Archive for janvier 2007

Désobéissance civile sur les rails!

janvier 30, 2007

Car nul ne dispose du droit légitime d’asservir, et ce que l’on nomme cette servitude esclavage, service militaire, civil ou civique, ce blog se dresse face aux entreprises liberticides de nos princes politiques.

A découvrir ici:
Désobéissance civile

Avide avant toute choses de Liberté, votre serviteur à travers ce présent manifeste entend rappeler à ses semblables de toutes origines, de toutes philosophies, de tous niveaux sociaux, que, n’ayant commis aucun crime à l’encontre de qui que ce soit et n’étant redevable à personne, nul ne peut l’asservir au moyen des prétextes les plus inventifs qui soient, pas plus que l’on aurait droit de le tuer, molester ou voler. Nos dirigeants, symboles infâmes de l’autoritarisme placés par la force, celle de la “masse” abjecte ou d’une fraction minoritaire, ne disposent ainsi en aucune façon des individus se trouvant sous leur juridiction illégitime, et ce quoi que prétendent les mystiques du muscle et de l’esprit rampant à leurs bottes.
Désobéissance civile pourquoi? Car, prêts à enfreindre ces règles élémentaires naturelles (déjà bien malmenées il est vrai par la fiscalité social-démocrate conduisant à un statut de semi-esclave), la vermine politique appelle de ses voeux l’instauration d’un Service Civique (ou civil) obligatoire orwellien, voire le rétablissement du service militaire aux relents aussi jacobins qu’archaïques. Nous leur opposerons, à l’instar de ce que préconisait Henry David Thoreau, notre désobéissance civile: une résistance des individus encore pacifique, une résistance des idéaux de liberté endormis, une résistance de combat idéologique: la raison et la cohérence libérales contre les élucubrations des criminels. La désobéissance civile se veut par là le dernier rempart avant cette guerre qui porte, elle aussi, le titre de “civile”.
A mille lieues de la bienpensance, des slogans “solidarité partout” ou “la nation avant tout”, nous ne craignons pas de passer pour des ordures dénuées de toute humanité, incapables du moindre sacrifice pour son prochain ou sa patrie: nous combattons pour la Liberté de tous et empêcherons que nos nations soient encore une fois souillées par l’esclavage.

Manifeste

janvier 30, 2007

liberteAvide avant toute choses de Liberté, votre serviteur à travers ce présent manifeste entend rappeler à ses semblables de toutes origines, de toutes philosophies, de tous niveaux sociaux, que, n’ayant commis aucun crime à l’encontre de qui que ce soit et n’étant redevable à personne, nul ne peut l’asservir au moyen des prétextes les plus inventifs qui soient, pas plus que l’on aurait droit de le tuer, molester ou voler. Nos dirigeants, symboles infâmes de l’autoritarisme placés par la force, celle de la « masse » abjecte ou d’une fraction minoritaire, ne disposent ainsi en aucune façon des individus se trouvant sous leur juridiction illégitime, et ce quoi que prétendent les mystiques du muscle et de l’esprit rampant à leurs bottes.
Désobéissance civile pourquoi? Car, prêts à enfreindre ces règles élémentaires naturelles (déjà bien malmenées il est vrai par la fiscalité social-démocrate conduisant à un statut de semi-esclave), la vermine politique appelle de ses voeux l’instauration d’un Service Civique (ou civil) obligatoire orwellien, voire le rétablissement du service militaire aux relents aussi jacobins qu’archaïques. Nous leur opposerons, à l’instar de ce que préconisait Henry David Thoreau, notre désobéissance civile: une résistance des individus encore pacifique, une résistance des idéaux de liberté endormis, une résistance de combat idéologique: la raison et la cohérence libérales contre les élucubrations des criminels. La désobéissance civile se veut par là le dernier rempart avant cette guerre qui porte, elle aussi, le titre de « civile ».
A mille lieues de la bienpensance, des slogans « solidarité partout » ou « la nation avant tout », nous ne craignons pas de passer pour des ordures dénuées de toute humanité, incapables du moindre sacrifice pour son prochain ou sa patrie: nous combattons pour la Liberté de tous et empêcherons que nos nations soient encore une fois souillées par l’esclavage.

