Archive for the ‘Friedrich Nietzsche’ Category

De la Canaille (Friedrich Nietzsche)

octobre 17, 2007

La vie est une source de joie, mais partout où la canaille vient boire, toutes les fontaines sont empoisonnées.

J’aime tout ce qui est propre ; puis je ne puis voir les gueules grimaçantes et la soif des gens impurs.

Ils ont jeté leur regard au fond du puits, maintenant leur sourire odieux se reflète au fond du puits et me regarde.

Ils ont empoisonné par leur concupiscence l’eau sainte ; et, en appelant joie leurs rêves malpropres, ils ont empoisonné même le langage.

La flamme s’indigne lorsqu’ils mettent au feu leur cœur humide ; l’esprit lui-même bouillonne et fume quand la canaille s’approche du feu.

Le fruit devient douceâtre et blet dans leurs mains ; leur regard évente et dessèche l’arbre fruitier.

Et plus d’un de ceux qui se détournèrent de la vie ne s’est détourné que de la canaille : il ne voulait point partager avec la canaille l’eau, la flamme et le fruit.

Et plus d’un s’en fut au désert et y souffrit la soif parmi les bêtes sauvages, pour ne points s’asseoir autour de la citerne en compagnie de chameliers malpropres.

Et plus d’un, qui arrivait en exterminateur et en coup de grêle pour les champs de blé, voulait seulement pousser son pied dans la gueule de la canaille, afin de lui boucher le gosier.

Et ce n’est point là le morceau qui me fut le plus dur à avaler : la conviction que la vie elle-même a besoin d’inimitié, de trépas et de croix de martyrs : —

Mais j’ai demandé un jour, et j’étouffai presque de ma question : comment ? la vie aurait-elle besoin de la canaille ?

Les fontaines empoisonnées, les feux puants, les rêves souillés et les vers dans le pain sont-ils nécessaires ?

Ce n’est pas ma haine, mais mon dégoût qui dévorait ma vie ! Hélas ! souvent je me suis fatigué de l’esprit, lorsque je trouvais que la canaille était spirituelle, elle aussi !

Et j’ai tourné le dos aux dominateurs, lorsque je vis ce qu’ils appellent aujourd’hui dominer : trafiquer et marchander la puissance — avec la canaille !

J’ai demeuré parmi les peuples, étranger de langue et les oreilles closes, afin que le langage de leur trafic et leur marchandage pour la puissance me restassent étrangers.

Et, en me bouchant le nez, j’ai traversé, plein de découragement, le passé et l’avenir ; en vérité, le passé et l’avenir sentent la populace écrivassière !

Semblable à un estropié devenu sourd, aveugle et muet : tel j’ai vécu longtemps pour ne pas vivre avec la canaille du pouvoir, de la plume et de la joie.

Péniblement et avec prudence mon esprit a monté des degrés ; les aumônes de la joie furent sa consolation ; la vie de l’aveugle s’écoulait, appuyée sur un bâton.

Que m’est-il donc arrivé ? Comment me suis-je délivré du dégoût ? Qui a rajeuni mes yeux ? Comment me suis-je envolé vers les hauteurs où il n’y a plus de canaille assise à la fontaine ?

Mon dégoût lui-même m’a-t-il créé des ailes et les forces qui pressentaient les sources ? En vérité, j’ai dû voler au plus haut pour retrouver la fontaine de la joie !

Oh ! je l’ai trouvée, mes frères ! Ici, au plus haut jaillit pour moi la fontaine de la joie ! Et il y a une vie où l’on s’abreuve sans la canaille !

Tu jaillis presque avec trop de violence, source de joie ! Et souvent tu renverses de nouveau la coupe en voulant la remplir !

Il faut que j’apprenne à t’approcher plus modestement : avec trop de violence mon cœur afflue à ta rencontre : —

Mon cœur où se consume mon été, cet été court, chaud, mélancolique et bienheureux : combien mon cœur estival désire ta fraîcheur, source de joie !

Passée, l’hésitante affliction de mon printemps ! Passée, la méchanceté de mes flocons de neige en juin ! Je devins estival tout entier, tout entier après-midi d’été !

Un été dans les plus grandes hauteurs, avec de froides sources et une bienheureuse tranquillité : venez, ô mes amis, que ce calme grandisse en félicité !

Car ceci est notre hauteur et notre patrie : notre demeure est trop haute et trop escarpée pour tous les impurs et la soif des impurs.

Jetez donc vos purs regards dans la source de ma joie, amis ! Comment s’en troublerait-elle ? Elle vous sourira avec sa pureté.

Nous bâtirons notre nid sur l’arbre de l’avenir ; des aigles nous apporterons la nourriture, dans leurs becs, à nous autres solitaires !

En vérité, ce ne seront point des nourritures que les impurs pourront partager ! Car les impurs s’imagineraient dévorer du feu et se brûler la gueule !

En vérité, ici nous ne préparons point de demeures pour les impurs. Notre bonheur semblerait glacial à leur corps et à leur esprit !

Et nous voulons vivre au-dessus d’eux comme des vents forts, voisins des aigles, voisins du soleil : ainsi vivent les vents forts.

Et, semblable au vent, je soufflerai un jour parmi eux, à leur esprit je couperai la respiration, avec mon esprit : ainsi le veut mon avenir.

En vérité, Zarathoustra est un vent fort pour tous les bas-fonds ; et il donne ce conseil à ses ennemis et à tout ce qui crache et vomit : « Gardez-vous de cracher contre le vent ! »

Ainsi parlait Zarathoustra.

