Archive for the ‘Ayn Rand’ Category

JE SUIS, JE PENSE, JE VEUX. (Ayn Rand)

août 14, 2008

JE SUIS, JE PENSE, JE VEUX.

Mes mains… Mon esprit… Mon ciel… Ma forêt… Cette terre qui est mienne. Que dois-je dire de plus ? Ce sont les mots. C’est la réponse.

Je me tiens ici debout au sommet de la montagne. Je lève la tête et je tends les bras. Ceci, mon corps et mon âme, tout ceci représente la fin de la quête. Je désirais connaître le sens des choses. Je suis le sens. Je voulais découvrir ma raison d’être. Je n’ai nul besoin de raison d’être, ni d’autorisation pour mon existence. Je suis la raison d’être et l’autorisation.

Ce sont mes yeux qui voient, et la vision de mes yeux accorde sa beauté à la terre. Ce sont mes oreilles qui entendent, et l’ouïe de mes oreilles offre au monde sa musique. C’est mon esprit qui pense, et le jugement de mon esprit est le seul phare qui puisse éclairer la vérité. C’est ma volonté qui choisit, et le choix de ma volonté est le seul verdict que je me dois de respecter.

De nombreux mots me furent accordés, quelques-uns sont sages et d’autres sont trompeurs, mais trois seulement sont sacrés : « Je le veux ! »
Quelle que soit ma route, la bonne étoile est avec moi : la bonne étoile est la boussole qui m’indique le chemin. Elle n’indique qu’une seule direction. Et cette direction, c’est moi.

J’ignore si cette terre sur laquelle je me trouve est le cœur de l’univers, ou si elle n’est qu’un grain de poussière perdu dans l’éternité. Je l’ignore, et cela m’est égal, car je sais quel bonheur m’est possible sur cette terre. Et mon bonheur n’a pas à se justifier. Mon bonheur n’est pas un moyen d’arriver à une quelconque fin. Il est la fin. Il est son propre but. Il est sa propre raison d’être.

Je ne suis pas non plus un moyen d’arriver à une fin que d’autres voudraient atteindre.
Je ne suis pas un instrument à leur disposition.
Je ne suis pas un serviteur de leurs exigences. Je ne suis pas un baume pour leurs plaies. Je ne suis pas un sacrifice sur leur autel.

Je suis un homme. Je me dois de posséder et conserver, de défendre, d’utiliser, de respecter et de chérir ce miracle.

Je n’abandonne ni ne partage mes trésors. La richesse de mon cerveau ne doit pas être gaspillée en pièces de bronze jetées en aumône, à tous vents, aux pauvres d’esprits. Je défends mes trésors : ma pensée, ma volonté, ma liberté. Et le plus précieux est ma liberté.

Je ne dois rien à mes frères, je ne suis pas leur créancier. Je ne demande à personne de vivre pour moi et je ne vis pas non plus pour les autres. Je ne convoite l’âme d’aucun homme, tout comme mon âme n’a pas à être convoitée.

Je ne suis ni l’ami, ni l’ennemi de mes frères, mais l’un ou l’autre, suivant ce qu’ils méritent. Pour mériter mon amour, mes frères doivent avoir fait plus que se contenter d’être nés. Je n’accorde pas mon amour sans raison, ni à quelque passant qui se hasarderait à le réclamer. J’honore les hommes de mon amour. Mais l’honneur doit se mériter.

Je choisirai des amis parmi les hommes, mais jamais d’esclave ni de maître. Et je ne choisirai que ceux qui me plairont; à eux je montrerai amour et respect, mais jamais domination ni obéissance. Et nous joindrons nos mains lorsque nous le déciderons, ou marcherons seuls si nous le désirons. Car dans le temple de son esprit, chaque homme est seul. Que chaque homme garde son temple pur et intact. Qu’il rejoigne d’autres hommes, qu’il les prenne par la main, s’ils le désirent, mais seulement au-delà de ce seuil sacré.
Car le mot « Nous » ne doit jamais être prononcé, sauf par choix personnel et après réflexion. Ce mot ne doit jamais être privilégié dans l’âme d’un homme, ou il devient monstrueux, l’origine de tous les maux sur terre, l’origine de la torture de l’homme par l’homme et d’une innommable duperie.
Le mot « Nous » est comme de la chaux vive versée sur les hommes, qui se contracte et durcit comme la pierre, écrase tout ce qui se trouve au-dessous, mêlant le noir et le blanc dans son gris. C’est le mot grâce auquel les dépravés volent la vertu des hommes droits, grâce auquel les faibles volent la force des forts, grâce auquel les imbéciles volent la sagesse des sages.

Quelle joie en tirer, si toutes les mains, même impures, peuvent l’atteindre ? Quelle sagesse, si même les imbéciles peuvent me donner des ordres ? Quelle liberté, si toutes les créatures, même les incapables et les impuissants, sont mes maîtres ? Quelle vie, si je ne fais que m’incliner, approuver et obéir ?

Mais j’en ai fini de ce culte de la corruption. J’en ai fini de ce montre du « Nous », mot de la servitude, du pillage, de la misère, du mensonge et de la honte.

Et je vois maintenant le visage de dieu, et j’élève ce dieu au-dessus de la terre, ce dieu que les hommes cherchent depuis qu’ils existent, ce dieu qui leur accordera joie, paix et fierté.

Ce dieu, ce mot unique, c’est « JE ».

Ayn Rand in Hymne (Anthem)

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Le Sauvage contre la Raison (Ayn Rand)

octobre 22, 2007

Un sauvage est un être qui ne réalise pas que A est A, que la réalité est réelle. Son développement s’est arrêté au stade du bébé dont la conscience commence à analyser les perceptions sensorielles sans distinguer encore les objets environnants. C’est en effet le bébé qui voit le monde comme un mouvement confus, sans entités qui se meuvent; et la naissance de son esprit a lieu le jour où il comprend que la forme qui le nourrit est sa mère et que le brouillard qui est derrière elle est un rideau, que ce sont deux entités différentes qui ne peuvent s’intervertir, qui sont ce qu’elles sont, qui existent. Le jour où il réalise que la matière n’a pas de volonté et où il comprend que lui-même en a une, ce jour est celui de sa naissance en tant qu’être humain. Le jour où il comprend que le reflet qu’il voit dans le miroir n’est pas une illusion, qu’il est réel en tant que reflet; que le mirage qu’il voit dans le désert n’est pas une illusion, mais une combinaison de lumière et d’air chaud, que ce n’est pas une ville qu’il voit, mais le reflet d’une ville; le jour où il réalise qu’il n’est pas un récepteur passif qui engrange mécaniquement des sensations les unes après les autres, que ses sens ne lui fournissent pas un savoir systématique haché en petits morceaux indépendants du contexte, mais uniquement la matière du savoir que son esprit doit apprendre à intégrer; le jour où il comprend que ses sens ne le trompent pas, que le monde est régi par la causalité, que ses organes de perception sont des outils dénués de volonté, qui n’ont pas vocation à inventer ou à déformer la réalité mais à lui en fournir des preuves absolues; le jour où il comprend que son esprit doit assimiler les matériaux fournis par ses sens, qu’il doit analyser leur nature, leur cause, leur contexte, dans un travail perpétuel d’identification des objets qu’il perçoit; ce jour est celui de sa naissance comme penseur et homme de science.
Nous sommes les hommes qui ont connu ce jour; vous êtes ceux qui ont choisi de le connaître partiellement; un sauvage est un homme qui ne le connaît jamais.
Pour un sauvage, le monde est le théâtre d’incompréhensibles miracles, où la matière inanimée est toute-puissante alors que lui-même est démuni. Son monde est pire qu’inconnu; il est inconnaissable. Un sauvage croit que les objets physiques sont doués d’une volonté mystérieuse et imprévisible, alors que lui-même n’est qu’un pion animé par des forces contre lesquelles il ne peut rien. Il croit que des démons tout puissants régissent la nature, que la réalité est un terrain de jeu où ils peuvent transformer à tout moment son bol de riz en serpent et sa femme en scarabée, que tout A peut devenir le non A qui leur convient et que la seule connaissance qu’il possède est la certitude qu’il ne doit pas chercher à savoir. Il ne peut compter sur rien, il ne peut qu’espérer, et il passe sa vie à espérer, à supplier ses démons de réaliser ses prières au gré de leur bon vouloir, chantant leur louange quand ils l’exaucent et se maudissant quand ils l’ignorent, leur offrant des sacrifices en signe de gratitude et encore des sacrifices en signe de contrition, se prosternant dans une adoration craintive devant le soleil, la lune, le vent, la pluie et tout gangster qui se présente comme leur porte-parole, pourvu que ses discours soient assez incompréhensibles et son masque suffisamment effrayant. Il désire, supplie, rampe et meurt enfin, vous léguant en souvenir de sa vision de l’existence une monstruosité représentant ses idoles, des mélanges d’hommes, d’animaux, d’araignées, personnifications informes du monde du non A.
Sa condition intellectuelle est la même que celle de vos professeurs actuels et son monde est le même que celui où ils veulent vous mener.

Ayn Rand in Atlas Shrugged (la Révolte d’Atlas)

Le Discours d’Howard Roark (Ayn Rand)

octobre 21, 2007

Il y’a des milliers d’années, un homme fit du feu pour la première fois. Il fut probablement brûlé vif sur le bûcher qu’il avait allumé de ses propres mains. Il fut considéré comme un malfaiteur qui avait dérobé à un démon un secret que l’humanité redoutait. Mais, grâce à lui, les hommes purent se chauffer, cuire leurs aliments, éclairer leurs cavernes. Il leur laissa un don inestimable qui chassa les ténèbres de la terre. Des siècles plus tard, un autre homme inventa la roue. Il fut probablement écartelé sur cette roue qu’il avait enseigné à ses frères à construire. Il fut considéré comme un transgresseur qui s’aventurait dans un domaine interdit. Mais, grâce à lui, les hommes purent voyager dans toutes les directions. Il leur laissait, lui aussi, un don d’une valeur inestimable et avait ouvert pour eux les routes du monde.

Cet homme-là, le pionnier, le précurseur, nous le retrouvons dans toutes les légendes que l’homme a imaginées pour expliquer le commencement de toutes choses. Prométhée fut enchaîné à un rocher et dépecé par des vautours parce qu’il avait dérobé le feu des dieux. Adam fut condamné à souffrir parce qu’il avait mangé du fruit de l’arbre de la connaissance. Quelle que soit la légende, l’humanité sait obscurément que c’est à ces héros obscurs qu’elle doit sa gloire et que chacun d’eux paya son courage de sa vie.

Et au cours des siècles il y’eut ainsi des hommes qui s’élancèrent sur des voies nouvelles, guidés uniquement par leur vision intérieure. Leurs buts différaient, mais tous avaient ceci en comun : ils s’élançaient les premiers sur une route nouvelle, leur vision était originale et ils recevaient en retour que de la haine. Les grands créateurs : les penseurs, les artistes, les savants, les inventeurs, se sont toujours dressés, solitaires, contre les hommes de leur temps. Chaque grande pensée nouvelle ne rencontra qu’opposition ; chaque grande invention qu’incrédulité. Le premier moteur fut considéré comme une invention répréhensible, l’anesthésie comme un péché, mais les hommes qui avaient inventé tout cela continuèrent d’aller de l’avant. Ils luttèrent ; ils souffrirent, mais ils remportèrent la victoire.

Aucun de ces créateurs n’était inspiré par le désir de servir l’humanité, qui pouvait changer leur routine paresseuse. Sa conviction intérieure était son unique motif. Une oeuvre à accomplir, conçue par lui, exécutée par lui. Que ce fut une symphonie, un livre, un moteur, un système philosophique, un avion ou un building… là était son but et le sens de sa vie, et non pas ceux qui entendraient, liraient ou se serviraient de ce qu’il créait. La création en elle-même et non celui à laquelle elle était destinée. L’oeuvre et non pas les bienfaits qu’en retireraient d’autres hommes. L’oeuvre et non pas les bienfaits qu’en retireraient d’autres hommes. Cette oeuvre qui donnerait forme à sa vérité intérieure, cette vérité qui comptait plus que tout.

Sa vision intérieure, sa force, son courage, il les puisait en lui-même, dans cette entité qui est la conscience de l’homme, car penser, sentir, juger sont des fonctions du moi.

C’est pourquoi les créateurs ne sont jamais dépourvus d’égoïsme. C’est en cela que réside le secret de leur puissance ; ils trouvent en eux-mêmes leurs raisons de créer, leur source d’énergie, leur principe moteur. Le créateur ne sert rien ni personne. Il vit pour lui-même.

Et c’est uniquement en vivant pour lui-même que l’homme est capable de réaliser des oeuvres qui sont l’honneur de l’humanité, car telle est la loi même de la création.

L’homme ne peut se maintenir sur la terre que grâce à sa pensée. Il vient au monde désarmé. Son cerveau est son unique arme. Les animaux se procurent leur nourriture par la force. L’homme n’a ni griffes, ni crocs, ni cornes, ni même une très grande force musculaire. Il lui faut cultiver les aliments qu’il absorbe ou se livrer à la chasse, à la pêche. Pour cela il lui faut des armes, et ces armes sont encore une création de son esprit. Des plus humbles nécessités aux abstractions religieuses les plus hautes, de la roue au gratte-ciel, tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons nous vient d’une fonction que seul l’homme possède… sa faculté de raisonner.

