Le Communisme du XXIe siècle (Renaud Camus)

A lire chez nos camarades de « Sur le Ring », revue littéraire de référence, ici:

Une bonne chose qui restera de la pénible « affaire Finkielkraut », c’est l’heureuse expression de Finkielkraut lui-même selon laquelle l’antiracisme serait – sera, est déjà, sans doute – «le communisme du XXIe siècle». Cette métaphore polémique je la trouve pour ma part extrêmement éclairante et féconde, et j’en suis très reconnaissant à son auteur, comme de nombreux autres bienfaits.

Que comparaison ne soit pas raison, maintenant… Un de mes amis prétend être le seul usager de la langue française à savoir encore ce que veut dire le verbe comparer ; et il s’insurge chaque fois contre la tournure « on ne peut pas comparer ceci et cela ». À son avis, on peut tout comparer, puisque comparer n’est en aucune façon assimiler. Je doute fort que Finkielkraut ait voulu dire que l’antiracisme est à présent, pour nous, la même chose exactement que ce qu’était le communisme au siècle dernier. Son idée, si je puis présumer d’en juger, c’est plutôt que l’antiracisme, par rapport à notre XXIe siècle, est dans la même situation que l’était le communisme par rapport au XXe siècle ; qu’il joue le même rôle ; que sa fonction historique est semblable ; que son influence, ses capacités d’action, sa prégnance parmi les discours et dans le profond des consciences, sont du même ordre de grandeur.

Une première différence, toutefois, et elle est de taille, c’est que l’antiracisme, qu’on sache, n’a pas de goulag. Et si l’on a pu parler, assez légitimement à mon sens, de l’espèce de terreur qu’il faisait régner, cette terreur, il faut le reconnaître, n’emprisonne que rarement (et pas toujours à tort, d’ailleurs), elle ne torture pas, à ma connaissance, et jusqu’à présent elle n’a tué qu’assez peu de monde, sauf en quelques justes guerres. En revanche elle détruit des vies, comme l’autre, elle brise des carrières, elle met des existences entières sous le boisseau : existences d’individus, bien sûr, et cela en grande quantité ; existences de peuples, aussi bien.

On pourrait dire que le communisme a été au pouvoir, qu’il a été le nom de certains régimes, du système en place en de nombreux États ; et que ce n’est pas le cas de l’antiracisme. On pourrait dire le contraire exactement, avec autant de pertinence si ce n’est davantage. Je ne sache pas, c’est vrai, qu’il y ait de régimes qui pour toute raison sociale se proclament antiracistes dans leur intitulé même ; mais l’immense majorité des régimes existants se présentent néanmoins comme tels, antiracistes, même s’ils ne le sont pas toujours – après tout les régimes communistes, eux aussi, n’avaient souvent de communiste que le nom. Et l’antiracisme est hautement revendiqué par toutes les institutions internationales à caractère planétaire, qui l’ont inscrit noir sur blanc au fronton de leurs temples et dans leurs textes fondamentaux, de sorte qu’il dit le droit sous lequel nous vivons tous, plus ou moins directement, que tous les États de la terre lui sont soumis, en théorie, et qu’il n’est pas jusqu’à la Suisse qui ne se puisse voir tancée en son nom, comme on le constate aujourd’hui même. Le communisme, heureusement, n’est jamais parvenu à s’imposer à pareille échelle. Entre les deux parties à notre comparaison les états de service ne sont pas tout à fait de même nature, sans doute, mais ils sont de retentissement et de poids tout à fait approchants.

Dans le tableau balancé auquel j’essaie de me livrer, tout est une question d’échelle, justement. Tout dépend du niveau auquel on se situe. Si l’on choisit de se placer au niveau de la France, par exemple, on observe que le communisme n’a jamais gouverné ce pays, tandis que l’antiracisme, au contraire, s’y trouve depuis plusieurs décennies aux affaires ; mieux, il y est une espèce de religion d’État, le plus sacré et pratiquement le seul, le dernier, de tous les dogmes institués, l’ultime objet de la transmission scolaire, celui auquel on s’accroche entre tous alors que la plupart des autres se sont depuis longtemps perdus en chemin.

Certes le communisme, même dans notre pays que jamais il n’a gouverné seul, fut un appareil très puissant, capable de prendre en main, du berceau à la tombe, le destin de centaines de milliers d’individus ; mais cela seulement en de certaines municipalités, et dans les larges zones qu’ensemble constituaient ces communes souvent attenantes. L’antiracisme, lui, tient très officiellement en main la République elle-même à chacun de ses paliers de décision, et en toute occasion elle se targue hautement de lui être soumise. Il est une formidable machine à pourvoir des places, des sièges, des pensions, des honneurs et des sinécures. D’une part il ne tient qu’à lui de hâter les carrières et de distribuer des avantages, des prébendes, des chaires, des postes, des fauteuils, des subventions, des jetons de présence, des expositions, des publications et des candidatures « en situation éligible » : cela bien plus que ne fut jamais capable de le faire le communisme, qui ***** n’avait pas la maîtrise, à pareille échelle, de semblables leviers de commande. D’autre part il a tout loisir, et il ne s’en prive pas, d’exclure, de briser à tort ou à raison, de prodiguer menaces et sanctions, d’écarter les suspects, d’autoriser et d’encourager les chasses en meute, de bénir les exécutions.

Le communisme disposait d’un ou deux journaux, de quelques revues influentes mais à la diffusion étroite, de deux ou trois maisons d’éditions, jamais bien vaillantes ; l’antiracisme, lui, règne sur toute la presse sans une seule exception honorable, sur tous les médias, sur toute l’édition courante.

Élément capital, les tribunaux lui sont tout dévoués – ce qu’ils ne furent jamais au communisme-, et jugent entièrement selon ses préceptes, pour ne pas dire ses instructions.