Le principe de la désobéissance civile

janvier 30, 2007

Emile ThoreauSelon les médias, la désobéissance civile reviendrait à la mode d’où la menace grandissante pour nos libertés seulement là où les médias pêchent par un dramatique manque de base intellectuelle, c’est en considérant que les arrachages de plants de maïs auxquels se livrent la Confédération Paysanne et autres groupuscules nauséabonds d’extrème-gauche ou bien encore les “actions commando” que l’on doit aux manifestants CGT d’EDF ont pour inspiration Henry David Thoreau et que ce dernier est le maître à penser de telles actions. Voici encore une preuve de l’effroyable manque de base intellectuelle de nos journalistes tel qu’il fut exposé par la chronique “les limites de la désobéissance civile” dans le numéro 1663 du Point du 29 juillet à la page 18.

 

L’article de Guy Carcassonne présente le phénomène ainsi :

[…]”Désobéissance civile”, dit-on alors, renvoyant à un concept qui trouve une
lointaine origine chez Aristote, une esquisse chez Locke, sa théorie chez
Henry Thoreau, ses prolongements chez John Rawls, et qu’ont illustré des
figures aussi saillantes que Gandhi, Luther King ou Mandela.[…]

La première erreur du journaliste est de prétendre que Henry David Thoreau parraine par sa pensée des actions telles que celles du maire de Bègles ou celle des syndicalistes CGT d’EDF et GDF :

[…]c’est ouvertement que, pour les OGM, le maire (vert) de Bègles a choisi de
violer la loi. C’est aussi en commettant des illégalités en toute connaissance
de cause que les agents d’EDF et GDF opposés au changement de statut de leur
entreprise ont conduit certaines actions.[…]

Henry David Thoreau n’aurait jamais cautionné de telles entreprises. En effet, les mouvements syndicaux, politiques ou ONG s’adonnant à la destruction d’un restaurant Mc Donald tel que le fit la Confédération Paysanne en 2001 à Millau et guidée par José Bové n’est en aucun cas fidèle aux preceptes de la “désobéissance civile” selon Thoreau car leur action est violente, menace les libertés d’autrui et est foncièrement offensive, c’est par conséquent une action terroriste. Alors qu’Henry Thoreau définissait l’acte de désobéissance civile comme étant pacifique, non-violent et utilisé dans une optique de légitime défense :

Thoreau, prenait la défense des minorités, il écrivait qu’« un homme qui
aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d’un » et,
encourageant cet homme à l’action, il ajoutait qu’« une minorité n’a aucun
pouvoir tant qu’elle s’accorde à la volonté de la majorité : dans ce cas,
elle n’est même pas une minorité. Mais, lorsqu’elle s’oppose de toutes ses
forces, on ne peut plus l’arrêter. » La désobéissance civile serait donc un
outil contre la « dictature de la majorité » qui sévit en démocratie

selon Tocqueville, un illustre contemporain de Thoreau.

Plus encore, John Rawls a clairement montré que la désobéissance civile était un acte non-violent :

 

 

« La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, non
violent
, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le
plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant
ainsi, on s’adresse au sens de la justice de la majorité de la
communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les
principes de coopération sociale entre des êtres légaux ne sont pas actuellement
respectés. »(2)

 

Pourquoi la désobéissance civile est un acte pacifique :

Le désobéissant use généralement de moyen pacifique. La désobéissance civile
vise à appeler aux débats publics et pour ce faire elle en appelle à la
conscience endormie de la majorité plutôt qu’à l’action violente. C’est une des traits qui la distingue de la révolution, qui pour arriver à ses fins n’hésitera pas à en appeler à la force. En outre l’opposition à la loi qui est inhérente à la désobéissance civile se fait dans une paradoxale fidélité à une loi
supérieure, il n’y a donc pas dans l’esprit de la désobéissance civile de
violence. (Wikipedia)

 

Comme on le voit, la désobéissance civile selon Thoreau et Rawls était un acte de défense des libertés individuelles face à un pouvoir politique opprimant le “Droit Naturel”(4) des individus, cet acte se caractérisait par sa non-violence et sa valeur de “résistance passive” qui est de l’ordre de la légitime défense : refus de payer un impôt ou ne pas taire ses idées au nom de la liberté d’expression, etc. Or les militants CGT ayant retiré des compteurs d’électricité dans des propriétés privées vont à l’encontre du droit de jouir de sa propriété, de disposement librement de ses biens et de plus, leur action est offensive donc violente et par conséquent terroriste. C’est contre ce types d’actions quelles soient perpétrées par des syndicalistes violents ou un Etat instaurant un impôt sans consultation du citoyen, que le désobéissant prétend agir alors que les terroristes dont les actions sont citées plus haut ne défendent pas les libertés mais cherchent à y nuire, ainsi leur action ne peut pas être appelée “désobéissance civile” mais “viol des droits de l’homme”.