Mais l’esprit est un attribut individuel. Il n’existe rien de pareil à un cerveau collectif. Une décision prise par un groupe d’homme n’est jamais qu’un compromis ou une moyenne de la pensée de plusieurs. C’est une conséquence secondaire. Mais l’acte premier, le processus de raisonnement, doit être accompli par un individu isolé. Nous pouvons partager un repas entre plusieurs personnes, mais ce repas ne peut être digéré par un estomac collectif, et aucun hommme ne peut, à l’aide de ses poumons, respirer pour un autre. Toutes les fonctions de notre corps et de notre esprit nous sont personnelles. Nous ne pouvons ni les partager, ni les transférer.

Nous héritons du produit de la pensée des hommes qui nous ont précédés. De la roue, nous faisons une charrette, puis une auto. Cette auto se transforme en avion. Mais en réalité, tout cela n’est rien d’autre que la résultante d’une pensée. Or la faculté créatrice ne peut être ni donnée, ni reprise, ni partagée, ni empruntée, elle appartient en propre à un individu. L’oeuvre qu’il créé appartient au créateur. Certes, les hommes apprennent beaucoup les uns par les autres, mais ce qu’un homme ne peut donner à un autre, c’est la capacité de penser par lui-même.

Rien n’est donné à l’hommme sur la terre. Tout ce qui lui est nécessaire, il lui faut le produire. Et c’est là que l’homme se trouve en face de cette alternative : ou vivre du travail indépendant de son propre esprit, ou n’être qu’un parasite nourri par l’esprit des autres. Le créateur s’exprime, le parasite emprunte. Le créateur affronte la vie directement, le parasite à l’aide d’intermédiaires.

Le but du créateur est la conquête des éléments ; le but du parasite est la conquête des autres hommes.

Le créateur vit pour son oeuvre. Il n’a pas besoin des autres. Son véritable but est en lui-même. Le parasite vit par dépendance. Il a besoin des autres. Les autres hommes sont pour lui le principe moteur.

Le besoin le plus profond du créateur est l’indépendance. L’esprit humain ne peut travailler sous la contrainte. Il ne peut être plié, sacrifié ou subordonné à des considérations quelles qu’elles soient. Et c’est pourquoi ses relations avec les autres hommes sont, pour le créateur, secondaires.

Le besoin profond du parasite est d’assurer ses biens avec les autres hommes. Il met au-dessus de tout les relations. Il déclare à qui veut l’entendre que l’homme est fait pour servir l’homme. Il prêche l’altruisme.

L’altruisme est cette doctrine qui demande que l’homme vive pour les autres et qu’il place les autres au-dessus de lui-même.

Or aucun homme ne peut vivre pour un autre. IL ne peut pas davantage démembrer son cerveau qu’il ne peut démembrer son corps. Mais le parasite s’est fait de l’altruisme une arme pour exploiter l’humanité et détruire les bases mêmes des principes moraux de l’humanité. Tout ce qu’on a enseigné à l’homme détruisait en lui le créateur, car on lui a fait croire que la dépendance est une vertu.

L’homme qui s’efforce de vivre pour les autres est un homme dépendant. Il est lui-même un parasite et transforme ceux qu’il sert en parasites. Rien ne peut résulter de cet échange qu’une mutuelle corruption. L’homme qui, dans la réalité s’approche le plus de cette conception est l’esclave. Si l’esclavage par la force est déjà une chose répugnante, que dire de l’esclavage spirituel. Il reste dans l’homme asservi un vestige d’honneur, le mérite d’avoir résisté et le fait de considérer sa situation comme mauvaise. Mais l’homme qui se transforme en esclave volontaire au nom de l’amour est la créature la plus basse qui existe. Elle porte atteinte à la dignité de l’homme et à la conception même de l’amour. Et telle est cependant l’essence même de l’altruisme.

On a enseigné à l’homme que la plus haute vertu n’était pas de créer mais de donner. Mais comment peut-on donner une chose avant de la créer ? La création vient avant le don, sans cela il n’y aurait rien à donner ; la nécessité intérieure du créateur avant les besoin des bénéficiaires éventuels. Et cependant on nous a appris à admirer l’être de second plan qui dispense des dons qu’il n’a pas créés, en passant par-dessus celui qui a rendu ce son possible. Nous appelons cela un acte de charité, et nous l’admirons davantage que l’acte de création.

Les hommes ont appris également que leur premier souci devait être de soulager les misères des autres hommes. Or la souffrance est une maladie. Si un homme se trouve en contact avec cette maladie, il est naturel qu’il cherche à donner au malade l’aide dont celui-ci a besoin, mais faire de cet acte la plus grande marque de vertu est faire de la souffrance la chose la plus importante de la vie. L’homme en arrive alors à souhaiter les souffrances des autres, afin de pouvoir faire montre de vertu. Telle est la nature même de l’altruisme. Le créateur, lui, n’a pas pour intérêt premier la souffrance, mais la vie. Mais en réalité, l’oeuvre des créateurs a plus fait pour supprimer sur la terre toutes les formes de souffrance, aussi bien morales que physiques que l’altruiste ne peut l’imaginer.

On a également enseigné à l’homme que faire chorus avec les autres est une vertu. Or le créateur est par essence même un homme qui s’oppose aux autres hommes. On a fait croire à l’homme que nager dans le courant est une vertu. Or le créateur est l’homme qui nage contre le courant. Les hommes croient également que vivre en foule est une vertu. Or le créateur est un homme qui vit seul.

On a enseigné à l’homme que le moi est synonymme de mal, et que l’oubli de soi-même est la plus haute des vertus. Mais le créateur est un égotiste dans le sens du mot le plus absolu, car l’homme dépourvu d’égotisme est celui qui ne pense, ne sent, ne juge ni n’agit par lui-même.

Et c’est ici que l’échelle des valeurs a été le plus dangereusement faussée ; que toute liberté a été enlevée à l’homme. C’était ou l’égotisme ou l’altruisme ; l’égotisme étant considéré comme le fait de sacrifier les autres à soi-même, l’altruisme le fait de se sacrifier soi-même aux autres. Ceci liait irrévocablement l’homme à l’homme, ne lui laissant le choix qu’entre deux partis également pénibles, ou souffrir par les autres ou faire souffrir les autres. Et lorsque enfin on eut persuadé l’homme qu’il trouverait ses plus grandes joies dans le sacrifice de lui-même, la trappe se referma. L’homme se vit forcé d’accepter le masochisme comme son idéal, puisque le sadisme était l’unique parti qui s’offrait à lui. Et ce fut là la plus grande tromperie qu’on eût jamais infligée à l’humanité.

Ce fut ainsi qu’on fit de la faiblesse et de la souffrance les bases mêmes de la vie.

Or, en réalité, ce n’est pas entre le sacrifice de soi et la domination des autres qu’il s’agit de choisir, mais entre l’indépendance et la dépendance. Entre le code du créateur et celui du parasite. Le code du créateur est bâti sur les besoins d’un esprit indépendant, celui du parasite sur les besoins d’un esprit dépendant. Or tout ce que produit un esprit indépendant est juste et tout ce qui provient d’un esprit dépendant est faux.

L’égotiste dans le sens le plus absolu du terme n’est pas l’homme qui sacrifie les autres. C’est celui qui a renoncé à se servir des hommes de quelque façon que ce soit, qui ne vit pas en fonction d’eux, qui ne fait pas des autres le moteur initial de ses actes, de ses pensées, de ses désirs, qui ne puise pas en eux la source de son énergie. Il n’existe pas en fonction d’un autre, pas plus qu’il ne demande à un autre d’exister en fonction de lui. C’est là la seule forme de fraternité, basée sur un respect mutuel possible entre les hommes.

L’homme peut être plus ou moins doué, mais un principe essentiel demeure : le degré d’indépendance à laquelle il est arrivé, son initiative personnelle et l’amour qu’il porte à son travail. C’est cela qui détermine et sa capacité en tant que travailleur, et sa valeur en tant qu’homme. L’indépendance est la seule jauge avec laquelle on puisse mesurer l’homme. Ce qu’un homme fait de lui-même et par lui-même et non ce qu’il fait ou ne fait pas pour les autres. Rien ne peut remplacer la dignité personnelle. Et il n’y a pas de dignité personnelle sans indépendance.

Dans les rapports humains tels qu’ils doivent être, il n’existe pas de notion de sacrifice. Un architecte ne peut vivre sans clients, mais cela ne veut pas dire qu’il doive subordonner son travail à leurs désirs. Ils ont besoin de lui, mais ils ne le chargent pas de leur construire une demeure simplement pour lui fournir du travail. Deux hommes échangent leur travail par un libre consentement mutuel, parce qu’ils y trouve l’un et l’autre leur intérêt et que tous deux désirent cet échange. Sinon, rien ne les y oblige. C’est là la seule forme possible de relations entre égaux. Toute autre conception est celle de l’esclave au maître ou de la victime à son bourreau.

Aucune oeuvre digne de ce nom ne peut être accomplie collectivement, par la décision d’un majorité. Chaque création doit être conçue par un esprit original. Un architecte a besoin d’un grand nombre de corps de métiers pour construire le building qu’il a conçu, mais il ne leur demande pas d’approuver ses plans. Ils travaillent ensemble par consentement mutuel, chacun remplissant la fonction qui lui est propre. Un architecte se sert de l’acier, du verre, du béton que d’autres que lui ont préparés. Mais ces matéreiaux ne sont que des matériaux tant qu’il ne les a pas transformés en leur donnant une forme qui lui est personnelle. Voilà la seule forme possible de coopération entre les hommes.

Le premier droit de l’homme, c’est le droit d’être lui-même. Et le premier devoir de l’homme est son devoir envers lui-même. Et le principe moral le plus sacré est de ne jamais transposer dans d’autres êtres le but même de sa vie. L’obligation morale la plus importante pour l’homme est d’accomplir ce qu’il désire faire, à condition que ce principe ne dépende pas, avant tout, des autres. C’est uniquement selon un tel code que peut vivre, penser, créer le créateur. Mais ce n’est pas là la sphère du gangster, de l’altruiste ou du dictateur.

L’hommme pense et travaille seul. Mais il ne peut pas piller, exploiter ou dominer… seul. Le pillage, l’exploitation de l’homme par l’homme et la dictature présupposent des victimes, donc des êtres dépendants. C’est le domaine du parasite.

Les conducteurs d’hommes ne sont pas des égotistes. Ils ne créent rien. ILs existent entièrement en fonction des autres. Leur but est d’asservir des êtres. Ils sont aussi dépendants que le mendiant, le travailleur social ou le bandit. La forme de dépendance importe peu.

Mais on enseigna aux hommes à considérer ces parasites, les tyrans, les empereurs, les dictateurs, commes des symboles même de l’égotisme. Et grâce à cette immense duperie, ceux-ci furent en mesure de détruire l’âme humaine, la leur aussi bien que celle des autres.

Depuis le début de l’ère historique, les deux antagonistes, le créateur et le parasite s’affrontèrent. Et à la première invention du créateur, le parasite répondit en inventant l’altruisme.

Le créateur… honni, persécuté, exploité, n’en allait pas moins de l’avant, emportant l’humanité dans le rythme de son énergie. Le parasite, lui, ne faisait rien d’autre que multiplier les obstacles. Cette lutte portait d’ailleurs un autre nom : celle de l’individu contre la collectivité.

Le “bien commun” de la collectivité en tant que race, que classe ou qu’Etat fut le but avoué et la justification de toutes les tyrannies qui furent imposées à l’homme. Les pires horreurs furent accomplies au nom de l’altruisme. Est-il possible que n’importe quel acte accompli par égoïsme ait jamais atteint aux carnages perpétrés au nom de l’altruisme ? La faute en est-elle à l’hypocrisie ou aux principes faux qu’on a inculqués aux hommes ? Les pires bouchers furent les hommes les plus sincères. Ils croyaient atteindre à la société parfaite grâce à la guillotine et au peloton d’exécution. Personne ne leur demanda raison de leurs meurtres, puisqu’ils les accomplissaient par altruisme. Les acteurs changent, mais la tragédie reste la même. Un être soi-disant humanitaire commence par des déclarations d’amour pour l’humanité et finit par faire verser des mares de sang. Cela continue et cela continuera tant que l’on fera croire à l’homme qu’une action est bonne à condition de ne pas avoir été dictée par l’égoïsme. Cela autorise l’altruiste à agir et oblige ses victimes à tout supporter. Les chefs des mouvements collectivistes ne demandent jamais rien pour eux-même, mais observez les résultats.