Un point commun essentiel, commun au moins diachroniquement, c’est que ces deux idéologies, au moins à l’orée de leurs époques respectives de plus grande extension, se présentent l’une et l’autre comme éminemment sympathiques, au point de pouvoir passer bien plus pour des morales que pour des idéologies. Mieux, elles ont pu passer toutes les deux – mais l’antiracisme bien plus encore et avec beaucoup plus de force de conviction que le communisme – pour détentrices exclusives de la force morale, objet celle-ci d’une véritable confusion avec elles, d’une coïncidence rigoureuse avec leurs discours et leurs positions. C’est un aspect capital, dans un cas comme dans l’autre : il leur permet en effet d’avoir non pas des adversaires, avec lesquels on peut débattre calmement, mais seulement des ennemis irréconciliables, qu’on ne peut souhaiter que d’abattre. Conséquence inattendue, il leur en échoit – mais encore une fois à l’antiracisme bien plus qu’au défunt communisme – une sorte de monopole de la haine, un droit exclusif à l’exécration vomitoire : passions que par tradition interne elles dénoncent incessamment chez leurs opposants (ou chez ceux qu’elles choisissent de considérer comme tels), mais qui avec le temps les ravagent elles-mêmes bien plus qu’elles ne font ces derniers.

«Tout anticommuniste est un chien», selon la parole fameuse. Tout anti-antiraciste est un pitbull, un pis que chien, un moins que chien, une hyène, une larve, la Bête immonde.

L’anticommuniste était un monstre parce que d’un c½ur léger il s’accommodait de la misère du peuple et profitait de son exploitation. Il n’avait pas l’intention de lever le petit doigt pour mettre fin à l’injustice sociale, sur laquelle reposait le pouvoir de sa classe ou sa propre jouissance, sinon les deux. Mieux, ou pis, il luttait pour que cette injustice se perpétue. De toute évidence ne pouvaient l’inspirer que la soif du mal, la méchanceté pure, le désir de nuire, la délectation infâme au malheur et à l’humiliation d’autrui – au mieux un criminel aveuglement, une inconscience répugnante, mortelle pour les autres, et dont on ne pouvait qu’espérer qu’elle finirait par être mortelle également pour lui-même.

S’agissant de l’anti-antiraciste c’est encore plus simple, encore plus net, encore plus abject. Il faut dire d’abord qu’il n’est pas anti-antiraciste, évidemment : ce serait lui faire bien trop d’honneur que de le nommer de la sorte ; il est tout simplement raciste. Et bien sûr, à quelques rares exceptions près (âmes perdues qui n’ont plus rien à perdre), personne ne veut être raciste – de sorte que l’antiracisme n’a pour ainsi dire pas d’ennemis qui aient le front de s’assumer comme tels. Aussi a-t-il l’habitude, comme jadis le communisme, surtout le communisme au pouvoir (en particulier dans les démocraties populaires) de considérer comme adversaires, par défaut (car il a grand besoin d’adversaires, qui sont sa nourriture même), tous ceux qui, à son gré, ne donnent pas suffisamment de témoignages et de preuves d’enthousiaste adhésion à ses thèses. L’ennui est qu’il faut sans cesse augmenter les doses ; d’où cette impression de discours somnanbule, que donne le babil national, et qui amuse si fort à l’étranger, sauf nos amis, qu’il désole : on croirait que tout l’esprit de la défunte récitation d’enseignement primaire est venu se réfugier là.

Mais il faut s’arrêter un instant sur ce tour de passe-passe terminologique qui, des anti-antiracistes, des adversaires de l’antiracisme, ou de ceux qui se trouvent simplement avoir quelques objections à formuler à l’égard de la domination idéologique et matérielle de l’antiracisme, fait automatiquement, et tout à fait contre leur gré, et contre leurs convictions, des racistes. Ce tour de passe-passe est l’un des secrets du pouvoir antiraciste – lequel, grâce à cette man½uvre discrète, ne saurait avoir pour opposants, ce qui lui facilite bien les choses, que des êtres absolument abjects, ou qui le deviennent aussitôt qu’ils s’opposent à lui.

Il se peut qu’ils le soient vraiment, d’ailleurs. Il se peut que leur liberté soit à ce prix – une sorte de sous-produit de leur abjection. Ainsi la répression sexuelle, quand elle était au sommet de puissance, n’a eu longtemps pour opposants véritables que des êtres « perdus de m½urs », comme on disait, qui, s’ils osaient la défier, c’était pour la seule raison qu’ils ne couraient aucun risque de tomber plus bas qu’ils n’étaient déjà, ayant abdiqué toute morale avec toute dignité. On ne savait pas s’ils étaient sexuellement libres parce qu’ils étaient voleurs, menteurs, traîtres, délateurs ou assassins, ou s’ils étaient tout cela parce qu’ils étaient homosexuels, adultères, pervers, pédophiles, échangistes de masse ou stakhanovistes du plaisir. Eux-mêmes, s’étant accordés la liberté de mener leur vie sexuelle comme ils entendaient la mener, estimaient avoir, ce faisant, franchi la barrière morale du bien et du mal, et confondaient l’exercice de leur liberté conquise, qui ne l’avait été que par leur faiblesse, avec leurs autres turpitudes. C’est de pareille façon que trop souvent il n’y a, pour s’opposer ouvertement à l’antiracisme, et tout à fait comme il le dit lui-même, que des racistes. Tant qu’il en est ainsi, lui n’a rien à craindre.

