de différence de principe, mais seulement de degré, entre l’esclavage qu’ils se vantent d’avoir aboli et celui que leur guerre visait à perpétuer; car toute limitation à la liberté naturelle de l’homme, lorsqu’elle n’est pas nécessaire pour la simple conservation de la justice, est de la nature de l’esclavage, et l’une ne diffère de l’autre que par degré.

Lorsqu’ils prétendent avoir « sauvé le pays » et « préservé notre Glorieuse Union », ce sont là des mensonges semblables à tous leurs autres mensonges. Cela signifie simplement qu’ils ont mis sous le joug et soumis à leur pouvoir un peuple qui s’y refusait. Voilà ce qu’ils appellent « Sauver le Pays »; comme si d’un peuple asservi et mis sous le joug […] on pouvait dire qu’il a un pays!

La leçon qu’on peut tirer de tous ces faits est celle-ci: aussi longtemps que l’humanité continuera de payer des « dettes nationales », comme on dit — c’est-à-dire, aussi longtemps qu’il y aura des dupes et des lâches prêts à payer pour être trompés, dépouillés, asservis et assassinés –, il y aura aussi de l’argent à emprunter pour ces objectifs; et avec cet argent, on pourra engager quantité d’instruments appelés soldats pour maintenir ces lâches dans la soumission. Mais si un jour ils refusent de payer plus longtemps pour être ainsi trompés, dépouillés, asservis et assassinés, ce jour-là il n’y aura plus de menteurs, usurpateurs, voleurs, assassins et vendeurs d’argent meurtrier pour leurs maîtres.

Lysander Spooner in Outrage à Chefs d’Etat

Sabine Herold: Charme en Liberté

mars 1, 2007

Clin d’oeil furtif à l’Egérie libérale:

Désobéissance civile sur les rails!

janvier 30, 2007

Car nul ne dispose du droit légitime d’asservir, et ce que l’on nomme cette servitude esclavage, service militaire, civil ou civique, ce blog se dresse face aux entreprises liberticides de nos princes politiques.

A découvrir ici:
Désobéissance civile

Avide avant toute choses de Liberté, votre serviteur à travers ce présent manifeste entend rappeler à ses semblables de toutes origines, de toutes philosophies, de tous niveaux sociaux, que, n’ayant commis aucun crime à l’encontre de qui que ce soit et n’étant redevable à personne, nul ne peut l’asservir au moyen des prétextes les plus inventifs qui soient, pas plus que l’on aurait droit de le tuer, molester ou voler. Nos dirigeants, symboles infâmes de l’autoritarisme placés par la force, celle de la “masse” abjecte ou d’une fraction minoritaire, ne disposent ainsi en aucune façon des individus se trouvant sous leur juridiction illégitime, et ce quoi que prétendent les mystiques du muscle et de l’esprit rampant à leurs bottes.
Désobéissance civile pourquoi? Car, prêts à enfreindre ces règles élémentaires naturelles (déjà bien malmenées il est vrai par la fiscalité social-démocrate conduisant à un statut de semi-esclave), la vermine politique appelle de ses voeux l’instauration d’un Service Civique (ou civil) obligatoire orwellien, voire le rétablissement du service militaire aux relents aussi jacobins qu’archaïques. Nous leur opposerons, à l’instar de ce que préconisait Henry David Thoreau, notre désobéissance civile: une résistance des individus encore pacifique, une résistance des idéaux de liberté endormis, une résistance de combat idéologique: la raison et la cohérence libérales contre les élucubrations des criminels. La désobéissance civile se veut par là le dernier rempart avant cette guerre qui porte, elle aussi, le titre de “civile”.
A mille lieues de la bienpensance, des slogans “solidarité partout” ou “la nation avant tout”, nous ne craignons pas de passer pour des ordures dénuées de toute humanité, incapables du moindre sacrifice pour son prochain ou sa patrie: nous combattons pour la Liberté de tous et empêcherons que nos nations soient encore une fois souillées par l’esclavage.

La philosophie de la Liberté en vidéo (Youtube version)

janvier 23, 2007

Après une conversion idoine et une remise en musique par votre serviteur, la fameuse animation de Jonathan Gullible se trouve désormais disponible en version française chez Youtube:

chez dailymotion: ici

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