Prenez maintenant une société édifiée sur le principe de l’individualisme, ce pays, le notre. Le pays le plus noble dans toute l’histoire du monde. Le pays des entreprises les plus grandioses, de la plus grande prospérité, de la plus grande liberté. La société n’y avait pas été basée sur la servitude, le sacrifice, le renoncement et autres principes d’altruisme, mais sur le droit de l’homme d’aspirer au bonheur. A son bonheur à lui et non à celui de quelqu’un d’autre. Un but privé, personnel, égoïste. Regardez donc les résultats et faites un examen de conscience.

C’est un conflit vieux comme le monde. Les hommes se sont parfois rapprochés de la vérité, mais chaque fois ils ont échoué près du but et les civilisations ont disparu les unes après les autres. La civilisation n’est rien d’autre que le développement de la vie privée. L’existence tout entière du sauvage se déroule en public, commandée par les lois de la tribu. La civilisation n’a d’autre but que de libérer l’homme de l’homme.

Or, dans notre pays, en ce moment, le collectivisme, la loi des êtres de seconde zone et de second ordre, a brisé les entraves et se déchaîne. Il a amené l’homme a un état d’abaissement intellectuel jamais atteint sur la terre, aboutissant à des horreurs sans précédent. Il a empoisonné la plupart des esprits et avalé la plus grande partie de l’Europe, commence à gagner notre partie.

Je suis architecte. Je sais ce à quoi nous sommes en droit de nous attendre, étant donné les principes sur lesquels le collectivisme est construit. Nous approchons d’un temps où il ne sera plus permis de vivre.

Vous savez maintenant pourquoi j’ai détruit Cortland.

Je l’ai conçu, je vous l’ai donné, je l’ai détruit.

Je l’ai détruit car il ne m’était pas possible de le laisser debout. C’était deux fois un monstre, par la forme et par l’intention. Il m’a fallu détruire l’un et l’autre. La forme fut mutilée par deux de ces parasites qui s’étaient octroyé le droit d’améliorer une oeuvre dont ils n’étaient pas les auteurs et qu’ils n’auraient pu égaler. Et on les laissa faire sous le prétexte que le but altruiste du bâtiment surpassait toutes autres considérations. Que pouvais-je opposer à cela ?

J’avais accepté de faire le projet de Cortland pour la joie de le voir bâtir tel que je l’avais conçu et pour aucune autre raison. C’était là le prix que j’avais demandé pour mon travail. Il ne me fut pas payé.

Je ne jette pas le blâme sur Peter Keating. Il était sans défense. Il avait un contrat avec l’Etat, ce contrat fut ignoré. Il avait reçu la promesse que le building serait érigé selon les plans du projet. Cette promesse fut brisée. L’amour d’un homme pour son travail et son droit à le protéger sont actuellement considérés comme des notions vagues et confuses, ainsi que vous l’a dit tout à l’heure monsieur le procureur. Et maintenant, pour quelle raison le building dont je vous parle fut-il défiguré ? Sans raison. De tels actes ne sont jamais motivés, excepté par la vanité de quelques parasites qui se sentent des droits sur la propriété des autres, qu’elle soit matérielle ou spirituelle. Et qui leur a permis d’agir ainsi ? Personne en particulier parmi les nombreuses autorités. Personne ne s’est donné la peine d’autoriser cela ou de l’empêcher. Personne n’est responsable. Telle est la caractéristique de toute action de la collectivité

Je n’ai pas reçu pour mon travail le paiement que j’avais demandé. Les propriétaires de Cortland, eux avaient reçu de moi ce qu’ils demandaient. Ils voulaient un projet leur permettant de construire aussi bon marché que possible. Personne encore ne leur avait donné satisfaction. J’y parvins. Ils prirent ce que je leur donnais et ne voulurent rien me donner en retour. Mais moi je ne suis pas un altruiste et je ne fais pas des dons de ce genre.

On a dit que j’avais détruit le futur home des déshérités, mais sans moi les déshérités n’auraient pas eu ce home-là. On a dit aussi que la pauvreté des futurs locataires leur donnait des droits sur mon travail. Que leurs besoins exigeaient de moi certaines concession, qu’il était de mon devoir de contribuer à leur donner du bien-être. C’est là le credo des parasites qui actuellement régissent le monde.

Je tiens à déclarer ici que je ne suis pas un homme qui existe en fonction des autres.

C’est une chose qui devait être dite, car le monde périt d’une orgie de sacrifice de soi-même.

Je tiens à déclarer aussi que l’intégrité de l’oeuvre d’un artiste est plus importante que son but charitable. Ceux d’entre vous qui ne comprennent pas cela font partie de cette humanité qui est en train de détruire le monde.

Je suis heureux d’avoir pu déclarer ici mes principes. Je ne puis en accepter d’autres.

Je ne me reconnais envers les hommes aucune obligation autre que celle-ci : respecter leur indépendance comme j’exige qu’ils respectent la mienne et ne jouer aucun rôle dans une société d’esclaves. Et si je suis condamné, cela voudra dire que mon pays n’est plus ce qu’il était . Et c’est à lui que je dédierai les années que je passerai en prison. Je les lui offrira en témoignage de gratitude et d’admiration pour ce qu’il a été. Et mon refus de vivre et de travailler dans ce monde tel qu’il est sera de ma part un acte de loyalisme.

Ces années de prison, je les accomplirai aussi pour chaque créateur qui eut à souffrir des forces mauvaises qui m’obligèrent à détruire Cortland. En souvenir de chaque heure de solitude, d’échec, de découragement qu’il fut amené à supporter, et de la dure bataille qu’il livre. Pour tous les créateurs dont les noms sont célèbres et pour tous ceux qui luttèrent et succombèrent, inconnus. Pour tout créateur dont on essaya de détruire l’âme et le corps. Pour Henry Cameron, pour Steven Mallory. Et pour un homme qui ne me pardonnerait pas de le nommer, mais qui est dans cette salle et qui sait que c’est à lui que je m’adresse.

Ayn Rand in La Source Vive

Des mystiques du muscle face à la pensée, la lutte insidieuse contre la Liberté.

mai 27, 2007

Si vous ne voyez pas les moyens qu’ils comptent employer, allez visiter n’importe quelle classe de collège et vous entendrez des professeurs expliquer aux enfants qu’aucune certitude n’est possible à l’homme, que sa conscience n’a aucune efficacité, qu’il ne peut rien savoir des faits et des lois de l’existence, qu’il ne peut connaître aucune réalité objective. Dans ces conditions, quel est le critère de la connaissance et de la vérité ? La réponse est: ce que les autres croient. Il n’y a pas de connaissance, enseignent-ils, il n’y a que la foi. Croire que vous existez est un acte de foi, aussi valable que la foi d’un autre dans son droit de vous tuer; les fondements de la science sont un acte de foi, ni plus ni moins que la foi dans une révélation mystique; croire qu’un générateur peut produire de la lumière électrique est un acte de foi, aussi arbitraire que de croire qu’on en ferait autant en caressant une patte de lapin à la nouvelle lune. La vérité est ce que les gens veulent qu’elle soit, et les gens sont tout le monde sauf vous. La réalité est ce que les gens disent qu’elle est, il n’y a pas de fait objectif, il n’y a que leurs désirs arbitraires. Un homme qui cherche la connaissance dans un laboratoire à l’aide de tubes à essais et de raisonnements est un bouffon vieillot et superstitieux. Un vrai scientifique est un homme qui va sonder le public, et sans l’avidité égoïste de tous ces industriels qui ont un intérêt personnel à entraver les progrès de la science, vous sauriez que New York n’existe pas, parce qu’un sondage de la population mondiale vous révèlerait à une écrasante majorité que ses croyances interdisent la possibilité même d’une telle ville.
Pendant des siècles, les mystiques de l’esprit ont proclamé que la foi était supérieure à la raison, mais ils n’ont pas osé contester l’existence de la raison. Leurs héritiers, les mystiques du muscle, ont achevé leur travail et réalisé leur rêve: ils déclare que tout est question de foi, et appellent cela une révolte contre la croyance. Comme révolte contre des assertions sans fondement, ils proclament que rien ne peut être prouvé. Comme révolte contre l’idée d’une connaissance surnaturelle, ils proclament qu’aucun
savoir n’est possible. Comme révolte contre les ennemis de la science, ils annoncent que la science est une superstition. Comme révolte contre l’asservissement de la pensée, ils proclament que la pensée n’existe pas.
Si vous renoncez à votre perception, si vous acceptez de remplacer vos critères objectifs par des critères collectifs, si vous attendez que les autres vous disent ce qu’il faut penser, le vide que vous créez ainsi ne restera pas longtemps vacant. Vous allez vous apercevoir que vos professeurs commenceront à fixer les règles collectives, et que si vous refusez de leur obéir, protestant qu’ils ne sont pas l’humanité à eux tous seuls, ils vous répondront: ‘Comment savez-vous que nous ne le sommes pas ? ‘Etre’, mon ami ? Où avez-vous déniché ce terme démodé ?’

Si vous doutez que ce soit là leur but, observez avec quelle persévérance acharnée les mystiques du muscle s’efforcent de vous faire oublier qu’un concept tel que la pensé ait pu un jour exister. Observez les contorsions de langage, les mots flous au sens élastique grâce auxquels ils évitent soigneusement tout référence au concept de ‘pensée’. Votre conscience, vous disent-ils, consiste en ‘réflexes’, en ‘réactions’, en ‘expériences’, en ‘impulsions’; et ils refusent en même temps d’identifier les moyens par lesquels ils ont acquis cette connaissance, l’acte qu’ils accomplissent en disant cela, ou celui que vous accomplissez en écoutant.
Les mots ont le pouvoir de vous ‘conditionner’, disent-ils tout en refusant d’identifier les raisons pour lesquelles les mots ont aussi le pouvoir de changer votre… votre … ? Un étudiant lisant un livre le comprend par un processus de… ? de… ? Un scientifique travaillant à une invention s’engage dans un acte de … ? Un psychiatre aidant un névrosé à résoudre ses problèmes conflictuels, le fait au moyen de… ? Mystère. Un industriel… chut ! ça n’existe pas: une usine est une ‘ressource naturelle’, au même titre qu’un arbre, un caillou ou une marre de boue.
Le problème de la production, vous disent-ils, n’a aucun intérêt et ne mérite aucune attention particulière; le seul problème proposé à vos ‘réflexes’ est donc la question de la distribution. Qui a résolu le problème de la production ? L’humanité, selon eux. Quelle était la solution ? Les marchandises sont là. Comment sont-elles arrivées là ? D’une manière ou d’une autre. De quelle cause sont-elles l’effet ? Rien n’a de cause.
Ils prétendent que tout homme a le droit de vivre sans travailler et, en dépit des lois de la réalité, qu’il a droit à un ‘minimum vital’ – un toit, des aliments et des vêtements -, sans faire aucun effort, comme un privilège de naissance. Qui doit lui fournir tout cela ? Mystère. Chaque homme, annoncent-ils, possède une part égale des avancées technologiques réalisées dans le monde. Réalisées… par qui ? Mystère. Ces lâches enragés qui posent en défenseurs des industriels redéfinissent maintenant l’économie comme une technique d’ajustement entre les désirs illimités des hommes et les biens produits en quantité limitée. Produits… par qui ? Mystère. Ces escrocs intellectuels qui veulent passer pour des professeurs se gaussent des penseurs d’autrefois car leurs théories sociales faisaient l’hypothèse de la rationalité humaine; mais puisque l’homme n’est pas rationnel, déclarent-ils, il doit y avoir un système qui lui permet d’exister en étant irrationnel, ce qui signifie: en défiant la réalité. Qui rendra cela possible ? Mystère. A chaque fois qu’un gratte-papier griffonne des plans pour contrôler la production du genre humain, que l’on soit d’accord ou non avec ses statistiques, personne ne remet en question son droit d’imposer ses idées par la force des armes. Imposer… à qui ? A votre avis ? Des groupes de pipelettes subventionnées font des tours du monde aux frais de la princesse et s’en reviennent en disant que les peuples sousdéveloppés demandent de meilleures conditions de vie. Demandent… à qui ? A votre avis ?

Et pour devancer toute demande d’explication sur la différence entre New York et un village de cases dans la savane, ils avancent cette obscénité suprême qui consiste à expliquer les développements de l’industrie humaine, les gratte-ciel, les ponts suspendus, les moteurs et les trains, en déclarant que l’homme est un animal qui possède un ‘instinct de savoir-faire’.
Vous vous demandez ce qui ne va pas dans le monde ? Vous assistez maintenant à l’explosion de la foi dans le sans cause et dans le non mérité. Tous vos gangs de mystiques, de l’esprit et du muscle, se disputent farouchement le pouvoir de vous gouverner, en grognant que l’amour est la solution à tous vos problèmes spirituels et que le fouet est la solution à tous vos problèmes matériels, à vous qui avez renoncé à penser. Eux qui accordent moins de dignité à l’homme qu’à du bétail, eux qui ignorent ce que leur dirait un dresseur d’animaux, à savoir qu’on ne dresse pas un animal par la terreur, qu’un éléphant maltraité, bien loin de travailler pour ses tortionnaires ou de porter leurs fardeaux, aurait vite fait de les piétiner; ils espèrent toutefois que l’homme continuera à produire des tubes électroniques, des avions supersoniques, des moteurs atomiques et des télescopes interstellaires, en échange d’une ration de viande complétée si nécessaire par quelques bons coups de fouet.
Ne vous méprenez pas sur le caractère des mystiques. L’affaiblissement de votre conscience a toujours été leur unique objectif. Et le pouvoir de vous dominer par la force a toujours été leur seul désir.