Le pouvoir de l’antiracisme est absolument inébranlable en effet tant qu’il n’y a pour le contester que les racistes : c’est à peu près comme si la répression sexuelle n’avait eu en face d’elle, pour s’opposer à son règne, à son principe et à ses abus, que les violeurs d’enfants. L’antiracisme est d’ailleurs parfaitement conscient de cette donnée-là, et c’est pourquoi il n’a rien de plus pressé, toujours, que de traiter de raciste quiconque lui présente la moindre objection, ou lui pose une question qui l’embarrasse ou lui déplaît.

L’opposition des racistes, des vrais – antisémites véritables (de gauche ou de droite), néo-nazis, négationnistes ou champions boutonneux de la suprématie blanche -, à l’égard de l’emprise antiraciste sur l’ensemble de la société, ne fait que renforcer cette emprise, car elle en souligne la nécessité et elle offre de solides prétextes, et même de véritables motifs, à la consolider sans cesse.

On voudra bien m’excuser mais je ne vois guère que ce que j’ai appelé ailleurs la bathmologie, « science (barthésienne) des niveaux de langage », qui puisse permettre de trouver une issue à ce tête à tête fatal, racisme / antiracisme, en permettant de passer du deux au trois, et en établissant clairement que tout ce qui s’élève contre l’antiracisme, ou contre les abus de son pouvoir, ne saurait être mis dans un unique sac. Racisme et anti-antiracisme ont beau occuper parfois la même situation structurelle par rapport à l’antiracisme, ils ne l’occupent pas au même niveau de la spirale du sens, et ne sauraient en aucune façon être confondus. Il y a même beaucoup plus loin de l’un à l’autre (le double) qu’il n’y a de chacun d’eux à l’antiracisme. Et c’est uniquement en passant par l’antiracisme qu’on pourrait faire, mais à quoi bon, le chemin qui les sépare. Or, justement, tout mettre dans le même sac, c’est ce à quoi l’antiracisme excelle par-dessus tout. Et il ne serait pas étonnant que seule une approche langagière, sémantique, sémiotique, parvienne à débrouiller ce qui est avant tout un embarras de langage, savamment entretenu sinon délibérément crée.

Les mots, dans ce domaine, ont des sens si retors et si flous, et en général tellement abusifs, que rien n’est plus facile que de leur faire dire ce que l’on veut qu’ils disent et de les faire servir à toutes les tyrannies, quitte à déguiser celles-ci bien sûr – mais c’est l’enfance de l’art – en contre-tyrannies.

Racisme, c’était à l’origine la tare, éminemment répréhensible moralement, bien avant même que de l’être idéologiquement et politiquement, qui pousse à confondre les individus avec le groupe auquel ils appartiennent par la naissance, à les réduire à cette appartenance et à exercer contre eux violence ou injustice s’il se trouve qu’on croie avoir quelque chose à reprocher au groupe en question. Le racisme est une action violente, une opinion violente, dans les deux cas une agression. Et tant que le racisme n’est que cela, cette tare-là ou ce méfait-là, l’antiracisme est absolument incriticable, et l’on ne peut rien lui opposer parce qu’il n’y a rien à lui opposer.

Mais précisément : puisque l’ignominie incontestable du racisme fonde l’invulnérabilité et même, si l’on ose dire, l’incriticabilité de l’antiracisme, celui-ci, dès lors que n’étant plus seulement une active indignation morale et politique il est devenu une idéologie, un dogme, un pouvoir, un instrument de pouvoir et presque une industrie (c’est l’un des plus gros employeurs de France, il ne faut pas l’oublier), a tout intérêt à augmenter indéfiniment ce qu’il (lui) convient de ranger sous la dénomination de racisme. Et Dieu sait qu’il ne s’en est pas privé. Dés lors est devenu racisme à peu près tout – tout ce qui déplaisait à l’antiracisme, le gênait ou seulement l’agaçait. Au lieu que l’antiracisme se définisse par rapport à quelque chose de stable et de préexistant, de moralement et intellectuellement bien circonscrit dont il serait si l’on ose dire l' »antité », c’est le racisme, au contraire, qui est défini par rapport à l’antiracisme et par ses soins – est raciste, aussitôt, tout ce dont l’antiracisme décide que ce l’est, à commencer bien sûr par tout ce qui se permet de contester son pouvoir.

Il faut dire que l’ambiguïté sur le racisme, l’aptitude conférée à ce mot de vouloir dire tout et n’importe quoi, n’est qu’une ambiguïté de deuxième ligne, une amphibologie de deuxième couche, le deuxième mur de défense de l’antiracisme. La première couche d’ambiguïté, plus en avant, porte sur le mot race, qui lui, au contraire du mot racisme (objet de l’extension sémantique indéfinie et illimitée qu’on vient de rappeler) a subi un colossal rétrécissement de l’énorme spectre de sens qu’il avait en langue classique : en lui l’antiracisme, pour le maudire plus à son aise, affecte de n’entendre plus, très curieusement, que la signification que lui ont donnée les vrais racistes, une signification absurde, pseudo-scientifique et qui n’a jamais représenté qu’un centième, le plus sinistre, soit, et le plus bête, de tout ce qu’on a pu vouloir dire à travers les âges par ces quatre lettres très utiles – aussi avons-nous appris, contraints et forcés, à en faire notre deuil comme de tant d’autres choses.