 

Ce concept salutaire de “désobéissance civile” est le moteur du progès au sein d’une société dans laquelle l’administration est devenue trop imposante pour permettre la réalisation de réforme, que cela soit dans le domaine des moeurs, économique ou du système politique. Ainsi la “désobéissance civile” permet de faire respirer une société dans laquelle le pouvoir de l’Etat est devenu bien trop grand et est doté d’une fâcheuse tendance à s’ingérer dans la vie des gens, ce qui laisse généralement libre cours à des dérives liberticides que cela soit une hausse des prix du tabac comme en France ou l’avènement de la prohibition tel qu’il y a des années aux Etats-Unis.

 

La vérité est enfin faite pour qu’un concept sain et pacifique par nature ne soit pas récupéré par des mouvements violents, terroristes et aux accents totalitaires tels que les anti-mondialistes devenus célèbres pour s’être livrés à des actes de vandalismes divers tels que la destruction de vitrines commerciales durant le G8 de Genève.

 

Lafronde

 

 

 

 

 

 

 

De la nouvelle Idole (Friedrich Nietzsche)

janvier 27, 2007

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez
nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État? Qu’est-ce, cela? Allons! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des
peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids: il ment froidement et voici le
mensonge qui rampe de sa bouche: « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui
suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour: ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui
appellent cela un État: ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme
le mauvais oeil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

Je vous donne ce signe: chaque peuple a son langage du bien et du mal: son voisin
ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.

Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu’il
dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Même ses
entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le
signe de l’État. En vérité, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle
les prédicateurs de la mort!

Beaucoup trop d’hommes viennent au monde: l’État a été inventé pour ceux qui
sont superflus!
Voyez donc comme il les attire, les superflus! Comme il les enlace, comme il les
mâche et les remâche.

« Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre: je suis le doigt ordonnateur de
Dieu » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues
oreilles et la vue basse qui tombent à genoux!

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses sombres mensonges. Hélas,
il devine les coeurs riches qui aiment à se répandre!

Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien! Le combat vous a
fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole!
Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle
idole! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, – le froid monstre!
Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole: ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.

Vous devez lui servir d’appât pour les superflus! Oui, c’est l’invention d’un tour
infernal, d’un coursier de la mort, cliquetant dans la parure des honneurs divins!
Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante
d’être la vie, une servitude selon le coeur de tous les prédicateurs de la mort!
L’État est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les mauvais: l’État, où
tous se perdent eux-mêmes, les bons et les mauvais: l’État, où le lent suicide de
tous s’appelle – « la vie ».

Voyez donc ces superflus ! Ils volent les oeuvres des inventeurs et les trésors des
sages: ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers!
Voyez donc ces superflus! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et
appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas même se digérer.
Voyez donc ces superflus! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus
pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup
d’argent, – ces impuissants!

Voyez-les grimper, ces singes agiles! Ils grimpent les uns sur les autres et se
poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône: c’est leur folie, – comme si le bonheur était
sur le trône! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la
boue.

Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grimpeurs et impétueux. Leur
idole sent mauvais, ce froid monstre: ils sentent tous mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs
appétits! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors!

Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous d’idolâtrie des superflus.
Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous de la fumée de ces sacrifices
humains!

Maintenant encore les grandes âmes trouveront devant elles l’existence libre. Il
reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à deux, des endroits où
souffle l’odeur des mers silencieuses.

Une vie libre reste ouverte aux grandes âmes. En vérité, celui qui possède peu est
d’autant moins possédé: bénie soit la petite pauvreté.

Là où finit l’État, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu: là
commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, la nulle autre pareille.
Là où finit l’État, – regardez donc, mes frères! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le
pont du Surhumain?

Ainsi parlait Zarathoustra.

Friedrich Nietzsche, in Ainsi parlait Zarathoustra

De la nouvelle Idole

janvier 27, 2007

Il y a quelque part encore des peuples et des troupeaux, mais ce n’est pas chez
nous, mes frères : chez nous il y a des États.

État? Qu’est-ce, cela? Allons! Ouvrez les oreilles, je vais vous parler de la mort des
peuples.

L’État, c’est le plus froid de tous les monstres froids: il ment froidement et voici le
mensonge qui rampe de sa bouche: « Moi, l’État, je suis le Peuple. »

C’est un mensonge! Ils étaient des créateurs, ceux qui créèrent les peuples et qui
suspendirent au-dessus des peuples une foi et un amour: ainsi ils servaient la vie.

Ce sont des destructeurs, ceux qui tendent des pièges au grand nombre et qui
appellent cela un État: ils suspendent au-dessus d’eux un glaive et cent appétits.