Ayn Rand in Atlas Shrugged (la Révolte d’Atlas)

Des mystiques du muscle face à la pensée, la lutte insidieuse contre la Liberté. (Ayn Rand)

mai 27, 2007

Si vous ne voyez pas les moyens qu’ils comptent employer, allez visiter n’importe quelle classe de collège et vous entendrez des professeurs expliquer aux enfants qu’aucune certitude n’est possible à l’homme, que sa conscience n’a aucune efficacité, qu’il ne peut rien savoir des faits et des lois de l’existence, qu’il ne peut connaître aucune réalité objective. Dans ces conditions, quel est le critère de la connaissance et de la vérité ? La réponse est: ce que les autres croient. Il n’y a pas de connaissance, enseignent-ils, il n’y a que la foi. Croire que vous existez est un acte de foi, aussi valable que la foi d’un autre dans son droit de vous tuer; les fondements de la science sont un acte de foi, ni plus ni moins que la foi dans une révélation mystique; croire qu’un générateur peut produire de la lumière électrique est un acte de foi, aussi arbitraire que de croire qu’on en ferait autant en caressant une patte de lapin à la nouvelle lune. La vérité est ce que les gens veulent qu’elle soit, et les gens sont tout le monde sauf vous. La réalité est ce que les gens disent qu’elle est, il n’y a pas de fait objectif, il n’y a que leurs désirs arbitraires. Un homme qui cherche la connaissance dans un laboratoire à l’aide de tubes à essais et de raisonnements est un bouffon vieillot et superstitieux. Un vrai scientifique est un homme qui va sonder le public, et sans l’avidité égoïste de tous ces industriels qui ont un intérêt personnel à entraver les progrès de la science, vous sauriez que New York n’existe pas, parce qu’un sondage de la population mondiale vous révèlerait à une écrasante majorité que ses croyances interdisent la possibilité même d’une telle ville.
Pendant des siècles, les mystiques de l’esprit ont proclamé que la foi était supérieure à la raison, mais ils n’ont pas osé contester l’existence de la raison. Leurs héritiers, les mystiques du muscle, ont achevé leur travail et réalisé leur rêve: ils déclare que tout est question de foi, et appellent cela une révolte contre la croyance. Comme révolte contre des assertions sans fondement, ils proclament que rien ne peut être prouvé. Comme révolte contre l’idée d’une connaissance surnaturelle, ils proclament qu’aucun
savoir n’est possible. Comme révolte contre les ennemis de la science, ils annoncent que la science est une superstition. Comme révolte contre l’asservissement de la pensée, ils proclament que la pensée n’existe pas.
Si vous renoncez à votre perception, si vous acceptez de remplacer vos critères objectifs par des critères collectifs, si vous attendez que les autres vous disent ce qu’il faut penser, le vide que vous créez ainsi ne restera pas longtemps vacant. Vous allez vous apercevoir que vos professeurs commenceront à fixer les règles collectives, et que si vous refusez de leur obéir, protestant qu’ils ne sont pas l’humanité à eux tous seuls, ils vous répondront: ‘Comment savez-vous que nous ne le sommes pas ? ‘Etre’, mon ami ? Où avez-vous déniché ce terme démodé ?’

Si vous doutez que ce soit là leur but, observez avec quelle persévérance acharnée les mystiques du muscle s’efforcent de vous faire oublier qu’un concept tel que la pensé ait pu un jour exister. Observez les contorsions de langage, les mots flous au sens élastique grâce auxquels ils évitent soigneusement tout référence au concept de ‘pensée’. Votre conscience, vous disent-ils, consiste en ‘réflexes’, en ‘réactions’, en ‘expériences’, en ‘impulsions’; et ils refusent en même temps d’identifier les moyens par lesquels ils ont acquis cette connaissance, l’acte qu’ils accomplissent en disant cela, ou celui que vous accomplissez en écoutant.
Les mots ont le pouvoir de vous ‘conditionner’, disent-ils tout en refusant d’identifier les raisons pour lesquelles les mots ont aussi le pouvoir de changer votre… votre … ? Un étudiant lisant un livre le comprend par un processus de… ? de… ? Un scientifique travaillant à une invention s’engage dans un acte de … ? Un psychiatre aidant un névrosé à résoudre ses problèmes conflictuels, le fait au moyen de… ? Mystère. Un industriel… chut ! ça n’existe pas: une usine est une ‘ressource naturelle’, au même titre qu’un arbre, un caillou ou une marre de boue.
Le problème de la production, vous disent-ils, n’a aucun intérêt et ne mérite aucune attention particulière; le seul problème proposé à vos ‘réflexes’ est donc la question de la distribution. Qui a résolu le problème de la production ? L’humanité, selon eux. Quelle était la solution ? Les marchandises sont là. Comment sont-elles arrivées là ? D’une manière ou d’une autre. De quelle cause sont-elles l’effet ? Rien n’a de cause.
Ils prétendent que tout homme a le droit de vivre sans travailler et, en dépit des lois de la réalité, qu’il a droit à un ‘minimum vital’ – un toit, des aliments et des vêtements -, sans faire aucun effort, comme un privilège de naissance. Qui doit lui fournir tout cela ? Mystère. Chaque homme, annoncent-ils, possède une part égale des avancées technologiques réalisées dans le monde. Réalisées… par qui ? Mystère. Ces lâches enragés qui posent en défenseurs des industriels redéfinissent maintenant l’économie comme une technique d’ajustement entre les désirs illimités des hommes et les biens produits en quantité limitée. Produits… par qui ? Mystère. Ces escrocs intellectuels qui veulent passer pour des professeurs se gaussent des penseurs d’autrefois car leurs théories sociales faisaient l’hypothèse de la rationalité humaine; mais puisque l’homme n’est pas rationnel, déclarent-ils, il doit y avoir un système qui lui permet d’exister en étant irrationnel, ce qui signifie: en défiant la réalité. Qui rendra cela possible ? Mystère. A chaque fois qu’un gratte-papier griffonne des plans pour contrôler la production du genre humain, que l’on soit d’accord ou non avec ses statistiques, personne ne remet en question son droit d’imposer ses idées par la force des armes. Imposer… à qui ? A votre avis ? Des groupes de pipelettes subventionnées font des tours du monde aux frais de la princesse et s’en reviennent en disant que les peuples sousdéveloppés demandent de meilleures conditions de vie. Demandent… à qui ? A votre avis ?

Et pour devancer toute demande d’explication sur la différence entre New York et un village de cases dans la savane, ils avancent cette obscénité suprême qui consiste à expliquer les développements de l’industrie humaine, les gratte-ciel, les ponts suspendus, les moteurs et les trains, en déclarant que l’homme est un animal qui possède un ‘instinct de savoir-faire’.
Vous vous demandez ce qui ne va pas dans le monde ? Vous assistez maintenant à l’explosion de la foi dans le sans cause et dans le non mérité. Tous vos gangs de mystiques, de l’esprit et du muscle, se disputent farouchement le pouvoir de vous gouverner, en grognant que l’amour est la solution à tous vos problèmes spirituels et que le fouet est la solution à tous vos problèmes matériels, à vous qui avez renoncé à penser. Eux qui accordent moins de dignité à l’homme qu’à du bétail, eux qui ignorent ce que leur dirait un dresseur d’animaux, à savoir qu’on ne dresse pas un animal par la terreur, qu’un éléphant maltraité, bien loin de travailler pour ses tortionnaires ou de porter leurs fardeaux, aurait vite fait de les piétiner; ils espèrent toutefois que l’homme continuera à produire des tubes électroniques, des avions supersoniques, des moteurs atomiques et des télescopes interstellaires, en échange d’une ration de viande complétée si nécessaire par quelques bons coups de fouet.
Ne vous méprenez pas sur le caractère des mystiques. L’affaiblissement de votre conscience a toujours été leur unique objectif. Et le pouvoir de vous dominer par la force a toujours été leur seul désir.

Ayn Rand in Atlas Shrugged (la Révolte d’Atlas)

Les Droits de l’Homme

mai 6, 2007


Si l’on veut prôner une société libre – c’est-à-dire le capitalisme – l’on doit se rendre compte que son fondement indispensable est le principe des Droits individuels.

Si l’on veut défendre les Droits individuels, l’on doit comprendre que le capitalisme est le seul système qui peut les promouvoir et les protéger. Et si l’on veut évaluer le rapport entre la liberté et les objectifs que se donnent aujourd’hui les intellectuels, l’on peut en trouver une image significative dans le fait que le concept des Droits individuels est brouillé, perverti, déformé, presque jamais discuté, et que la plus grande réticence à en parler se trouve justement du côté de la soi-disant « droite ».

Les « Droits » sont un concept moral : le concept qui fournit une transition logique entre les principes qui guident l’action d’une personne et ceux qui gouvernent ses relations avec les autres. Le concept qui maintient et protège la morale individuelle dans un contexte social. Le lien entre le code moral d’une personne et le code juridique d’une société, entre l’éthique et la politique. Les Droits individuels sont le moyen de soumettre l’ordre politique à la règle éthique.

Tout système politique est fondé sur un code moral ou sur un autre. Les déontologies dominantes au cours de l’histoire humaine ont été des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste qui subordonnait l’individu à quelque entité supérieure, soit mystique, soit sociale.

En conséquence, la plupart des systèmes politiques ont été des variantes de la même tyrannie étatiste, ne différant que par le degré et non par le principe fondateur, limités seulement par les accidents de la tradition, les désordres, les conflits sanglants et l’effondrement périodique. Dans tous les systèmes de ce genre, la morale était un code applicable â la personne, mais pas à la société. La société était placée en dehors de la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusive. L’on considérait qu’inculquer la dévotion sacrificielle au devoir social était la fonction principale de l’éthique dans la vie terrestre de l’homme.

Comme la « société » n’est pas une entité, comme il ne s’agit que d’un groupe de personnes singulières, cela signifiait, en pratique, que les règles sociales étaient exemptes d’un jugement par la loi morale. Elles n’étaient soumises qu’aux rituels traditionnels; elles exerçaient un pouvoir total et exigeaient une obéissance aveugle. Le principe implicite était alors:  » Le Bien est ce qui est bon pour la société (ou pour la tribu, la race, la nation) et les édits des dirigeants de celle-ci sont sa retranscription sur la terre. « 

Ce fonctionnement s’est retrouvé dans tous les systèmes étatistes, sous toutes les variantes de l’éthique altruiste-collectiviste, mystiques ou sociales.  » Le Droit divin de la monarchie  » résume la conception politique des premières, «  »Vox populi, vox Dei  » celle des secondes. En témoignent la théocratie de l’Egypte, avec le pharaon comme dieu incarné, le règne illimité de la majorité ou démocratie d’Athènes, l’Etat-providence de l’Empire romain, l’inquisition de la fin du Moyen-Age, la monarchie absolue de la France d’Ancien régime, l’interventionnisme socialisant de Bismarck, les chambres à gaz de l’Allemagne nazie, la boucherie de l’Union soviétique.

Tous ces systèmes politiques étaient des expressions de l’éthique altruiste-collectiviste, et leur caractéristique commune est le fait que la société s’y trouvait placée au-dessus de la loi morale, dans une position d’omnipotence souveraine et d’acceptation aveugle de l’arbitraire. Ainsi, politiquement, tous ces systèmes étaient des variantes d’une société amorale.
La réussite la plus profondément révolutionnaire des Etats-Unis d’Amérique fut de subordonner la société politique à la règle morale.

Le principe des Droits individuels de l’homme représentait l’extension de la morale au système politique, comme une limitation au pouvoir de l’Etat, comme une protection de la personne contre la force brutale du collectif, comme la subordination de la force au Droit. Les Etats-Unis furent la première société morale de l’histoire des hommes.

Tous les systèmes précédents avaient considéré l’homme comme un objet sacrificiel soumis aux intérêts des autres, et la société comme une fin en soi. Les Etats-Unis ont considéré la personne comme une fin en elle-même, et la société comme le moyen d’une coexistence paisible, ordonnée et volontaire entre les individus. Tous les systèmes précédents avaient soutenu que la vie de l’homme appartenait à la société, que la société pouvait en disposer de la manière qui lui plaisait, et que toute la liberté dont celui-ci pouvait jouir lui était accordée par faveur, par la permission de la société, permission qui pouvait être révoquée à tout instant. Les Etats-Unis ont pensé que la vie de l’homme lui appartient de Droit, (ce qui signifie : par principe moral et de par la nature des choses), qu’un Droit est le propre d’une personne, que la société en tant que telle n’a donc aucun Droit, et que la seule fonction morale de l’Etat est de protéger les Droits individuels.