Ces deux ambiguïtés en tenaille acérée, sur racisme et sur race, ont permis à l’antiracisme de bannir de la parole, des conversations, des journaux, de tous les médias, du discours politique mais d’abord, et c’est le plus grave, de la perception même qu’on peut avoir du monde, tout ce qui relève, non seulement des races, au sens large et à l’absurde sens étroit, mais des ethnies, des peuples, des cultures, des religions en tant que groupes ou que masses d’individus, des civilisations en tant que collectivités héréditaires, des origines et même des nationalités dans la mesure où ces nationalités prétendraient être autre chose qu’une pure appartenance administrative, une convention, une création continue. L’homme de l’antiracisme est nu devant le sort, il ne vient de nulle part, aucun passé ne le protège. Il commence à lui-même, à lui-même maintenant. Sur une planète idéalement sans frontière, sans distinctions d’aucune sorte et sans nuances, c’est un voyageur sans bagage, un pauvre diable. À tout instant il se fonde comme il peut, en une sorte de gâtisme du commencement perpétuel, d’infantilisme institué, de puérilité (star-) académique. L’appartenance, dès lors qu’elle n’est pas convention pure (les fameux « papiers »), est perçue et donnée seulement comme une charge, une tare, un poids mort, un encombrant fardeau dont il convient de se débarrasser au plus vite, un héritage maudit.

Ce sont des pans entiers de la connaissance, de la culture, du savoir accumulé de l’espèce, qui sont ainsi récusés, mis à bas, enterrés. Plus gravement encore, ce sont des pans entiers de l’expérience, de l’actualité bien sûr, mais plus directement de l’expérience quotidienne de vivre, de bouger, d’habiter la terre et d’habiter la ville, d’éprouver ce qui arrive quand on descend dans la rue, quand on prend l’autobus ou le métro, ne parlons même pas des désormais sinistres trains, des pans entiers du temps, des pans entiers du regard, des pans entiers de la tactilité d’exister, dont par convention il sera convenu, sous peine des plus graves châtiments, qu’ils n’existent pas, qu’on ne les ressent pas, qu’on ne les voit pas même s’ils vous crèvent les yeux (parfois presque littéralement) – que tout cela c’est dans votre tête, dans votre mauvaise tête.

Sans doute n’est-ce pas un hasard si l’une des scies les plus pesantes du moment, aussi oppressantes que l’auto-destructif et pourtant increvable c’est vrai que, est l’immarcescible et cocasse on va dire. On va dire indeed ! Nous vivons sous le signe de l’on va dire. On va dire que le niveau monte, on va dire que la France est l’un des pays où l’immigration est le plus faible, on va dire que la proportion d’étrangers n’a pas bougé depuis un demi-siècle (encore qu’il faille observer une petite diminution ces dernières années). On va dire qu’il n’y a aucune surdélinquance des « jeunes issus de l’immigration », on va dire que contrairement à ce que croient les gens des études précises montrent que les « nouveaux Français » ne font absolument pas plus d’enfants que les autres, on va dire que faut h’arrêter de dire tout l’temps qu’y a plus d’violence aujourd’hui qu’y a cinquante ans. On va dire que la France a toujours été un pays d’immigration, que ce sont surtout les étrangers qui ont fait l’art français, et que notre pays c’est surtout une idée, une idée universelle – c’est ça qu’i faut bien voir. Et puis d’abord cékoi, pour vous, un étranger ? Comme les affiches de Pétain, mais en montrant cette fois un malheureux tout juste échappé des centres de rétention de Roissy, l’antiracisme vous met au défi de répondre oui à la question :

«Êtes-vous plus français que lui ? »

Ouh là là… On s’en garderait bien !

On va dire que non. Personne n’est plus français que personne.

Et de même qu’avec c’est vrai que… commence à siffler, pour les oreilles un peu sensibles, l’avertissement sonore qui prévient que la vérité, dans les parages, court de sérieux dangers de se faire étriller ou qu’elle marche déjà sur des béquilles, une jambe dans le plâtre et un bras en écharpe, de même, par on va dire, s’annonce discrètement l’accumulation gigantesque et sans cesse augmentant de l’on va pas dire. C’est peut-être par la que le régime antiraciste ressemble le plus aux anciens régimes communistes. Cette fois je parle de régimes parce que l’exemple français, où le communisme ne fut jamais un régime, sauf peut-être dans la ceinture rouge (devenue aujourd’hui ceinture verte, mais pas au sens écologiste), l’exemple français, dis-je, ne suffit pas à la comparaison, qu’il faut aller chercher en Union soviétique ou dans ses ex-satellites du « Bloc de l’Est ». Bien sûr, chez nous, L’Humanité du temps de MM. Waldeck Rochet ou Roland Leroy faisait rire par la prodigieuse efficacité du filtre auquel elle soumettait l’actualité avant de la laisser parvenir jusqu’à ses pages ; et par l’énorme masse de « contre-vérité », pour parler comme Georges Marchais, qu’elle faisait peser sur la réalité. Mais cette masse-là, pour vivre sous son ombre obnubilante, il fallait aller s’y placer volontairement, ne serait-ce qu’en achetant le journal ou en suivant les directives du parti. Les ultimes communistes d’aujourd’hui ont beau dire de beaucoup de choses qu’ils ne savaient pas, pour ne pas savoir il fallait vraiment qu’ils se donnassent beaucoup de mal (un mal qu’ils s’infligeaient d’un c½ur ardemment militant, certes) : il y avait en France une nombreuse presse non-communiste, à l’époque. Aujourd’hui, à l’exception piteuse de trois ou quatre feuilles de chou racistes, il n’y a pas de presse non-antiraciste, ne parlons même pas d’anti-antiracisme. C’est pourquoi c’est plutôt dans l’ex-bloc soviétique qu’il nous faut aller chercher nos parangons. Si, comme je le crois avec Finkielkraut, l’antiracisme est bien le communisme du XXIe siècle, c’est au communisme au pouvoir qu’il ressemble le plus, au communisme d’outre-rideau de fer ; pas au petit communisme pour rire auquel il a succédé dans ses plus puissantes forteresses et ses principales zones d’application pratique (mais c’est pour les mettre sens dessus dessous).