Partout où il y a encore du peuple, il ne comprend pas l’État et il le déteste comme
le mauvais oeil et une dérogation aux coutumes et aux lois.

Je vous donne ce signe: chaque peuple a son langage du bien et du mal: son voisin
ne le comprend pas. Il s’est inventé ce langage pour ses coutumes et ses lois.

Mais l’État ment dans toutes ses langues du bien et du mal; et, dans tout ce qu’il
dit, il ment – et tout ce qu’il a, il l’a volé.

Tout en lui est faux; il mord avec des dents volées, le hargneux. Même ses
entrailles sont falsifiées.

Une confusion des langues du bien et du mal – je vous donne ce signe, comme le
signe de l’État. En vérité, c’est la volonté de la mort qu’indique ce signe, il appelle
les prédicateurs de la mort!

Beaucoup trop d’hommes viennent au monde: l’État a été inventé pour ceux qui
sont superflus!
Voyez donc comme il les attire, les superflus! Comme il les enlace, comme il les
mâche et les remâche.

« Il n’y a rien de plus grand que moi sur la terre: je suis le doigt ordonnateur de
Dieu » – ainsi hurle le monstre. Et ce ne sont pas seulement ceux qui ont de longues
oreilles et la vue basse qui tombent à genoux!

Hélas, en vous aussi, ô grandes âmes, il murmure ses sombres mensonges. Hélas,
il devine les coeurs riches qui aiment à se répandre!

Certes, il vous devine, vous aussi, vainqueurs du Dieu ancien! Le combat vous a
fatigués et maintenant votre fatigue se met au service de la nouvelle idole!
Elle voudrait placer autour d’elle des héros et des hommes honorables, la nouvelle
idole! Il aime à se chauffer au soleil de la bonne conscience, – le froid monstre!
Elle veut tout vous donner, si vous l’adorez, la nouvelle idole: ainsi elle s’achète l’éclat de votre vertu et le fier regard de vos yeux.

Vous devez lui servir d’appât pour les superflus! Oui, c’est l’invention d’un tour
infernal, d’un coursier de la mort, cliquetant dans la parure des honneurs divins!
Oui, c’est l’invention d’une mort pour le grand nombre, une mort qui se vante
d’être la vie, une servitude selon le coeur de tous les prédicateurs de la mort!
L’État est partout où tous absorbent des poisons, les bons et les mauvais: l’État, où
tous se perdent eux-mêmes, les bons et les mauvais: l’État, où le lent suicide de
tous s’appelle – « la vie ».

Voyez donc ces superflus ! Ils volent les oeuvres des inventeurs et les trésors des
sages: ils appellent leur vol civilisation – et tout leur devient maladie et revers!
Voyez donc ces superflus! Ils sont toujours malades, ils rendent leur bile et
appellent cela des journaux. Ils se dévorent et ne peuvent pas même se digérer.
Voyez donc ces superflus! Ils acquièrent des richesses et en deviennent plus
pauvres. Ils veulent la puissance et avant tout le levier de la puissance, beaucoup
d’argent, – ces impuissants!

Voyez-les grimper, ces singes agiles! Ils grimpent les uns sur les autres et se
poussent ainsi dans la boue et dans l’abîme.

Ils veulent tous s’approcher du trône: c’est leur folie, – comme si le bonheur était
sur le trône! Souvent la boue est sur le trône – et souvent aussi le trône est dans la
boue.

Ils m’apparaissent tous comme des fous, des singes grimpeurs et impétueux. Leur
idole sent mauvais, ce froid monstre: ils sentent tous mauvais, ces idolâtres.
Mes frères, voulez-vous donc étouffer dans l’exhalaison de leurs gueules et de leurs
appétits! Cassez plutôt les vitres et sautez dehors!

Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous d’idolâtrie des superflus.
Évitez donc la mauvaise odeur! Éloignez-vous de la fumée de ces sacrifices
humains!

Maintenant encore les grandes âmes trouveront devant elles l’existence libre. Il
reste bien des endroits pour ceux qui sont solitaires ou à deux, des endroits où
souffle l’odeur des mers silencieuses.

Une vie libre reste ouverte aux grandes âmes. En vérité, celui qui possède peu est
d’autant moins possédé: bénie soit la petite pauvreté.

Là où finit l’État, là seulement commence l’homme qui n’est pas superflu: là
commence le chant de la nécessité, la mélodie unique, la nulle autre pareille.
Là où finit l’État, – regardez donc, mes frères! Ne voyez-vous pas l’arc-en-ciel et le
pont du Surhumain?