Un  » Droit  » est un principe moral qui définit et sanctionne la liberté qu’une personne a d’agir dans un contexte social. Il n’existe en ce sens qu’un Droit fondamental (tous les autres ne sont que ses conséquences ou ses corollaires) : le Droit d’un homme de posséder sa propre vie. La vie est un processus d’action auto-engendré et auto-entretenu; le Droit de posséder sa propre vie signifie qu’on a le Droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. Ce qui signifie : le Droit de faire tout ce qui est nécessité par la nature d’un être rationnel pour le maintien, la promotion, l’accomplissement et la réussite de sa propre vie. (Tel est le sens de la formule parlant du Droit de vivre, d’être libre et de rechercher le bonheur que l’on retrouve dans la Déclaration d’Indépendance. )

Le concept de  » Droit  » ne peut faire référence qu’à l’action, spécifiquement à la liberté d’action. Il désigne la liberté par rapport à une contrainte, une coercition ou une ingérence physique de la part d’autres hommes.
Pour tout individu, un Droit est ainsi la sanction morale d’une capacité positive: sa liberté d’agir conformément à son propre jugement, de poursuivre ses buts personnels par un choix autonome, volontaire et sans coercition. Ses Droits n’imposent à ses voisins aucune obligation autre que négative : l’impératif qu’ils s’abstiennent de les violer.

Le Droit de contrôler sa propre vie est la source de tous les Droits, et le Droit de Propriété est leur seule concrétisation possible. Sans Droit de Propriété, aucun autre Droit n’est concevable. Comme il faut à l’homme subvenir à son existence par ses propres efforts, l’homme qui n’a pas de Droit sur les produits de son effort n’a pas les moyens d’entretenir sa vie. Celui qui produit alors que les autres disposent de ce qu’il a produit est un esclave.

Gardez bien en tête que le Droit de Propriété est un Droit d’agir, comme tous les autres. Ce n’est pas un  » droit à  » un objet, mais un Droit à l’action et à ce qu’il résulte de celle-ci sur le plan de la production et de la valeur de ce qui est produit. Ce n’est pas la garantie qu’un homme finira par disposer d’une quelconque richesse ; c’est la garantie qu’il pourra posséder ce qu’il a gagné s’il l’a obtenu par son action productive. C’est donc le Droit d’acquérir, de conserver, d’utiliser et de disposer des valeurs incarnées dans les objets matériels.

Le concept de Droits individuels est tellement nouveau dans l’histoire de l’humanité que la plupart des hommes ne l’ont pas encore complètement compris à ce jour. Se référant aux deux conceptions de l’éthique, la mystique et la sociale, certains affirment que les Droits sont un don de Dieu, les autres qu’ils sont un privilège social. En fait, la source des Droits est la nature de l’homme.

La Déclaration d’Indépendance affirmait que les hommes  » ont été dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables « . Que l’on croie que l’homme est le produit d’un Créateur ou celui de la nature, la question de l’origine de l’homme ne change rien au fait qu’il est une entité d’un certain type, un être rationnel, qu’il ne peut pas fonctionner efficacement sous la menace de la violence, et que les Droits sont une condition nécessaire de son mode d’existence spécifique.

 » La source des Droits de l’Homme n’est pas la loi de Dieu ni la loi du Congrès, mais la Loi de l’Identité. Toute chose est ce qu’elle est, et l’Homme est un homme. Les Droits sont les conditions d’existence nécessitées par la nature de l’homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l’homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d’agir librement d’après son propre jugement. Il a le Droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu’il veut c’est vivre sur terre, il a le Droit de vivre comme un être rationnel: la nature même lui interdit l’irrationalité  » (Atlas Shrugged, discours de John Galt).

Violer les Droits d’un homme signifie l’obliger à agir contre son propre jugement, ou s’emparer par la force de ce qu’il a produit. Fondamentalement, il n’y a qu’une façon de parvenir à cela: recourir à la violence physique. Deux groupes de personnes peuvent violer les Droits de l’Homme: les malfaiteurs et les hommes de l’Etat. La grande réussite des Etats-Unis fut d’établir une différence entre les deux, en interdisant aux seconds d’exercer une version légalisée des activités des premiers.

La Déclaration d’Indépendance posa le principe que  » C’est pour assurer ces Droits que les Etats ont été institués parmi les hommes « . Ce principe a fourni la seule justification valable de l’existence d’un Etat et a défini sa seule fonction légitime : assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique.
Ainsi le rôle des hommes de l’Etat fut-il transformé: de maîtres, ils devinrent serviteurs. L’Etat était institué pour protéger les personnes contre les malfaiteurs, et la Constitution était écrite pour les protéger des hommes de l’Etat. La Déclaration des Droits n’était pas dirigée contre les citoyens privés, mais contre les décideurs publics, comme une déclaration explicite soulignant que les Droits individuels l’emportent sur tout pouvoir politique.

Le résultat fut un modèle de société civilisée que, pour la brève période de quelque cent cinquante ans, les Etats-Unis furent bien près de réaliser effectivement. Une société civilisée est une société où la violence physique est bannie dans les relations humaines, et dans laquelle les hommes de l’Etat, agissant comme des gendarmes, ne peuvent faire usage de la force qu’au titre de riposte et seulement contre ceux qui ont enclenché cet usage.
Tels étaient la signification et le but essentiels de la philosophie politique américaine, implicites dans le principe des Droits individuels. Mais cette signification et ce but ne furent pas formulés explicitement, et dès lors ne furent ni complètement acceptés, ni mis en pratique de façon cohérente.

L’élément contradictoire interne aux Etats-Unis était l’existence en elle de l’éthique altruiste – collectiviste.
L’altruisme est incompatible avec la liberté, avec le capitalisme et avec les Droits individuels. On ne peut pas combiner la recherche du bonheur avec le statut moral d’animal sacrificiel.

C’est le concept de Droits individuels qui avait donné naissance à la possibilité d’une société libre. C’est par la destruction des Droits individuels que la destruction de la liberté devait commencer.

Une tyrannie collectiviste ne peut se permettre de réduire tout un pays à l’esclavage par la confiscation ouverte de ses productions, matérielles ou morales. Elle ne peut parvenir à cette fin que par un processus de corruption interne. De même que dans le domaine matériel le pillage de la richesse d’un pays se fait par une politique d’inflation sur la monnaie, l’on peut aujourd’hui observer la mise en place d’un processus d’inflation dans le domaine des Droits. Ce processus repose sur une telle prolifération de « nouveaux droits » récemment proclamés que les gens ne se rendent pas compte que le sens du concept est inversé. De même que la mauvaise monnaie est imposée à la place des bonnes, ces droits en monnaie de singe détruisent les Droits authentiques.
Considérez ce fait curieux : jamais l’on n’a observé à un tel point, tout autour du monde, la prolifération de deux phénomènes apparemment contradictoires : les prétendus « nouveaux droits » et les camps de travail forcé.
L’astuce a consisté à faire glisser le concept de Droit du domaine politique à celui de l’économie.

Le programme du Parti Démocrate en 1960 résume ce tour de passe-passe avec hardiesse et franchise. Il proclame que les Démocrates s’ils parviennent au pouvoir  » réaffirmeront la Déclaration des droits économiques que Franklin Roosevelt inscrivit dans notre conscience nationale il y a seize ans. « 

Gardez bien présent à l’esprit ce que signifie le concept des  » Droits « , en lisant la liste de ce que propose ledit programme :

 » 1. Le ‘droit à’ un travail utile et rémunérateur dans l’industrie, le commerce, le secteur agricole ou le secteur minier.

 » 2. Le ‘droit à’ gagner assez d’argent pour obtenir une quantité suffisante de nourriture, de vêtements et de moyens de distraction.

 » 3. Le ‘droit de tout agriculteur à cultiver et à vendre ses produits’ en étant sûr d’en tirer suffisamment pour obtenir, pour lui et sa famille, les moyens d’une vie acceptable.

 » 4. Le ‘droit de tout entrepreneur, grand ou petit, à échanger dans une atmosphère libérée de la concurrence déloyale et du poids dominateur des monopoles’ chez lui et à l’étranger.

 » 5. Le ‘droit de toute famille à’ une maison confortable.

 » 6. Le ‘droit à’ des soins médicaux suffisants et à la possibilité de vivre en bonne santé.

 » 7.Le ‘droit à’ une protection adéquate contre les risques économiques liés à l’âge, à la maladie, aux accidents et au chômage.

 » 8. Le ‘droit à’ une bonne éducation. « 

Une simple question ajoutée à chacune des clauses ci-dessus suffirait à faire comprendre de quoi il s’agit : « aux dépens de qui? »

Les emplois, la nourriture, les vêtements, les moyens de distraction, les maisons, les soins médicaux, l’éducation, etc, ne poussent pas sur les arbres. Ce sont des produits de l’action humaine; des biens et des services qui ont été créés par quelqu’un. Qui sera là pour les fournir ?
Si certains ont le  » droit  » de vivre aux dépens du travail des autres, cela veut dire que ces autres sont privés de leurs Droits et condamnés à travailler comme des esclaves.

Tout prétendu  » droit  » d’un homme, qui nécessite de violer les Droits d’un autre homme, n’est pas, et ne peut pas être un Droit. Personne ne peut avoir le Droit d’imposer une obligation que l’on n’a pas choisie, un devoir sans récompense ou une servitude involontaire. II ne peut pas y avoir de  » droit de réduire des hommes à l’esclavage « .

Un Droit n’implique pas sa concrétisation matérielle par l’action d’autres hommes; il implique uniquement la liberté pour chacun de parvenir à cette concrétisation grâce à son propre effort.

Remarquez, dans ce contexte, la précision intellectuelle des Pères Fondateurs des Etats-Unis : ils parlaient du Droit de rechercher le bonheur, et pas du  » droit au  » bonheur. Cela veut dire qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions qu’il juge nécessaires pour atteindre le bonheur; cela ne veut pas dire que les autres ont le devoir de le rendre heureux.

Le Droit de vivre implique que tout homme a le Droit de subvenir aux nécessités matérielles impliquées par le fait qu’il vit grâce à son travail (quel que soit le niveau où celui-ci se situe dans l’économie); il n’implique pas que les autres doivent lui fournir ses moyens d’existence.
Le Droit de Propriété implique qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions économiques nécessaires pour acquérir une propriété, il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une propriété.

Le Droit de libre expression implique qu’une personne a le Droit d’exprimer ses idées sans courir le risque d’être réprimée, entravée ou punie par les hommes de l’Etat. Il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une salle de conférences, une station de radio ou une imprimerie pour exprimer ses idées.

Toute entreprise qui implique plus d’une personne nécessite le consentement volontaire de chacun des participants. Chacun d’entre eux a le Droit de prendre ses propres décisions, et personne n’a celui d’imposer ses décisions aux autres.

Il n’existe pas ainsi de  » droit à l’emploi « . Il n’existe que le Droit d’échanger librement, c’est-à-dire : le Droit que chacun possède d’être embauché si une autre personne décide de payer ses services. Il n’y a pas de  » droit au logement « , il n’y a que le Droit là encore d’échanger librement : le Droit de louer un logement ou de l’acheter. Il n’y a pas de  » droit à un salaire décent  » ou à un prix  » acceptable  » si personne n’accepte de payer ce prix ou ce salaire. Il n’y a pas de  » droit à consommer  » du lait, des chaussures, des places de cinéma ou des bouteilles de champagne si aucun producteur n’a décidé de fabriquer ces articles; il n’y a que le Droit de les fabriquer soi-même. Il n’y a pas de  » droits catégoriels « : pas de  » droits des agriculteurs, des travailleurs, des employés, des employeurs, des vieux, des jeunes, des enfants à naître « . Il n’y a que les Droits de l’Homme, des Droits possédés par toute personne singulière et par tous les hommes en tant qu’individus.

Le Droit de Propriété et le Droit d’échanger librement qui en découle sont les seuls  » Droits économiques  » de l’Homme. Il s’agit en fait de Droits politiques, et il ne peut y avoir de  » Déclaration des droits économiques de l’homme « . Remarquez seulement que les partisans des seconds ont quasiment détruit les premiers.

Rappelez-vous que les Droits sont des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d’action d’une personne, mais n’imposent aucune obligation aux autres hommes. Les citoyens privés ne sont pas une menace pour les Droits ou pour les libertés les uns des autres. Un citoyen privé qui a recours à la violence physique en violation des Droits des autres est un malfaiteur, et les hommes ont contre lui la protection de la loi.

Dans tous les pays et à toutes les époques, ces malfaiteurs-là ont toujours été une petite minorité, et le mal qu’ils ont fait à l’humanité est infinitésimal quand on le compare aux horreurs : bains de sang, guerres, persécutions, confiscations, famines, réduction à l’esclavage, ou destructions massives, perpétrées par les castes politiques de l’humanité. Potentiellement, un Etat est la plus grande menace qui pèse sur les Droits de l’Homme : il possède en général le monopole légal de l’usage de la force physique contre des victimes légalement désarmées. Quand son pouvoir n’est ni limité ni restreint par les Droits individuels, l’ Etat est le plus mortel ennemi des hommes. Ce n’est pas en raison de la nécessité de se protéger contre les actions privées, mais en raison de celle de se protéger contre les décisions publiques que la Déclaration des Droits a été écrite.