Je ne suis pas loin de penser, même, que pour ce qui est de l' »information », comme on dit par antiphrase, l’antiracisme à la française l’emporte haut la main, en maîtrise globale de la situation, en art de boucher toutes les issues, en omniprésence et en permanence dans l’action oblitératrice et euphémisante, sur le communisme à la soviétique. Après tout les Russes de Staline ni même ceux de Brejnev ou d’Andropov ne disposaient pas de nos ubiquiteux téléviseurs ; et la télévision est le principal instrument du pouvoir antiraciste, qui à travers elle peut diffuser ses dogmes et transmettre son insistante Weltanschauung trois heures et demie par jour en moyenne pour chaque Français. Il aurait tort de n’en faire usage qu’au moment des nouvelles, même si c’est alors que les séances d’endoctrinement perpétuel sont le plus concentrées. Pas un instant il ne laisse se relâcher son emprise sur le médium, et donc sur la population. Jeux, divertissements, reportages, variétés, talk-show, pas une seconde il n’est laissé loisir au téléspectateur d’oublier la réalité, non pas sans doute la réalité telle qu’elle est réellement, mais la réalité de son assujettissement, la réalité telle qu’elle devrait être, et telle qu’elle sera bientôt, dans un monde meilleur, où lui-même sera meilleur, encore plus antiraciste, encore plus amoureux du métissage multiculturaliste, encore plus impatient de la fusion universelle – un homme nouveau.

C’est sur les infortunés téléfilms que pèse sans doute le plus contraignant cahier des charges, au point qu’on n’a même plus le c½ur à se moquer, et qu’on est contraint d’admirer, navré, les pauvres réalisateurs, qui arrivent encore à faire semblant de raconter un semblant d’histoire, alors qu’on sent bien qu’à chaque scène, à chaque plan, à chaque réplique, ils sont tenus de faire ce qu’il faut faire, de dire et de faire dire ce qu’il faut dire, pour que la saine doctrine antiraciste soit ancrée plus profond dans les esprits, dans les réflexes, dans les angoisses et dans les coeurs. En de pareilles conditions, se plaindre d’un défaut de créativité serait vraiment malvenu. Il est déjà miraculeux qu’apparence d' »½uvre » il y ait.

L’antiracisme ne se contente pas de nous montrer des images et de les commenter pour nous – images et commentaires qui sont autant d’offuscations méthodiques du réel -, il fait de nous des images et nous filme en tout temps et en tout lieu. Ni le communisme au plus fort de son règne ni les pires projections et cauchemars orwelliens n’avaient imaginé que tout un chacun puisse être observé en chacun de ces mouvements à toutes les heures du jour et de la nuit, dans les magasins, dans les banques, sur les trottoirs, sur les quais de gare, dans les trains, dans les autobus, dans les cours d’école, sur les routes et partout. On dira que ce n’est pas l’antiracisme en lui-même qui procède progressivement, et de plus en plus rapidement, à cette mise en observation policière systématique du monde. Non, ce n’est pas l’antiracisme en tant que tel : c’est un pouvoir dont l’antiracisme est le premier des dogmes, et qui est amené à pareilles mesures par le type de société que l’antiracisme a créé, société sans pacte social, sans covenant hobbessien, sans convention d’in-nocence, sans philadelphisme aucun, où donc la violence est prête à sourdre à tout moment.

Ce pouvoir, très habilement, tire argument des objections qui lui sont apportées, des doléances qui lui sont soumises, des maux dont il est responsable, pour renforcer son propre pouvoir, pour se renforcer en tant que pouvoir.

«Vous avez peur, dit-il, vous trouvez que vous n’êtes pas en sécurité ? Vous dites qu’il y a maintenant des attaques dans les trains, qu’il y a des attaques dans les couloirs du métro, que vous n’osez pas rentrer chez vous ni en sortir, que votre escalier n’est pas sûr, qu’il y a de plus en plus de quartiers où vous n’osez pas vous rendre, de regards que vous n’osez pas croiser, d’heures où vous n’osez pas vivre, de trottoirs dont vous devez descendre en baissant les yeux ? Je vous entends, je vous comprends, vous pouvez vous confier à moi. Nous allons vous donner plus de police, nous allons mettre des policiers dans les trains, nous allons mettre des policiers en beaucoup plus grand nombre dans les métros, nous allons mettre des policiers dans les gares, dans les aéroports, dans les rues, dans les salles de spectacle, dans les magasins, là où c’est dangereux parce qu’il y a du monde, là où c’est dangereux parce qu’il n’y a personne, à l’entrée des lycées et collèges, dans les cours des lycées et collèges, le long de leurs couloirs, dans les salles de classe s’il le faut, dans les amphithéâtres, dans les laboratoires, dans les bureaux de poste, partout, partout, partout, partout où y aura b’soin, vous inquiétez pas. Moi j’dis c’est pas normal qu’les Français Ysé peur. Moi j’suis là pour vous rassurez. On va mettre des policiers partout et des caméras à tous les coins de rue, à tous les coins de campagne, à tous les coins de cage d’escalier. N’ayez pas peur, votez pour nous, on va pas vous abandonner : s’il le faut la moitié de la population surveillera l’autre, et vice-versa.»

