Archive for the ‘Giancarclo de Cataldo’ Category

L’Idée (Giancarclo de Cataldo)

décembre 29, 2007

Même si avec le professeur Grosse Tête, ça s’était terminé comme on sait, le bruit qu’ils penchaient vers la droite s’était répandu dans les quartiers. Aussi, du soir au matin, ils se retrouvèrent assiégés par une foule de cour de récré, des grands gamins aux cheveux très courts, aux chandails griffés et aux paroles sanguinaires dans des bouches qui sentaient encore le lait. Ils faisaient semblant de les rencontrer par hasard au bar de Franco et dans les autres lieux où ils avaient l’habitude de se réunir, comme à l’EUR ou à Fiumicino. Ils saisissaient n’importe quel prétexte pour s’immiscer dans la conversation, exhibaient comme des trophées de guerre des armes volées à la Brigade politique ou aux pandores, se lancaient dans des descriptions sanglantes d’entreprises vraies ou présumées. Quelques-uns avaient déjà vraiment connu le baptême du feu : à l’heure de la gueule de bois, s’ils s’en tiraient, ils s’empresseraient de retourner en courant dans les jupes de maman.
Quelques autres, comme Sellerone, s’étaient pointés avec la belle idée d’endoctriner les voyous, sur le modèle du Professeur. Le Libanais lui avait concédé une demi-heure d’audience un après-midi où il était particulièrement de bonne humeur: deux heures auparavant, avec le Dandy et Nembo Kid, ils avaient enfin décidé de prendre en location la fameuse villa de l’Olgiata. Et paix au Froid, à force de trop se laisser aller à suivre ses états d’âme, on risquait de poireauter jusqu’à, genre , « Pâcques ou à la Trinité ». Sellerone, une espèce de sous-intello un peu teigneux qui venait des Castelli et déblatérait sur les Maîtres et la Tradition, s’efforçait de leur expliquer que « tous les hommes qu’ils avaient supprimés » avaient été « justement sacrifiés à l’Idée ». A part que le Libanais doutait sérieusement que ce minable ait jamais « supprimé » qui que ce soit, cette histoire de l’Idée commençait à faire vraiment chier.
– Mais bon, l’Idée, l’Idée… mais qu’est-ce que t’as gagné, à cette Idée ?
– L’Idée n’est pas un bénéfice, Libanais. L’Idée est exactement le contraire du bénéfice. L’Idée abhorre le bénéfice. Chaque bénéfice est de l’usure, et l’usure est un truc des Juifs…
– ‘Tends un peu que je comprenne: tu veux être pauvre ?
– Pauvre d’argent, peut-être, mais riche de gloire. Et de Tradition !
A les entendre discuter, un groupe s’était formé. Et quand le Libanais balança sa vanne, il y’eut un grand gros rire:
– Mais alors, t’es communiste !

Giancarclo de Cataldo, in Romanzo Criminale

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Un Mois de Mai à Rome (Giancarclo de Cataldo)

décembre 26, 2007


Mai s’était abattu sur Rome avec toute la violence de son printemps incandescent. Mais c’était un étrange mois de mai. Triste. Dans une ville suspendue au milieu d’une angoisse insonorisée, comme sous la neige de polystyrène. Dans une ville finie sous un de ces reliquaires de verre où les vieux conservent l’image de la Madone. Ou d’un Christ au coeur sanglant et au visage d’Aldo Moro. Scialoja rêvait d’Aldo Moro. Des millions d’Italiens rêvaient d’Aldo Moro. Les collègues rêvaient d’Aldo Moro. Ils rêvaient de connaître la même fin que les cinq martyrs de la via Fani*. Les collègues haïssaient les communistes bellicistes, parce que les brigadistes tuaient au nom du communisme. Les collègues haïssaient les socialistes, partisans de la négociation, du « geste humanitaire unilatéral », parce qu’avec la canaille, on ne traite pas. Les collègues haïssaient les chrétiens-démocrates, leur expérience millénaire de martyre: ils priaient lèvres tremblantes et paupières baissées et se lavaient les mains comme au temps de Ponce Pilate. Les collègues n’avaient de respect que pour le vieux pape qui avait prié à genoux « les hommes des Brigades rouges ». Pendant ce temps, ils graissaient leurs armes. Si je dois aller dans l’autre monde, je veux en emmener avec moi un bon paquet, de ces connards de rouges. Il y’avait une atmosphère de guerre.

Giancarclo de Cataldo, in Romanzo Criminale

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