Considérez maintenant quel procédé se trouve utilisé pour détruire cette protection.
Le procédé consiste à attribuer aux citoyens privés d’être les auteurs de violations spécifiques du Droit que la constitution interdit aux hommes de l’Etat (et que les citoyens privés n’ont pas dans les faits le pouvoir de commettre) – ce qui permet de libérer les hommes de l’Etat de toute contrainte. Les résultats sont au présent particulièrement visibles dans le domaine de la liberté d’expression. Pendant des années, les collectivistes ont propagé l’idée que lorsqu’une personne privée refuse de financer un opposant, elle commet une  » violation de la liberté d’expression  » de cet opposant et un acte de  » censure « .

C’est de la  » censure « , prétendent-ils, lorsqu’un journal refuse d’employer ou de publier des auteurs dont les idées sont diamétralement opposées à sa politique.
C’est de la  » censure « , prétendent-ils encore lorsqu’un homme d’affaire refuse de faire publier des publicités dans un magazine qui le dénonce, l’insulte et le traîne dans la boue.

C’est de la  » censure « , prétendent-ils enfin, lorsque quelqu’un qui finance une émission de télévision proteste contre une ignominie – telle l’invitation faite à Alger Hiss de venir calomnier en direct Richard Nixon – perpétrée au cours d’une émission pour laquelle il donne son argent.
A ce propos un certain Newton N. Minow a déclaré:  » il y a la censure des indices d’écoute, celle des annonceurs, celle des chaînes, des stations associées qui refusent les programmes qu’on offre à leurs zones d’émission « . C’est le même M. Minow qui menace à présent de révoquer l’autorisation de toute station qui ne se soumettrait pas à ses conceptions des programmes, et qui prétend que cela, ce ne serait pas de la censure. Examinez les implications de tout ceci.

La  » censure  » est un terme uniquement applicable aux actions de l’Etat. Aucune action privée ne peut être énoncée comme un acte de censure. Aucun individu et aucune agence non publique ne peut réduire un homme au silence, ni réprimer une publication. Seul un Etat peut y parvenir. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas les financer.

Pourtant, selon la doctrine dite des  » droits économiques de l’homme « , un individu n’aurait pas le Droit de disposer de ses propres moyens matériels et de les utiliser selon ses propres convictions, mais devrait donner son argent sans discrimination à n’importe quel discoureur ou propagandiste, qui aurait ainsi un  » droit à  » … ce qui ne lui appartient pas. Cela signifie que la capacité de produire les moyens matériels nécessaires à l’expression des idées serait ce qui prive un homme du Droit de penser ce qu’il pense. Cela signifie aussi qu’un éditeur devrait publier des livres qu’il trouve mauvais, falsificateurs ou pervers, que le financier d’une émission de télévision devrait rétribuer des commentateurs qui ont choisi de s’en prendre à ses convictions. Que le propriétaire d’un journal devrait livrer ses pages éditoriales à tout jeune voyou qui fait de l’agitation pour réduire la presse à la servitude. Cela signifie donc qu’un groupe d’hommes aurait le droit illimité de faire n’importe quoi, alors qu’un autre groupe se trouverait réduit à la dépossession et à l’impuissance.

Mais comme il serait évidemment impossible de fournir à quiconque les réclame, un emploi, un micro ou les colonnes d’un journal, qui décidera de la  » distribution  » des  » droits économiques  » et choisira leurs bénéficiaires, lorsque le Droit de choisir qui appartenait aux propriétaires aura été aboli? Eh bien, cela au moins, M. Minow l’a indiqué avec beaucoup de clarté.

Et si vous faites l’erreur de croire que tout ce qui précède ne s’applique qu’aux grands possédants, il serait temps pour vous de vous rendre compte que la théorie des  » droits économiques  » implique pour n’importe quel théâtreux en mal de spectacle, pour n’importe quel poète baba, pour n’importe quel compositeur de bruits ou pour tout  » artiste  » non objectif (pourvu d’appuis politiques), le  » droit au  » soutien financier que vous aviez choisi de ne pas leur donner en n’assistant pas à leurs exhibitions. Quelle autre signification peut avoir la décision de dépenser l’argent de vos impôts pour subventionner la  » culture « ?

Ainsi, pendant que des gens se promènent la bouche pleine de ces  » droits économiques  » le concept des Droits politiques est en train de disparaître. On oublie que le Droit de libre expression désigne la liberté de prôner ses propres opinions et d’en subir les conséquences, y compris le désaccord avec les autres, leur opposition, leur hostilité et leur refus de vous soutenir. La fonction politique du Droit de libre expression est de protéger les dissidents et les minorités impopulaires contre la répression violente, non de leur garantir le soutien matériel, les avantages et les récompenses d’une popularité qu’ils n’ont rien fait pour mériter.

La Déclaration des Droits stipule :  » Le Congrès ne fera aucune loi… limitant la liberté de parole, ni celle de ta presse… « , il n’y est pas exigé des citoyens privés qu’ils fournissent un micro à l’homme qui prône leur destruction, ou un passe au voleur qui cherche à les cambrioler, ou un couteau à l’assassin qui veut leur couper la gorge.

Tel est l’état de l’un des débats les plus cruciaux du temps présent: celui où s’opposent les Droits politiques et les  » droits économiques « . Il faut choisir. Car ils sont incompatibles entre eux, et les seconds détruisent les premiers. En fait, il n’y a pas de  » droits économiques « , pas de  » droits collectifs « , pas de  » droits de l’intérêt général « . Le terme  » Droits de l’individu  » est une redondance: il n’y a pas d’autre forme de Droit et personne d’autre n’en possède.

Les partisans du capitalisme de laissez-faire sont les seuls défenseurs des Droits de l’Homme.

Ayn Rand in The Objectivist Newsletter.

Les Droits de l’Homme (Ayn Rand)

mai 6, 2007


Si l’on veut prôner une société libre – c’est-à-dire le capitalisme – l’on doit se rendre compte que son fondement indispensable est le principe des Droits individuels.

Si l’on veut défendre les Droits individuels, l’on doit comprendre que le capitalisme est le seul système qui peut les promouvoir et les protéger. Et si l’on veut évaluer le rapport entre la liberté et les objectifs que se donnent aujourd’hui les intellectuels, l’on peut en trouver une image significative dans le fait que le concept des Droits individuels est brouillé, perverti, déformé, presque jamais discuté, et que la plus grande réticence à en parler se trouve justement du côté de la soi-disant « droite ».

Les « Droits » sont un concept moral : le concept qui fournit une transition logique entre les principes qui guident l’action d’une personne et ceux qui gouvernent ses relations avec les autres. Le concept qui maintient et protège la morale individuelle dans un contexte social. Le lien entre le code moral d’une personne et le code juridique d’une société, entre l’éthique et la politique. Les Droits individuels sont le moyen de soumettre l’ordre politique à la règle éthique.

Tout système politique est fondé sur un code moral ou sur un autre. Les déontologies dominantes au cours de l’histoire humaine ont été des variantes de la doctrine altruiste-collectiviste qui subordonnait l’individu à quelque entité supérieure, soit mystique, soit sociale.

En conséquence, la plupart des systèmes politiques ont été des variantes de la même tyrannie étatiste, ne différant que par le degré et non par le principe fondateur, limités seulement par les accidents de la tradition, les désordres, les conflits sanglants et l’effondrement périodique. Dans tous les systèmes de ce genre, la morale était un code applicable â la personne, mais pas à la société. La société était placée en dehors de la loi morale, comme son incarnation, sa source ou son interprète exclusive. L’on considérait qu’inculquer la dévotion sacrificielle au devoir social était la fonction principale de l’éthique dans la vie terrestre de l’homme.

Comme la « société » n’est pas une entité, comme il ne s’agit que d’un groupe de personnes singulières, cela signifiait, en pratique, que les règles sociales étaient exemptes d’un jugement par la loi morale. Elles n’étaient soumises qu’aux rituels traditionnels; elles exerçaient un pouvoir total et exigeaient une obéissance aveugle. Le principe implicite était alors:  » Le Bien est ce qui est bon pour la société (ou pour la tribu, la race, la nation) et les édits des dirigeants de celle-ci sont sa retranscription sur la terre. « 

Ce fonctionnement s’est retrouvé dans tous les systèmes étatistes, sous toutes les variantes de l’éthique altruiste-collectiviste, mystiques ou sociales.  » Le Droit divin de la monarchie  » résume la conception politique des premières, «  »Vox populi, vox Dei  » celle des secondes. En témoignent la théocratie de l’Egypte, avec le pharaon comme dieu incarné, le règne illimité de la majorité ou démocratie d’Athènes, l’Etat-providence de l’Empire romain, l’inquisition de la fin du Moyen-Age, la monarchie absolue de la France d’Ancien régime, l’interventionnisme socialisant de Bismarck, les chambres à gaz de l’Allemagne nazie, la boucherie de l’Union soviétique.

Tous ces systèmes politiques étaient des expressions de l’éthique altruiste-collectiviste, et leur caractéristique commune est le fait que la société s’y trouvait placée au-dessus de la loi morale, dans une position d’omnipotence souveraine et d’acceptation aveugle de l’arbitraire. Ainsi, politiquement, tous ces systèmes étaient des variantes d’une société amorale.
La réussite la plus profondément révolutionnaire des Etats-Unis d’Amérique fut de subordonner la société politique à la règle morale.

Le principe des Droits individuels de l’homme représentait l’extension de la morale au système politique, comme une limitation au pouvoir de l’Etat, comme une protection de la personne contre la force brutale du collectif, comme la subordination de la force au Droit. Les Etats-Unis furent la première société morale de l’histoire des hommes.

Tous les systèmes précédents avaient considéré l’homme comme un objet sacrificiel soumis aux intérêts des autres, et la société comme une fin en soi. Les Etats-Unis ont considéré la personne comme une fin en elle-même, et la société comme le moyen d’une coexistence paisible, ordonnée et volontaire entre les individus. Tous les systèmes précédents avaient soutenu que la vie de l’homme appartenait à la société, que la société pouvait en disposer de la manière qui lui plaisait, et que toute la liberté dont celui-ci pouvait jouir lui était accordée par faveur, par la permission de la société, permission qui pouvait être révoquée à tout instant. Les Etats-Unis ont pensé que la vie de l’homme lui appartient de Droit, (ce qui signifie : par principe moral et de par la nature des choses), qu’un Droit est le propre d’une personne, que la société en tant que telle n’a donc aucun Droit, et que la seule fonction morale de l’Etat est de protéger les Droits individuels.

Un  » Droit  » est un principe moral qui définit et sanctionne la liberté qu’une personne a d’agir dans un contexte social. Il n’existe en ce sens qu’un Droit fondamental (tous les autres ne sont que ses conséquences ou ses corollaires) : le Droit d’un homme de posséder sa propre vie. La vie est un processus d’action auto-engendré et auto-entretenu; le Droit de posséder sa propre vie signifie qu’on a le Droit d’exécuter les actions qui permettent son engendrement et son entretien. Ce qui signifie : le Droit de faire tout ce qui est nécessité par la nature d’un être rationnel pour le maintien, la promotion, l’accomplissement et la réussite de sa propre vie. (Tel est le sens de la formule parlant du Droit de vivre, d’être libre et de rechercher le bonheur que l’on retrouve dans la Déclaration d’Indépendance. )

Le concept de  » Droit  » ne peut faire référence qu’à l’action, spécifiquement à la liberté d’action. Il désigne la liberté par rapport à une contrainte, une coercition ou une ingérence physique de la part d’autres hommes.
Pour tout individu, un Droit est ainsi la sanction morale d’une capacité positive: sa liberté d’agir conformément à son propre jugement, de poursuivre ses buts personnels par un choix autonome, volontaire et sans coercition. Ses Droits n’imposent à ses voisins aucune obligation autre que négative : l’impératif qu’ils s’abstiennent de les violer.

Le Droit de contrôler sa propre vie est la source de tous les Droits, et le Droit de Propriété est leur seule concrétisation possible. Sans Droit de Propriété, aucun autre Droit n’est concevable. Comme il faut à l’homme subvenir à son existence par ses propres efforts, l’homme qui n’a pas de Droit sur les produits de son effort n’a pas les moyens d’entretenir sa vie. Celui qui produit alors que les autres disposent de ce qu’il a produit est un esclave.

Gardez bien en tête que le Droit de Propriété est un Droit d’agir, comme tous les autres. Ce n’est pas un  » droit à  » un objet, mais un Droit à l’action et à ce qu’il résulte de celle-ci sur le plan de la production et de la valeur de ce qui est produit. Ce n’est pas la garantie qu’un homme finira par disposer d’une quelconque richesse ; c’est la garantie qu’il pourra posséder ce qu’il a gagné s’il l’a obtenu par son action productive. C’est donc le Droit d’acquérir, de conserver, d’utiliser et de disposer des valeurs incarnées dans les objets matériels.

Le concept de Droits individuels est tellement nouveau dans l’histoire de l’humanité que la plupart des hommes ne l’ont pas encore complètement compris à ce jour. Se référant aux deux conceptions de l’éthique, la mystique et la sociale, certains affirment que les Droits sont un don de Dieu, les autres qu’ils sont un privilège social. En fait, la source des Droits est la nature de l’homme.