Ainsi parlait Zarathoustra.

Friedrich Nietzsche, in Ainsi parlait Zarathoustra

Du contrat social (John Locke)

janvier 26, 2007


Le contrat social ne doit lier que des individus qui le concluent unanimement entre eux. Ils s’unissent alors en société pour leur conservation, leur sûreté mutuelle, la tranquillité de leur vie, pour jouir paisiblement de ce qui leur appartient en propre, et être mieux à l’abri des insultes de ceux qui voudraient leur nuire et leur faire du mal. Chaque particulier convenant avec les autres de faire un corps politique, sous un certain gouvernement, s’oblige envers chaque membre de cette société de se soumettre à ce qui aura été déterminé par le plus grand nombre et d’y consentir, les autres demeurant selon leur volonté dans l’état de nature par rapport aux premiers. Dans l’état de nature, chaque individu a droit de faire exécuter les lois de la nature et de punir les coupables qui les ont violées.

Cette liberté par laquelle l’on n’est point assujetti à un pouvoir absolu et arbitraire est si nécessaire, et est unie si étroitement avec la conservation de l’homme, qu’elle n’en peut être séparée que par ce qui détruit en même temps sa conservation et sa vie. Or, un homme n’ayant point de pouvoir sur sa propre vie ne peut, par aucun traité, ni par son propre consentement, se rendre esclave de qui que ce soit, ni se soumettre au pouvoir absolu et arbitraire d’un autre, qui lui ôte la vie quand il lui plaira.

La liberté individuelle s’exerce même dans le droit dont dispose chaque individu de choisir sa société. Ceux qui veulent nous persuader que ceux qui sont nés sous un gouvernement y sont naturellement sujets et n’ont plus de droit et de prétention à la liberté de l’état de nature, ne produisent d’autres raisons que celle-ci, savoir que nos pères ayant renoncé à leur liberté naturelle, et s’étant soumis à un gouvernement, se sont mis et ont mis leurs descendants dans l’obligation d’être perpétuellement sujets à ce gouvernement-là. Mais nul ne peut, par aucune convention, lier ses enfants ou sa postérité. Hors d’un contrat donnant-donnant, aucun acte du père ne peut plus ravir au fils la liberté qu’aucun acte d’aucun autre homme peut faire.

John Locke, in Deuxième traité du gouvernement civil (1690)

Du contrat social

janvier 26, 2007


Le contrat social ne doit lier que des individus qui le concluent unanimement entre eux. Ils s’unissent alors en société pour leur conservation, leur sûreté mutuelle, la tranquillité de leur vie, pour jouir paisiblement de ce qui leur appartient en propre, et être mieux à l’abri des insultes de ceux qui voudraient leur nuire et leur faire du mal. Chaque particulier convenant avec les autres de faire un corps politique, sous un certain gouvernement, s’oblige envers chaque membre de cette société de se soumettre à ce qui aura été déterminé par le plus grand nombre et d’y consentir, les autres demeurant selon leur volonté dans l’état de nature par rapport aux premiers. Dans l’état de nature, chaque individu a droit de faire exécuter les lois de la nature et de punir les coupables qui les ont violées.

Cette liberté par laquelle l’on n’est point assujetti à un pouvoir absolu et arbitraire est si nécessaire, et est unie si étroitement avec la conservation de l’homme, qu’elle n’en peut être séparée que par ce qui détruit en même temps sa conservation et sa vie. Or, un homme n’ayant point de pouvoir sur sa propre vie ne peut, par aucun traité, ni par son propre consentement, se rendre esclave de qui que ce soit, ni se soumettre au pouvoir absolu et arbitraire d’un autre, qui lui ôte la vie quand il lui plaira.

La liberté individuelle s’exerce même dans le droit dont dispose chaque individu de choisir sa société. Ceux qui veulent nous persuader que ceux qui sont nés sous un gouvernement y sont naturellement sujets et n’ont plus de droit et de prétention à la liberté de l’état de nature, ne produisent d’autres raisons que celle-ci, savoir que nos pères ayant renoncé à leur liberté naturelle, et s’étant soumis à un gouvernement, se sont mis et ont mis leurs descendants dans l’obligation d’être perpétuellement sujets à ce gouvernement-là. Mais nul ne peut, par aucune convention, lier ses enfants ou sa postérité. Hors d’un contrat donnant-donnant, aucun acte du père ne peut plus ravir au fils la liberté qu’aucun acte d’aucun autre homme peut faire.