Sans doute, sans doute, tout cela est bel et bon, mais vous ne comprenez pas très bien à quoi sert toute cette belle police qu’on vous annonce, quel ordre elle soutient et quel pouvoir elle renforce. Pas le vôtre, en tout cas, ni votre bien-être, ni votre sentiment de sécurité ou de justice : car chaque fois que vous vous êtes adressés à elle, au temps où vous croyiez encore un peu qu’elle était là pour vous défendre, elle vous a dit en substance exactement la même chose que votre télévision, que vos radios, que vos journaux et que vos hommes politiques : à savoir que vous rêviez, que vous aviez rêvé, que vous étiez fatigué et que vous exagériez, qu’il fallait voir les choses de plus haut et de plus loin, qu’on espérait que vous étiez capable, allons, tout de même, de voir les choses autrement que par le petit bout de la lorgnette, que la loi était la loi et que là on pouvait rien faire, qu’au moins si vous aviez eu des témoins qui acceptent de témoigner, que bien sûr vous pouvez porter plainte si vous y tenez absolument et si ça peut vous soulager quelque part, mais vous devez bien savoir que ça risque de vous valoir pas mal d’ennuis, ben oui forcément quand même, et pi ça coûte cher, et pi ça dure longtemps, et est-ce que vous êtes bien sûr que vous voulez vous lancer là d’dans rien que pour vous faire plaisir deux minutes, en somme ? Là d’toute façon je vois ça va pas h’êt’ possible, il est trop tôt, il est trop tard, vous ne vous êtes pas adressé où vous auriez dû, vous n’avez pas suivi la bonne procédure, et est-ce que vous êtes bien sûr mais alors sûr à cent pour cent que vous les aviez pas un peu provoqués ces jeunes il faut les comprendre avec le chômage et le racisme et les contrôles policiers pas d’infrastructures et tout ?

De toute façon, ça na jamais été votre idéal de société, des policiers et toujours plus de policiers, des caméras et toujours plus de caméras. Ce n’est pas du tout cela que vous demandez. On vous aura mal compris. Non, vous ce que vous auriez aimé vous c’est … (un peu comme avant, quoi…)

Mais je sens bien et vous savez aussi que vous feriez mieux de ne pas trop expliquer, dans votre propre intérêt, ce que vous auriez aimé – vous allez vous mettre dans votre tort. Toutes ces pharamineuses forces de sécurité dont on vient de vous expliquer le détail prometteur, c’est sur vous qu’elle vont s’abattre en premier, si vous continuez avec vos histoires d’avant, d’avant quoi d’abord?. L’antiracisme a autre chose à faire que de vous écouter, dans votre intérêt il est là pour ne pas vous entendre. Au mieux, s’il est dans l’un de ses bons jours, il essaiera de vous expliquer ce que vous voulez dire vraiment, et que vous n’avez pas les moyens de bien comprendre, parce que vous êtes trop près du théâtre des opérations, c’est çà qui vous empêche de bien voir les choses objectivement et calmement. Il vous traduira en vous-même. Peut-être même vous dépêchera-t-il à cet effet un de ses journalistes, voire, si votre cas le mérite, un de ses sociologues bien-aimés. Les sociologues sont les enfants chéris du régime. Ils vous expliqueront ce qui vous est arrivé. Eux sont capables de traduire tout en n’importe quoi et l’inverse, avec des chiffres imparables et de jolis tableaux, qui vous permettront de comprendre à tête reposée en quoi vous avez tort et pourquoi ce qu’il convient de faire, à l’échelle de la ville, de la Ville, du pays tout entier, c’est plus de ce qu’on a déjà fait, mais mieux, en y mettant cette fois beaucoup plus de moyens, et une vraie volonté politique d’aboutir.

La sociologie est à l’antiracisme ce que la biologie lyssenkiste fut en son temps au communisme. Mais l’on juge bien à ce seul rapprochement que le régime antiraciste est bien autre chose que l’étriqué régime soviétique : il est une vraie conception du monde, globale, totalisante et sans retour, capable de régir tous les aspects de votre existence, et de les connaître bien mieux que vous ne sauriez faire. La biologie est bien belle, mais enfin elle ne sort guère des discussions de savants et des amphithéâtres, en général, et ce n’est qu’indirectement qu’elle influe sur votre existence. La sociologie c’est bien autre chose. Non seulement elle peut décrire à ses maîtres le monde qu’ils veulent qui existe (assez sombre, à cause des méchants, mais réformable si on y met les moyens, et une vraie volonté politique d’aboutir), mais elle peut fournir tout le travail de secrétariat, préparer des lois, quadriller le terrain, rabattre le caquet des non-professionnels de la vie : il suffit de lui demander des rapports – pour les rapports, elle est encore meilleure que la police.

Si la sociologie est la science triomphale du régime, c’est d’une part parce qu’elle est la reine des « sciences humaines », ainsi nommées comme si l’humanité était une science plutôt qu’une espèce, une éprouvette plutôt qu’une vertu (et les humanités un gros recueil de statistiques) ; mais aussi parce qu’autour d’elle s’est effondré tout de ce qu’à tort ou à raison on appela un moment la culture.

C’est l’½uf de Colomb. Et ce n’est pas moi qui saurais dire si l’effondrement de la culture a pour cause l’antiracisme (ce qu’il est convenu d’appeler ici l’antiracisme, la société métissolâtre où nous vivons, et qui n’a pas plus à voir, faut-il le dire, avec l’étymologie de son nom que la pédophilie avec celle du sien) ; ou bien si c’est l’effondrement de la culture, au contraire, qui a entraîné le triomphe de l’antiracisme. Les deux thèses peuvent se soutenir aussi facilement l’une que l’autre. Tout ce que l’on peut observer avec certitude – et qu’on ne saurait trop souligner -, c’est la coïncidence chronologique des deux phénomènes.

Je ne crois pas pour ma part à une conspiration. Je ne crois pas, par exemple, que d’aucuns, à seule fin d’instaurer ou de laisser s’instaurer la société antiraciste, aient voulu consciemment la mort de la culture, et organisé délibérément son trépas – par exemple en détruisant le système éducatif, et en abandonnant à la télévision la bien nommée in-formation des cerveaux, avec son camembert de part de marchés disponibles. Non, je ne crois pas cela. Je ne crois à rien d’aussi soigneusement arrêté. Je crois plutôt, hélas, à d’obscurs mouvements au tréfonds de l’espèce, soumis aux lois même de la tragédie, à commencer par la première d’entre elles, qui veut que soient exaucés les civilisations et les hommes dont la perte est écrite – ainsi on a voulu que l’éducation soient égalitaire : c’est fait, personne n’apprend plus rien.