La Déclaration d’Indépendance affirmait que les hommes  » ont été dotés par leur Créateur de certains Droits inaliénables « . Que l’on croie que l’homme est le produit d’un Créateur ou celui de la nature, la question de l’origine de l’homme ne change rien au fait qu’il est une entité d’un certain type, un être rationnel, qu’il ne peut pas fonctionner efficacement sous la menace de la violence, et que les Droits sont une condition nécessaire de son mode d’existence spécifique.

 » La source des Droits de l’Homme n’est pas la loi de Dieu ni la loi du Congrès, mais la Loi de l’Identité. Toute chose est ce qu’elle est, et l’Homme est un homme. Les Droits sont les conditions d’existence nécessitées par la nature de l’homme afin que celui-ci vive décemment. Dès lors que l’homme doit vivre sur terre, il a le droit de se servir de sa conscience rationnelle, il a le droit d’agir librement d’après son propre jugement. Il a le Droit de travailler conformément à ses propres valeurs et de disposer du produit de son travail. Si ce qu’il veut c’est vivre sur terre, il a le Droit de vivre comme un être rationnel: la nature même lui interdit l’irrationalité  » (Atlas Shrugged, discours de John Galt).

Violer les Droits d’un homme signifie l’obliger à agir contre son propre jugement, ou s’emparer par la force de ce qu’il a produit. Fondamentalement, il n’y a qu’une façon de parvenir à cela: recourir à la violence physique. Deux groupes de personnes peuvent violer les Droits de l’Homme: les malfaiteurs et les hommes de l’Etat. La grande réussite des Etats-Unis fut d’établir une différence entre les deux, en interdisant aux seconds d’exercer une version légalisée des activités des premiers.

La Déclaration d’Indépendance posa le principe que  » C’est pour assurer ces Droits que les Etats ont été institués parmi les hommes « . Ce principe a fourni la seule justification valable de l’existence d’un Etat et a défini sa seule fonction légitime : assurer les Droits des hommes en protégeant ceux-ci de la violence physique.
Ainsi le rôle des hommes de l’Etat fut-il transformé: de maîtres, ils devinrent serviteurs. L’Etat était institué pour protéger les personnes contre les malfaiteurs, et la Constitution était écrite pour les protéger des hommes de l’Etat. La Déclaration des Droits n’était pas dirigée contre les citoyens privés, mais contre les décideurs publics, comme une déclaration explicite soulignant que les Droits individuels l’emportent sur tout pouvoir politique.

Le résultat fut un modèle de société civilisée que, pour la brève période de quelque cent cinquante ans, les Etats-Unis furent bien près de réaliser effectivement. Une société civilisée est une société où la violence physique est bannie dans les relations humaines, et dans laquelle les hommes de l’Etat, agissant comme des gendarmes, ne peuvent faire usage de la force qu’au titre de riposte et seulement contre ceux qui ont enclenché cet usage.
Tels étaient la signification et le but essentiels de la philosophie politique américaine, implicites dans le principe des Droits individuels. Mais cette signification et ce but ne furent pas formulés explicitement, et dès lors ne furent ni complètement acceptés, ni mis en pratique de façon cohérente.

L’élément contradictoire interne aux Etats-Unis était l’existence en elle de l’éthique altruiste – collectiviste.
L’altruisme est incompatible avec la liberté, avec le capitalisme et avec les Droits individuels. On ne peut pas combiner la recherche du bonheur avec le statut moral d’animal sacrificiel.

C’est le concept de Droits individuels qui avait donné naissance à la possibilité d’une société libre. C’est par la destruction des Droits individuels que la destruction de la liberté devait commencer.

Une tyrannie collectiviste ne peut se permettre de réduire tout un pays à l’esclavage par la confiscation ouverte de ses productions, matérielles ou morales. Elle ne peut parvenir à cette fin que par un processus de corruption interne. De même que dans le domaine matériel le pillage de la richesse d’un pays se fait par une politique d’inflation sur la monnaie, l’on peut aujourd’hui observer la mise en place d’un processus d’inflation dans le domaine des Droits. Ce processus repose sur une telle prolifération de « nouveaux droits » récemment proclamés que les gens ne se rendent pas compte que le sens du concept est inversé. De même que la mauvaise monnaie est imposée à la place des bonnes, ces droits en monnaie de singe détruisent les Droits authentiques.
Considérez ce fait curieux : jamais l’on n’a observé à un tel point, tout autour du monde, la prolifération de deux phénomènes apparemment contradictoires : les prétendus « nouveaux droits » et les camps de travail forcé.
L’astuce a consisté à faire glisser le concept de Droit du domaine politique à celui de l’économie.

Le programme du Parti Démocrate en 1960 résume ce tour de passe-passe avec hardiesse et franchise. Il proclame que les Démocrates s’ils parviennent au pouvoir  » réaffirmeront la Déclaration des droits économiques que Franklin Roosevelt inscrivit dans notre conscience nationale il y a seize ans. « 

Gardez bien présent à l’esprit ce que signifie le concept des  » Droits « , en lisant la liste de ce que propose ledit programme :

 » 1. Le ‘droit à’ un travail utile et rémunérateur dans l’industrie, le commerce, le secteur agricole ou le secteur minier.

 » 2. Le ‘droit à’ gagner assez d’argent pour obtenir une quantité suffisante de nourriture, de vêtements et de moyens de distraction.

 » 3. Le ‘droit de tout agriculteur à cultiver et à vendre ses produits’ en étant sûr d’en tirer suffisamment pour obtenir, pour lui et sa famille, les moyens d’une vie acceptable.

 » 4. Le ‘droit de tout entrepreneur, grand ou petit, à échanger dans une atmosphère libérée de la concurrence déloyale et du poids dominateur des monopoles’ chez lui et à l’étranger.

 » 5. Le ‘droit de toute famille à’ une maison confortable.

 » 6. Le ‘droit à’ des soins médicaux suffisants et à la possibilité de vivre en bonne santé.

 » 7.Le ‘droit à’ une protection adéquate contre les risques économiques liés à l’âge, à la maladie, aux accidents et au chômage.

 » 8. Le ‘droit à’ une bonne éducation. « 

Une simple question ajoutée à chacune des clauses ci-dessus suffirait à faire comprendre de quoi il s’agit : « aux dépens de qui? »

Les emplois, la nourriture, les vêtements, les moyens de distraction, les maisons, les soins médicaux, l’éducation, etc, ne poussent pas sur les arbres. Ce sont des produits de l’action humaine; des biens et des services qui ont été créés par quelqu’un. Qui sera là pour les fournir ?
Si certains ont le  » droit  » de vivre aux dépens du travail des autres, cela veut dire que ces autres sont privés de leurs Droits et condamnés à travailler comme des esclaves.

Tout prétendu  » droit  » d’un homme, qui nécessite de violer les Droits d’un autre homme, n’est pas, et ne peut pas être un Droit. Personne ne peut avoir le Droit d’imposer une obligation que l’on n’a pas choisie, un devoir sans récompense ou une servitude involontaire. II ne peut pas y avoir de  » droit de réduire des hommes à l’esclavage « .

Un Droit n’implique pas sa concrétisation matérielle par l’action d’autres hommes; il implique uniquement la liberté pour chacun de parvenir à cette concrétisation grâce à son propre effort.

Remarquez, dans ce contexte, la précision intellectuelle des Pères Fondateurs des Etats-Unis : ils parlaient du Droit de rechercher le bonheur, et pas du  » droit au  » bonheur. Cela veut dire qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions qu’il juge nécessaires pour atteindre le bonheur; cela ne veut pas dire que les autres ont le devoir de le rendre heureux.

Le Droit de vivre implique que tout homme a le Droit de subvenir aux nécessités matérielles impliquées par le fait qu’il vit grâce à son travail (quel que soit le niveau où celui-ci se situe dans l’économie); il n’implique pas que les autres doivent lui fournir ses moyens d’existence.
Le Droit de Propriété implique qu’un homme a le Droit d’entreprendre les actions économiques nécessaires pour acquérir une propriété, il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une propriété.

Le Droit de libre expression implique qu’une personne a le Droit d’exprimer ses idées sans courir le risque d’être réprimée, entravée ou punie par les hommes de l’Etat. Il n’implique pas que les autres doivent lui fournir une salle de conférences, une station de radio ou une imprimerie pour exprimer ses idées.

Toute entreprise qui implique plus d’une personne nécessite le consentement volontaire de chacun des participants. Chacun d’entre eux a le Droit de prendre ses propres décisions, et personne n’a celui d’imposer ses décisions aux autres.

Il n’existe pas ainsi de  » droit à l’emploi « . Il n’existe que le Droit d’échanger librement, c’est-à-dire : le Droit que chacun possède d’être embauché si une autre personne décide de payer ses services. Il n’y a pas de  » droit au logement « , il n’y a que le Droit là encore d’échanger librement : le Droit de louer un logement ou de l’acheter. Il n’y a pas de  » droit à un salaire décent  » ou à un prix  » acceptable  » si personne n’accepte de payer ce prix ou ce salaire. Il n’y a pas de  » droit à consommer  » du lait, des chaussures, des places de cinéma ou des bouteilles de champagne si aucun producteur n’a décidé de fabriquer ces articles; il n’y a que le Droit de les fabriquer soi-même. Il n’y a pas de  » droits catégoriels « : pas de  » droits des agriculteurs, des travailleurs, des employés, des employeurs, des vieux, des jeunes, des enfants à naître « . Il n’y a que les Droits de l’Homme, des Droits possédés par toute personne singulière et par tous les hommes en tant qu’individus.

Le Droit de Propriété et le Droit d’échanger librement qui en découle sont les seuls  » Droits économiques  » de l’Homme. Il s’agit en fait de Droits politiques, et il ne peut y avoir de  » Déclaration des droits économiques de l’homme « . Remarquez seulement que les partisans des seconds ont quasiment détruit les premiers.

Rappelez-vous que les Droits sont des principes moraux qui définissent et protègent la liberté d’action d’une personne, mais n’imposent aucune obligation aux autres hommes. Les citoyens privés ne sont pas une menace pour les Droits ou pour les libertés les uns des autres. Un citoyen privé qui a recours à la violence physique en violation des Droits des autres est un malfaiteur, et les hommes ont contre lui la protection de la loi.

Dans tous les pays et à toutes les époques, ces malfaiteurs-là ont toujours été une petite minorité, et le mal qu’ils ont fait à l’humanité est infinitésimal quand on le compare aux horreurs : bains de sang, guerres, persécutions, confiscations, famines, réduction à l’esclavage, ou destructions massives, perpétrées par les castes politiques de l’humanité. Potentiellement, un Etat est la plus grande menace qui pèse sur les Droits de l’Homme : il possède en général le monopole légal de l’usage de la force physique contre des victimes légalement désarmées. Quand son pouvoir n’est ni limité ni restreint par les Droits individuels, l’ Etat est le plus mortel ennemi des hommes. Ce n’est pas en raison de la nécessité de se protéger contre les actions privées, mais en raison de celle de se protéger contre les décisions publiques que la Déclaration des Droits a été écrite.

Considérez maintenant quel procédé se trouve utilisé pour détruire cette protection.
Le procédé consiste à attribuer aux citoyens privés d’être les auteurs de violations spécifiques du Droit que la constitution interdit aux hommes de l’Etat (et que les citoyens privés n’ont pas dans les faits le pouvoir de commettre) – ce qui permet de libérer les hommes de l’Etat de toute contrainte. Les résultats sont au présent particulièrement visibles dans le domaine de la liberté d’expression. Pendant des années, les collectivistes ont propagé l’idée que lorsqu’une personne privée refuse de financer un opposant, elle commet une  » violation de la liberté d’expression  » de cet opposant et un acte de  » censure « .

C’est de la  » censure « , prétendent-ils, lorsqu’un journal refuse d’employer ou de publier des auteurs dont les idées sont diamétralement opposées à sa politique.
C’est de la  » censure « , prétendent-ils encore lorsqu’un homme d’affaire refuse de faire publier des publicités dans un magazine qui le dénonce, l’insulte et le traîne dans la boue.

C’est de la  » censure « , prétendent-ils enfin, lorsque quelqu’un qui finance une émission de télévision proteste contre une ignominie – telle l’invitation faite à Alger Hiss de venir calomnier en direct Richard Nixon – perpétrée au cours d’une émission pour laquelle il donne son argent.
A ce propos un certain Newton N. Minow a déclaré:  » il y a la censure des indices d’écoute, celle des annonceurs, celle des chaînes, des stations associées qui refusent les programmes qu’on offre à leurs zones d’émission « . C’est le même M. Minow qui menace à présent de révoquer l’autorisation de toute station qui ne se soumettrait pas à ses conceptions des programmes, et qui prétend que cela, ce ne serait pas de la censure. Examinez les implications de tout ceci.