John LOCKE, in Deuxième traité du gouvernement civil (1690)

Le caractère mystique des doctrines socialistes et l’intuition. (Clément Colson)

janvier 25, 2007

On demeure stupéfait, quand on constate que des conceptions aussi vagues, aussi dénuées de toute base expérimentale, ont pu trouver de très nombreux adeptes dans un siècle qui se targue d’être le siècle de la science positive et des mesures précises, quand on voit surtout que le refus de donner au moins une idée approchée de ce que pourrait être le futur paradis terrestre n’a diminué la foi d’aucun croyant dans la réalisation de ces espérances. Et, chose plus étonnante encore, les adeptes de cette foi se sont recrutés, jusqu’à ces dernières années, parmi les hommes qui se réclamaient le plus des idées modernes, qui se vantaient d’être les plus dégagés des illusions du passé, les plus attachés aux faits et aux réalités scientifiques. C’est tout récemment seulement que quelques-uns de ces nouveaux mystiques ont commencé à expliquer leurs convictions par une intuition et une sorte de grâce, supérieure au raisonnement.

Car c’est bien en présence d’une renaissance du mysticisme que nous nous trouvons. Certains adversaires politiques du socialisme trouvent, il est vrai, une autre explication de sa diffusion, et ils l’attribuent à la haine et à l’envie chez les masses, à la fureur de parvenir, fût-ce en flattant les plus mauvaises passions, chez les chefs. Mais, si de pareils sentiments tiennent sans contredit une grande place dans le développement du socialisme, comme dans toutes les choses humaines, ils n’en sauraient Ítre, à eux seuls, l’explication. L’attrait qu’exercent, même sur des esprits éclairés et positifs, les rêves de bonheur et de fraternité, si utopiques soient-ils, est indéniable: la pléiade de jeunes ingé­nieurs, de futurs directeurs et fondateurs des plus grandes affaires industrielles qui soutenait les idées saint-simoniennes, il y a près d’un siËcle, ne se compo­sait, certes, ni de purs imaginatifs, ni de politiciens faméliques. Il est vrai que, chez eux, ces illusions juvéniles durèrent peu; leur persistance de nos jours, chez des esprits cultivés et pondérés, est plus difficile à expliquer.

Elles se conçoivent mieux, sincères et durables, dans le peuple. Un rêve de bonheur opposé aux misères de l’existence y séduit souvent les cœurs les meilleurs et les esprits les plus élevés, qui n’ont pas la culture nécessaire pour apercevoir les lacunes et les contradictions des utopies qu’on leur expose, ou pour trouver dans la vie intellectuelle une compensation à la monotonie et à la médiocrité de leur vie matérielle. Le défaut de notions nettes sur la société future n’ébranle pas plus leur foi que l’imprécision des doctrines sur le Royaume de Dieu n’ébranlait celle des premiers chrétiens. Ce sont ces idées flottantes, où chaque imagination peut loger ses rêves les plus chers, qui renouvellent à certains moments les conceptions purement traditionnelles sur lesquelles repose toute la mentalité populaire. Les œuvres savantes et obscures du socialisme scientifique peuvent bien alimenter les manifestes des chefs intellectuels qui s’associent au mouvement des masses; elles ne contribuent pas plus à la grandeur de ce mouvement que les subtilités de l’apologétique chrétienne n’ont contribué à l’essor du christianisme, car ni les unes ni les autres ne sont intelligibles à la foule ou ne supportent l’examen d’un esprit non prévenu.

Les analogies entre le socialisme et le christianisme primitif sont si nom­breuses qu’il est vraiment étonnant qu’après avoir été maintes fois signalées, elles ne soient pas devenues un lieu commun. L’un et l’autre ont su s’appuyer à la fois sur le moteur le plus universel des actions humaines, l’intérêt personnel, par des promesses de bonheur, – sur les meilleurs sentiments, par l’appel à la fraternité et à l’aide mutuelle, – et aussi sur les plus bas, par les diatribes contre les riches et les puissants. Il est vrai que, à ce dernier point de vue, le chris­tianisme se bornait à inviter les riches à distribuer leurs biens aux pauvres, s’ils voulaient être sauvés, tandis que le socialisme incite les pauvres à s’empa­rer des biens des riches sous une forme ou sous une autre, ce qui constitue une différence sérieuse. Le socialisme s’est mis, d’autre part, à la mode du jour, en cherchant une base scientifique dans l’idée d’évolution. Mais il n’a pas attendu qu’une évolution pacifique l’ait rendu maître des pouvoirs publics pour prati­quer, envers l’ouvrier dissident, le compelle intrare auquel l’Eglise est arrivée bien plus tard; la faiblesse des hommes chargés d’assurer la sécurité publique lui a suffi pour y réussir dès à présent. Sans doute, il n’affiche pas, comme l’Evangile, le dédain de la culture intellectuelle, du travail lucratif et de la prévoyance; mais il adapte ces idées à la situation actuelle en demandant l’ouverture de tous les emplois aux élèves de l’enseignement primaire, la réduction obligatoire du nombre et de la durée des jours de travail, enfin l’interdiction de toute épargne assurant un revenu à son auteur.