Ce que je sais en revanche, mais avec certitude, c’est qu’une culture vivante, au sens plein du terme, ne se serait jamais accommodée du triomphe de l’antiracisme, au sens et dans la consistance qu’il a revêtus parmi nous. Un peuple qui sait ce qu’il est – disons «qui connaît ses classiques», pour aller vite -, n’accepte pas de mourir parce qu’on le lui demande, ne consent pas à disparaître pour renaître vidé de lui-même, ne se résigne pas sans résistance à se fondre dans une masse violente, certes, mais officiellement indifférenciée, qui de lui ne conserve un moment que le nom, et ce n’est qu’une humiliation de plus. Un peuple qui sait sa langue, qui connaît sa littérature, qui se souvient de sa civilisation et qui garde en son sein une classe cultivée, des élites (mais certes pas dans la pitoyable acception que les nouveaux maîtres ont donné à ce mot), un tel peuple ne se laisse pas mener à l’abattoir sans se révolter, ni même ne se laisse expliquer sans broncher qu’il n’est pas un peuple, et qu’il n’en a jamais été un («Et d’abord c’est quoi, pour vous, « un peuple » ? Vous pouvez nous expliquer exactement ce que vous voulez dire par là?» Aïe aïe aïe aïe…).

L’organisation de l’ignorance, l’enseignement de l’oubli, l’ensauvagement scolaire, l’imbécilisation cathodique étaient absolument indispensables, une condition préalable sine qua non, à l’instauration de la société antiraciste telle que nous la voyons prospérer tristement sous nos yeux. Mais encore une fois je ne prétends nullement que les pionniers et les champions de l’antiracisme ont consciemment désiré cet oubli et cette déculturation, ni mis en place avec méthode cet ensauvagement benêt. Sans doute ont-ils profité d’une heureuse coïncidence historique, voilà tout. On aurait bien tort de juger d’eux, d’ailleurs, par les piteux automates qu’on voit à présent s’agiter sous la même appellation, avec leurs gestes de pantins quand on appuie au bon moment sur le bouton qu’il faut, leurs réponses de catéchisme à toutes les questions qu’on leur pose, et leur pauvre langage arthritique, tout en chevilles douloureuses et autres articulations rouillées, semblable aux fiches perforées de la mécanographie proto-informatique, ou bien aux bandes trouées des pianos de bastringue. Non, rien à voir : comme les pionniers du communisme, les pionniers de l’antiracisme étaient souvent des hommes et des femmes de grande intelligence, animés des plus hautes intentions morales. D’ailleurs, ajouterais-je avec une vanité mélancolique, ne comptions-nous pas nous-mêmes parmi eux ?

Je ne crois pas davantage, en sens inverse, que l’avènement de la société antiraciste ait été la cause unique, ni même la cause principale, de l’effondrement culturel de notre pays, ni même de la première des manifestations de cet effondrement, le collapsus du système d’éducation – tout juste peut-on voir en cet avènement, à mon avis, une cause tardive, l’occasion d’un coup de grâce. Entre culture nationale et société antiraciste, il y avait certes incompatibilité radicale – assez soulignée je pense, à titre emblématique, par le renversement de sens que subit d’un pôle à l’autre un mot comme discrimination : lequel, dans le langage de la culture, désigne la plus grande des vertus, l’exercice même de l’intelligence, la qualité par excellence de la pensée ; et dans celui de l’antiracisme le premier d’entre les péchés (avec retour en farce, très bathmologiquement, sous les espèces pléonastiques de la « discrimination positive »). Aucune population composite ne saurait accepter longtemps de se voir imposer comme culture collective (ni comme langue, ajouterais-je) ce qui n’est jamais que la culture (et la langue) d’une de ses composantes, et, qui plus est, de la moins aimée d’entre elles, la moins prestigieuse testotéronimiquement, la plus rapidement décroissante en rapport de proportion à l’ensemble, la mieux chargée de tous les maux, de tous les crimes, de toutes les responsabilités négatives. Il est d’ailleurs probable qu’une population composite ne saurait s’accommoder d’aucune culture commune, puisque la culture c’est avant tout la voix des morts, leur présence créatrice, et qu’une telle société n’a pas de morts, sauf ceux qu’engendrent au jour le jour ses affrontements internes, des morts tout neufs sans portée culturelle : elle n’a donc d’autre ressource que d’appeler culture, puisqu’il paraît qu’il faut en avoir une, tout et surtout n’importe quoi, le divertissement qui suinte de sa télévision, par exemple, de même qu’elle continue d’appeler éducation, par facilité de langage et paresse d’en changer, l’ignorance rustaude qui s’inocule dans les locaux spécialisés.

Nous touchons là, et nous finirons sur elle, à une fameuse différence, entre communisme et antiracisme – différence si grande, même, qu’elle infirme en partie le rapprochement, ou plutôt qu’elle le renverse : car s’il a pu sembler exagéré de comparer l’antiracisme au communisme, et d’aller jusqu’à l’appeler, par provocation, «le communisme du XXIe siècle», il apparaît ici qu’en un autre sens, à partir d’une autre perspective, bien loin d’être trop dire, c’est là trop peu : le communisme, même dans les pays où il s’est exercé le plus longuement, n’a coïncidé, bien loin de là, ni avec un effondrement du système éducatif, ni avec une répudiation de l’héritage culturel. Que pareille coïncidence s’observe sans conteste possible lorsque c’est du régime antiraciste qu’il est question donne à penser qu’à son emprise il n’y a guère de fin concevable, et qu’il n’y a lieu de s’attendre, contrairement à ce qui s’est passé pour le communisme, à l’effondrement d’aucun mur – à ce qu’il s’en construise, peut-être, comme en Israël: ce n’est pas une perspective très réjouissante.