La  » censure  » est un terme uniquement applicable aux actions de l’Etat. Aucune action privée ne peut être énoncée comme un acte de censure. Aucun individu et aucune agence non publique ne peut réduire un homme au silence, ni réprimer une publication. Seul un Etat peut y parvenir. La liberté d’expression d’une personne privée inclut le Droit de ne pas être d’accord avec ses adversaires, de ne pas les écouter et de ne pas les financer.

Pourtant, selon la doctrine dite des  » droits économiques de l’homme « , un individu n’aurait pas le Droit de disposer de ses propres moyens matériels et de les utiliser selon ses propres convictions, mais devrait donner son argent sans discrimination à n’importe quel discoureur ou propagandiste, qui aurait ainsi un  » droit à  » … ce qui ne lui appartient pas. Cela signifie que la capacité de produire les moyens matériels nécessaires à l’expression des idées serait ce qui prive un homme du Droit de penser ce qu’il pense. Cela signifie aussi qu’un éditeur devrait publier des livres qu’il trouve mauvais, falsificateurs ou pervers, que le financier d’une émission de télévision devrait rétribuer des commentateurs qui ont choisi de s’en prendre à ses convictions. Que le propriétaire d’un journal devrait livrer ses pages éditoriales à tout jeune voyou qui fait de l’agitation pour réduire la presse à la servitude. Cela signifie donc qu’un groupe d’hommes aurait le droit illimité de faire n’importe quoi, alors qu’un autre groupe se trouverait réduit à la dépossession et à l’impuissance.

Mais comme il serait évidemment impossible de fournir à quiconque les réclame, un emploi, un micro ou les colonnes d’un journal, qui décidera de la  » distribution  » des  » droits économiques  » et choisira leurs bénéficiaires, lorsque le Droit de choisir qui appartenait aux propriétaires aura été aboli? Eh bien, cela au moins, M. Minow l’a indiqué avec beaucoup de clarté.

Et si vous faites l’erreur de croire que tout ce qui précède ne s’applique qu’aux grands possédants, il serait temps pour vous de vous rendre compte que la théorie des  » droits économiques  » implique pour n’importe quel théâtreux en mal de spectacle, pour n’importe quel poète baba, pour n’importe quel compositeur de bruits ou pour tout  » artiste  » non objectif (pourvu d’appuis politiques), le  » droit au  » soutien financier que vous aviez choisi de ne pas leur donner en n’assistant pas à leurs exhibitions. Quelle autre signification peut avoir la décision de dépenser l’argent de vos impôts pour subventionner la  » culture « ?

Ainsi, pendant que des gens se promènent la bouche pleine de ces  » droits économiques  » le concept des Droits politiques est en train de disparaître. On oublie que le Droit de libre expression désigne la liberté de prôner ses propres opinions et d’en subir les conséquences, y compris le désaccord avec les autres, leur opposition, leur hostilité et leur refus de vous soutenir. La fonction politique du Droit de libre expression est de protéger les dissidents et les minorités impopulaires contre la répression violente, non de leur garantir le soutien matériel, les avantages et les récompenses d’une popularité qu’ils n’ont rien fait pour mériter.

La Déclaration des Droits stipule :  » Le Congrès ne fera aucune loi… limitant la liberté de parole, ni celle de ta presse… « , il n’y est pas exigé des citoyens privés qu’ils fournissent un micro à l’homme qui prône leur destruction, ou un passe au voleur qui cherche à les cambrioler, ou un couteau à l’assassin qui veut leur couper la gorge.

Tel est l’état de l’un des débats les plus cruciaux du temps présent: celui où s’opposent les Droits politiques et les  » droits économiques « . Il faut choisir. Car ils sont incompatibles entre eux, et les seconds détruisent les premiers. En fait, il n’y a pas de  » droits économiques « , pas de  » droits collectifs « , pas de  » droits de l’intérêt général « . Le terme  » Droits de l’individu  » est une redondance: il n’y a pas d’autre forme de Droit et personne d’autre n’en possède.

Les partisans du capitalisme de laissez-faire sont les seuls défenseurs des Droits de l’Homme.

Ayn Rand in The Objectivist Newsletter.

Les fondements de l’objectivisme

février 15, 2007


L’homme doit choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.

Une valeur est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont, ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la rationalité, la productivité et la fierté.

Le travail productif est le but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le résultat.

La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie.

La vertu de rationalité signifie la reconnaissance et l’acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d’action. Elle signifie notre total engagement en un état d’éveil complètement conscient, le maintien d’une parfaite concentration mentale dans toutes les situations et les choix auxquels nous faisons face, et pour chacune de nos heures d’éveil. Elle signifie un engagement à la plus complète et lucide perception de la réalité qu’il nous soit possible, et au développement actif et constant de cette perception, c’est-à-dire le principe que tous nos buts, nos valeurs et nos actions s’inscrivent dans la réalité et, qu’en conséquence, aucune valeur ni aucune considération quelle qu’elle soit ne puisse l’emporter sur notre perception de la réalité. Elle signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions doivent être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Elle signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (ce qui constitue la vertu d’indépendance). Elle signifie que nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu d’intégrité) ; que nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice). Elle signifie que nous ne devons jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne doit jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devons jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devons jamais prendre de décisions, nous forger des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par dessus tout, que nous ne devons jamais tenter de laisser passer une contradiction. Elle signifie le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle, non sensorielle, non rationnelle et non définissable. Elle signifie un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente.

La vertu de la productivité est la reconnaissance du fait que le travail productif est le processus par lequel l’esprit de l’homme entretient sa vie, le processus qui libère l’homme de la nécessité de s’adapter à son environnement, comme le font les animaux, et lui donne le pouvoir d’adapter son environnement à lui-même. Le travail productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire, et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.

La vertu de la fierté est la reconnaissance du fait que « de la même manière que l’homme doit produire les biens matériels dont il a besoin pour se maintenir en vie, il doit acquérir les qualités de caractère qui rendent sa vie digne d’être maintenue ; c’est-à-dire que de la même façon que l’homme est un self-made-man dans le domaine matériel, il est un self-made-man dans le domaine spirituel » (Atlas Shrugged). L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossible à pratiquer, et en s’assurant de pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité immérité, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que ce soit l’emporter sur notre estime de soi. Et enfin, par dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

Le principe social fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même.

Ayn Rand in La vertu d’égoïsme

Les fondements de l’objectivisme (Ayn Rand)

février 15, 2007


L’homme doit choisir ses actions, ses valeurs et ses buts en fonction de la norme de ce qui convient à l’homme, de façon à accomplir, conserver, réaliser cette valeur ultime, et cette fin en soi qu’est sa propre vie, et en jouir.

Une valeur est ce pourquoi l’on entreprend une action pour acquérir et (ou) conserver quelque chose. Une vertu est l’action par laquelle on l’acquiert et (ou) la conserve. Les trois valeurs cardinales de l’éthique objectiviste sont la raison, l’intentionnalité et l’estime de soi. Ces trois valeurs sont, ensemble, à la fois le moyen de réaliser et la réalisation de cette valeur ultime qu’est notre propre vie. Leurs vertus correspondantes sont la rationalité, la productivité et la fierté.

Le travail productif est le but central de la vie d’un homme rationnel, la valeur centrale qui intègre et détermine la hiérarchie de toutes ses autres valeurs. La raison est la source, la condition préalable de son travail productif, et la fierté, le résultat.

La rationalité est la vertu fondatrice de l’homme, la source de toutes ses autres vertus. Le vice fondamental de l’homme, la source de tous ses maux, est l’acte de ne pas concentrer son esprit, de « suspendre » sa conscience, c’est-à-dire non d’être aveugle, mais de refuser de voir ; non d’être ignorant, mais de refuser de savoir. L’irrationnalité est le rejet du moyen de survie de l’homme, et, par conséquent, un engagement dans la voie de l’autodestruction. Ce qui est contre l’esprit est contre la vie.

La vertu de rationalité signifie la reconnaissance et l’acceptation de la raison comme notre seule source de connaissance, notre seul juge des valeurs et notre seul guide d’action. Elle signifie notre total engagement en un état d’éveil complètement conscient, le maintien d’une parfaite concentration mentale dans toutes les situations et les choix auxquels nous faisons face, et pour chacune de nos heures d’éveil. Elle signifie un engagement à la plus complète et lucide perception de la réalité qu’il nous soit possible, et au développement actif et constant de cette perception, c’est-à-dire le principe que tous nos buts, nos valeurs et nos actions s’inscrivent dans la réalité et, qu’en conséquence, aucune valeur ni aucune considération quelle qu’elle soit ne puisse l’emporter sur notre perception de la réalité. Elle signifie une adhésion au principe que toutes nos convictions, nos buts, nos valeurs, nos désirs et nos actions doivent être fondés sur, dérivés de, choisis et validés par un processus rationnel aussi précis et scrupuleux qu’il nous soit possible, en stricte application des lois de la logique. Elle signifie notre acceptation de la responsabilité de former nos propres jugements et de vivre du travail de notre propre esprit (ce qui constitue la vertu d’indépendance). Elle signifie que nous ne devons jamais sacrifier nos opinions aux convictions ou aux désirs irrationnels des autres (ce qui constitue la vertu d’intégrité) ; que nous ne devons jamais tenter de falsifier la réalité de quelque façon que ce soit (ce qui constitue la vertu de l’honnêteté) ; et que nous ne devons jamais chercher à nous approprier ou à nous octroyer ce que nous ne méritons pas ou ce qui ne nous revient pas de droit, que ce soit dans le domaine matériel ou spirituel (ce qui constitue la vertu de la justice). Elle signifie que nous ne devons jamais désirer d’effets sans causes, et que l’on ne doit jamais donner naissance à une cause sans assumer pleinement la responsabilité de ses effets ; que nous ne devons jamais agir comme un zombie, c’est-à-dire sans connaître nos propres buts et motifs ; que nous ne devons jamais prendre de décisions, nous forger des convictions ou nous approprier des valeurs hors contexte, c’est-à-dire sans tenir compte de la somme totale et intégrée de nos propres connaissances ; et, par dessus tout, que nous ne devons jamais tenter de laisser passer une contradiction. Elle signifie le rejet de toute forme de mysticisme, c’est-à-dire de toute prétention à une source de connaissance surnaturelle, non sensorielle, non rationnelle et non définissable. Elle signifie un engagement à user de la raison, non de manière sporadique ou en l’appliquant seulement dans certaines circonstances ou dans des cas d’urgence, mais comme une façon de vivre permanente.

La vertu de la productivité est la reconnaissance du fait que le travail productif est le processus par lequel l’esprit de l’homme entretient sa vie, le processus qui libère l’homme de la nécessité de s’adapter à son environnement, comme le font les animaux, et lui donne le pouvoir d’adapter son environnement à lui-même. Le travail productif est le chemin qui permet à l’homme de réaliser tout ce qu’il désire, et fait appel aux plus hauts attributs de son caractère : son habileté créatrice, son ambition, sa confiance en soi, son refus de se laisser abattre par les catastrophes et son dévouement à l’objectif de refaçonner la terre à l’image de ses valeurs. « Travail productif » ne signifie pas la répétition machinale des mouvements d’un travail quelconque. Il signifie le fait de choisir consciencieusement une carrière productive et de s’y adonner au meilleur de ses capacités, quel que soit le domaine d’activité rationnel, qu’il soit grand ou modeste. Ce n’est pas le degré d’habileté d’un homme ni la portée de son travail qui est éthiquement pertinent ici, mais le fait qu’il utilise ou non son esprit de la manière la plus complète et la plus réfléchie possible.

La vertu de la fierté est la reconnaissance du fait que « de la même manière que l’homme doit produire les biens matériels dont il a besoin pour se maintenir en vie, il doit acquérir les qualités de caractère qui rendent sa vie digne d’être maintenue ; c’est-à-dire que de la même façon que l’homme est un self-made-man dans le domaine matériel, il est un self-made-man dans le domaine spirituel » (Atlas Shrugged). L’expression « ambition morale » est la meilleure façon de désigner la vertu de fierté. Cela signifie que l’on doit mériter le droit de se considérer soi-même comme notre plus grande valeur en réalisant notre propre perfection morale, c’est-à-dire en refusant d’accepter tout code fondé sur des vertus irrationnelles qui seraient impossible à pratiquer, et en s’assurant de pratiquer celles qui le sont, en refusant toute culpabilité immérité, en ne s’y exposant pas et en corrigeant promptement celle que l’on aurait pu mériter, en ne se résignant jamais passivement aux défauts de notre caractère, et en ne laissant jamais quelque inquiétude, caprice, crainte ou humeur momentanée que ce soit l’emporter sur notre estime de soi. Et enfin, par dessus tout, la perfection morale s’accomplit en refusant de jouer le rôle d’un animal sacrificiel et en refusant toute doctrine qui prêche l’auto-immolation comme une vertu ou un devoir moral.

Le principe social fondamental de l’éthique objectiviste est que tout comme la vie est une fin en soi, chaque être humain vivant est une fin en lui-même, non le moyen pour les fins ou le bien-être des autres. Ainsi, l’homme doit vivre pour son propre intérêt, ne sacrifiant ni lui-même aux autres, ni les autres à lui-même.

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