Comme le christianisme, encore, le socialisme admet une rénovation com­plète de l’homme par la foi nouvelle. Seulement, au lieu d’imposer immédiate­ment à ses disciples la pratique des vertus sans lesquelles il est bien obligé de reconnaître que la cité socialiste ne durerait pas un jour, il se contente d’annoncer que ces vertus se généraliseront sans effort et sans peine, une fois cette cité fondée; cet ajournement facilite évidemment la propagande, en supprimant tout ce qui a fait la beauté et la grandeur de la religion chrétienne. Enfin, des deux cités, on séduit ceux que lasserait la lenteur des progrès quotidiens par l’annonce d’une solution catastrophique: si les esprits sincères et lucides, tels que Georges Sorel, reconnaissent que la Grêve générale est un mythe, tout comme le Jugement dernier, ce mythe n’en agit pas moins puis­samment sur les imaginations populaires, et le triomphe du prolétariat dans sa colère ne donne pas lieu à des chants moins terrifiants que le Dies irae.

Il ne manque d’ailleurs pas, aujourd’hui, de gens qui avouent qu’un certain mysticisme ne messied pas aux réformateurs sociaux, et qui espèrent eux-mêmes trouver un moyen commode d’échapper aux discussions en invoquant des lumières spéciales venues, non plus d’en haut, mais on ne sait d’où. Citant, tantôt les travaux récents des psychologues sur la pensée subconsciente, tantôt les ouvrages dans lesquels les savants ont rectifié les idées excessives que quelques-uns d’entre eux, et surtout beaucoup, de littérateurs, se faisaient du sens et de la portée des lois expérimentales et des démonstrations mathémati­ques (c’est ce que les gens du monde appellent la faillite de la science), ils célèbrent la supériorité des pensées obscures sur les idées claires et de l’intuition sur le raisonnement. Quand ils ne savent que répondre à un argu­ment, ils rappellent qu’il y a autre chose que la raison; ils invoquent l’autorité des savants illustres, d’Henri Poincaré exposant comment les grandes décou­vertes sont dues, même en mathématiques pures, bien plus à l’imagination et à l’intuition qu’à l’application méthodique de tous les procédés de calcul connus. Ils oublient seulement un petit détail, que Poincaré se borne à rappeler sommairement, tant il est pour lui chose évidente: c’est que les propositions aperçues par une inspiration de l’homme de génie doivent être vérifiées, que le sentiment de certitude absolue qui accompagne cette inspiration peut le tromper et qu’il s’en aperçoit seulement quand il veut mettre la démonstration sur pied. Si l’exactitude des propositions aperçues par intuition n’est pas démontrée par le raisonnement, elles restent non avenues, comme, en physi­que, l’intuition qui aperçoit les principes d’une théorie nouvelle n’a de valeur que si l’expérience prouve la concordance de cette théorie avec les faits. Or, les socialistes mystiques ne nous apportent, à l’appui de leurs vues intuitives, ni démonstrations rigoureuses, ni expériences précises, ni quoi que ce soit qui en approche.

Clément Colson in Organisme économique et désordre social
(1918)

Le caractère mystique des doctrines socialistes et l’intuition.

janvier 25, 2007

On demeure stupéfait, quand on constate que des conceptions aussi vagues, aussi dénuées de toute base expérimentale, ont pu trouver de très nombreux adeptes dans un siècle qui se targue d’être le siècle de la science positive et des mesures précises, quand on voit surtout que le refus de donner au moins une idée approchée de ce que pourrait être le futur paradis terrestre n’a diminué la foi d’aucun croyant dans la réalisation de ces espérances. Et, chose plus étonnante encore, les adeptes de cette foi se sont recrutés, jusqu’à ces dernières années, parmi les hommes qui se réclamaient le plus des idées modernes, qui se vantaient d’être les plus dégagés des illusions du passé, les plus attachés aux faits et aux réalités scientifiques. C’est tout récemment seulement que quelques-uns de ces nouveaux mystiques ont commencé à expliquer leurs convictions par une intuition et une sorte de grâce, supérieure au raisonnement.