Renaud Camus

9 Réponses to “Le Communisme du XXIe siècle (Renaud Camus)”

  1. K Says:


    Tout anti-antiraciste est un pitbull, un pis que chien, un moins que chien, une hyène, une larve, la Bête immonde.

    Et tout raciste est un agneau, une gazelle, l’envoyé du Seigneur…

    Vive le racisme!

  2. Simon Aubert Says:

    L’anti-antiracisme ne signifie pas le racisme, cher ami. A croire que vous n’avez strictement rien saisis de ce pamphlet.

  3. Hunden Says:

    Ce n’est pas dans ce pamphlet qu’on trouvera les moyens de combattre l’oppression totalitaire qu’il dénonce : c’est en rétablissant les distinctions philosophiques que le socialisme cherche à exterminer :

    — la distinction entre la morale et le Droit, c’est-à-dire la distinction entre le racisme et le nazisme que le socialisme brouille systématiquement, et son origine logique,

    — la distinction entre le Droit et le non-Droit, que le socialisme vise à oblitérer.

    Et on en conclut :

    — que si le nazisme est criminel c’est parce qu’il est un socialisme, c’est-à-dire une forme de criminalité institutionnelle d’état, et non en raison de l’un des prétextes qu’il donne à sa forme particulière de criminalité institutionnelle d’état.

    — Que le crime en l’espèce, ce n’est pas d’agir pour des motifs racistes, mais au contraire de violer les Droits des personnes sous prétexte qu’en disposant paisiblement de leurs biens et de leur personne elles agiraient pour des motifs racistes.
    C’est cette espèce-là de crime que Finkielkraut appelle « communiste » et qui tourne effectivement au socialisme totalitaire, dans la mesure où il n’y a pas de limite aux négations du Droit que l’on peut commettre à partir du moment où on accepte son principe d’un pseudo-ordre moral « antiraciste ».

    — Ce pseudo-ordre moral « antiraciste », cependant, il est impossible de l’imposer également : comme il prétend « sonder les reins et les coeurs » et réprime des actes qui ne violent la propriété de personne, il est incapable de toute objectivité.
    De ce fait, il ne fait que détruire le Droit ; étant le jouet des passions et des intérêts, et ne persécute que certains racistes —  donc les membres de certaines races, au profit supposé d’autres.
    Il est donc ipso facto raciste, et raciste, il l’est violemment, institutionnellement.

    Ce n’est donc un communisme que dans ses pseudo-principes idéalement postulés ; dans la réalité des faits — c’est-à-dire des répressions et privilèges imposés par la force, il implique forcément l’institution de races légalement supérieures, et de races légalement disqualifiées : c’est donc bien une forme de nazisme.

    Par conséquent, la vrai dénomination du soi-disant « antiracisme » n’est pas « communisme du XXI° siècle » mais « nazisme anti-blancs », ou « nazisme anti-occidental ».
    L’engagement de plus en plus impudent des communistes en faveur du mensonge et de la criminalité « palestinistes », avec le système de deux poids et de deux mesures antisémite qu’ils impliquent logiquement, de même que les rapports de el-Hadj Amin el-Husseini avec Hitler qui les ont incarnés, illustrent assez clairement cette conclusion logique pour qu’elle cesse de paraître paradoxale.

    .

  4. Kadrik Says:

    Anti-antiracisme = racisme, puisque les deux anti- s’annulent.

    C’est tout le message du pamphlet: on était si bien quand on avait le droit d’être raciste, mais maintenant il y a la dicature de la pensée antiraciste qui nous empêche de nous exprimer librement et nous oblige à nous métisser…

    Mais selon Hunden, l’antiracisme est racisme… donc être anti-antiraciste, c’est être antiraciste!

    Elle est si belle la vie… contradictoire mais belle!

  5. divico Says:

    Certaines critiques de systèmes idéologiques, tels des aspects totalitaires de certaines cultures et/ou religions sont très souvent assimilés par nos bien pensants occidentaux (et d’ailleurs) comme étant du racisme… cette « conception étendue » de la notion de racisme est fausse selon moi et brouille le débat.

    Ainsi, il est ridicule et détestable de haïr quelqu’un pour sa couleur de peau, son physique, sa nationalité, ses origines ethniques, etc…. mais je m’octroie le droit de critiquer sans discontinuer des constructions d’idées humaines (telles les religions, les idéologies ou certaines pratiques culturelles) que je considère comme étant totalitaire et non conformes avec ce que je nomme un peu naïvement « l’esprit des Lumières »

    La conception « étendue » du racisme, selon moi, décrédibilise sérieusement la lutte contre le racisme

  6. Simon Says:

    « Anti-antiracisme = racisme, puisque les deux anti- s’annulent »

    Depuis quand les « antis » s’annulent?? 0_o

  7. Sittingbull Says:

    divico, contactez-moi

  8. MERCATOR Says:

    L’opposition des racistes, des vrais – antisémites véritables (de gauche ou de droite), néo-nazis, négationnistes ou champions boutonneux de la suprématie blanche

    Prejugé typique de camus partagé avec les « anti-racistes », ainsi selon lui, selon eux,les véritables « racistes » sont forcément blancs et forcément antisémites, ne pourrait il pas y avoir des racistes jaunes, noirs, ou juifs ?
    La question ne sera pas posée !

  9. divico Says:

    C’est fait Sitt…

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