Friedrich Nietzsche, in Ainsi parlait Zarathoustra

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De la nouvelle Idole

janvier 27, 2007

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez
nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État? Qu’est-ce, cela? Allons! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des
peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids: il ment froidement et voici le
mensonge qui rampe de sa bouche: « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui
suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour: ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui
appellent cela un État: ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme
le mauvais oeil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

Je vous donne ce signe: chaque peuple a son langage du bien et du mal: son voisin
ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.

Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu’il
dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Même ses
entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le
signe de l’État. En vérité, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle
les prédicateurs de la mort!

Beaucoup trop d’hommes viennent au monde: l’État a été inventé pour ceux qui
sont superflus!
Voyez donc comme il les attire, les superflus! Comme il les enlace, comme il les
mâche et les remâche.

« Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre: je suis le doigt ordonnateur de
Dieu » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues
oreilles et la vue basse qui tombent à genoux!

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses sombres mensonges. Hélas,
il devine les coeurs riches qui aiment à se répandre!

Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien! Le combat vous a
fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole!
Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle
idole! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, – le froid monstre!
Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole: ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.

Vous devez lui servir d’appât pour les superflus! Oui, c’est l’invention d’un tour
infernal, d’un coursier de la mort, cliquetant dans la parure des honneurs divins!
Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante
d’être la vie, une servitude selon le coeur de tous les prédicateurs de la mort!
L’État est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les mauvais: l’État, où
tous se perdent eux-mêmes, les bons et les mauvais: l’État, où le lent suicide de
tous s’appelle – « la vie ».

Voyez donc ces superflus ! Ils volent les oeuvres des inventeurs et les trésors des
sages: ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers!
Voyez donc ces superflus! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et
appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas même se digérer.
Voyez donc ces superflus! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus
pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup
d’argent, – ces impuissants!

Voyez-les grimper, ces singes agiles! Ils grimpent les uns sur les autres et se
poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône: c’est leur folie, – comme si le bonheur était
sur le trône! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la
boue.

Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grimpeurs et impétueux. Leur
idole sent mauvais, ce froid monstre: ils sentent tous mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs
appétits! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors!

Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous d’idolâtrie des superflus.
Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous de la fumée de ces sacrifices
humains!

Maintenant encore les grandes âmes trouveront devant elles l’existence libre. Il
reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à deux, des endroits où
souffle l’odeur des mers silencieuses.

Une vie libre reste ouverte aux grandes âmes. En vérité, celui qui possède peu est
d’autant moins possédé: bénie soit la petite pauvreté.

Là où finit l’État, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu: là
commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, la nulle autre pareille.
Là où finit l’État, – regardez donc, mes frères! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le
pont du Surhumain?

Ainsi parlait Zarathoustra.

Friedrich Nietzsche, in Ainsi parlait Zarathoustra

De la nouvelle Idole (Friedrich Nietzsche)

janvier 27, 2007

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez
nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État? Qu’est-ce, cela? Allons! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des
peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids: il ment froidement et voici le
mensonge qui rampe de sa bouche: « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui
suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour: ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui
appellent cela un État: ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme
le mauvais oeil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

Je vous donne ce signe: chaque peuple a son langage du bien et du mal: son voisin
ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.

Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu’il
dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Même ses
entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le
signe de l’État. En vérité, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle
les prédicateurs de la mort!

Beaucoup trop d’hommes viennent au monde: l’État a été inventé pour ceux qui
sont superflus!
Voyez donc comme il les attire, les superflus! Comme il les enlace, comme il les
mâche et les remâche.

« Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre: je suis le doigt ordonnateur de
Dieu » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues
oreilles et la vue basse qui tombent à genoux!

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses sombres mensonges. Hélas,
il devine les coeurs riches qui aiment à se répandre!

Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien! Le combat vous a
fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole!
Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle
idole! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, – le froid monstre!
Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole: ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.

Vous devez lui servir d’appât pour les superflus! Oui, c’est l’invention d’un tour
infernal, d’un coursier de la mort, cliquetant dans la parure des honneurs divins!
Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante
d’être la vie, une servitude selon le coeur de tous les prédicateurs de la mort!
L’État est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les mauvais: l’État, où
tous se perdent eux-mêmes, les bons et les mauvais: l’État, où le lent suicide de
tous s’appelle – « la vie ».

Voyez donc ces superflus ! Ils volent les oeuvres des inventeurs et les trésors des
sages: ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers!
Voyez donc ces superflus! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et
appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas même se digérer.
Voyez donc ces superflus! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus
pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup
d’argent, – ces impuissants!

Voyez-les grimper, ces singes agiles! Ils grimpent les uns sur les autres et se
poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône: c’est leur folie, – comme si le bonheur était
sur le trône! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la
boue.

Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grimpeurs et impétueux. Leur
idole sent mauvais, ce froid monstre: ils sentent tous mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs
appétits! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors!

Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous d’idolâtrie des superflus.
Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous de la fumée de ces sacrifices
humains!

Maintenant encore les grandes âmes trouveront devant elles l’existence libre. Il
reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à deux, des endroits où
souffle l’odeur des mers silencieuses.

Une vie libre reste ouverte aux grandes âmes. En vérité, celui qui possède peu est
d’autant moins possédé: bénie soit la petite pauvreté.

Là où finit l’État, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu: là
commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, la nulle autre pareille.
Là où finit l’État, – regardez donc, mes frères! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le
pont du Surhumain?

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