Car c’est bien en présence d’une renaissance du mysticisme que nous nous trouvons. Certains adversaires politiques du socialisme trouvent, il est vrai, une autre explication de sa diffusion, et ils l’attribuent à la haine et à l’envie chez les masses, à la fureur de parvenir, fût-ce en flattant les plus mauvaises passions, chez les chefs. Mais, si de pareils sentiments tiennent sans contredit une grande place dans le développement du socialisme, comme dans toutes les choses humaines, ils n’en sauraient Ítre, à eux seuls, l’explication. L’attrait qu’exercent, même sur des esprits éclairés et positifs, les rêves de bonheur et de fraternité, si utopiques soient-ils, est indéniable: la pléiade de jeunes ingé­nieurs, de futurs directeurs et fondateurs des plus grandes affaires industrielles qui soutenait les idées saint-simoniennes, il y a près d’un siËcle, ne se compo­sait, certes, ni de purs imaginatifs, ni de politiciens faméliques. Il est vrai que, chez eux, ces illusions juvéniles durèrent peu; leur persistance de nos jours, chez des esprits cultivés et pondérés, est plus difficile à expliquer.

Elles se conçoivent mieux, sincères et durables, dans le peuple. Un rêve de bonheur opposé aux misères de l’existence y séduit souvent les cœurs les meilleurs et les esprits les plus élevés, qui n’ont pas la culture nécessaire pour apercevoir les lacunes et les contradictions des utopies qu’on leur expose, ou pour trouver dans la vie intellectuelle une compensation à la monotonie et à la médiocrité de leur vie matérielle. Le défaut de notions nettes sur la société future n’ébranle pas plus leur foi que l’imprécision des doctrines sur le Royaume de Dieu n’ébranlait celle des premiers chrétiens. Ce sont ces idées flottantes, où chaque imagination peut loger ses rêves les plus chers, qui renouvellent à certains moments les conceptions purement traditionnelles sur lesquelles repose toute la mentalité populaire. Les œuvres savantes et obscures du socialisme scientifique peuvent bien alimenter les manifestes des chefs intellectuels qui s’associent au mouvement des masses; elles ne contribuent pas plus à la grandeur de ce mouvement que les subtilités de l’apologétique chrétienne n’ont contribué à l’essor du christianisme, car ni les unes ni les autres ne sont intelligibles à la foule ou ne supportent l’examen d’un esprit non prévenu.

Les analogies entre le socialisme et le christianisme primitif sont si nom­breuses qu’il est vraiment étonnant qu’après avoir été maintes fois signalées, elles ne soient pas devenues un lieu commun. L’un et l’autre ont su s’appuyer à la fois sur le moteur le plus universel des actions humaines, l’intérêt personnel, par des promesses de bonheur, – sur les meilleurs sentiments, par l’appel à la fraternité et à l’aide mutuelle, – et aussi sur les plus bas, par les diatribes contre les riches et les puissants. Il est vrai que, à ce dernier point de vue, le chris­tianisme se bornait à inviter les riches à distribuer leurs biens aux pauvres, s’ils voulaient être sauvés, tandis que le socialisme incite les pauvres à s’empa­rer des biens des riches sous une forme ou sous une autre, ce qui constitue une différence sérieuse. Le socialisme s’est mis, d’autre part, à la mode du jour, en cherchant une base scientifique dans l’idée d’évolution. Mais il n’a pas attendu qu’une évolution pacifique l’ait rendu maître des pouvoirs publics pour prati­quer, envers l’ouvrier dissident, le compelle intrare auquel l’Eglise est arrivée bien plus tard; la faiblesse des hommes chargés d’assurer la sécurité publique lui a suffi pour y réussir dès à présent. Sans doute, il n’affiche pas, comme l’Evangile, le dédain de la culture intellectuelle, du travail lucratif et de la prévoyance; mais il adapte ces idées à la situation actuelle en demandant l’ouverture de tous les emplois aux élèves de l’enseignement primaire, la réduction obligatoire du nombre et de la durée des jours de travail, enfin l’interdiction de toute épargne assurant un revenu à son auteur.

Comme le christianisme, encore, le socialisme admet une rénovation com­plète de l’homme par la foi nouvelle. Seulement, au lieu d’imposer immédiate­ment à ses disciples la pratique des vertus sans lesquelles il est bien obligé de reconnaître que la cité socialiste ne durerait pas un jour, il se contente d’annoncer que ces vertus se généraliseront sans effort et sans peine, une fois cette cité fondée; cet ajournement facilite évidemment la propagande, en supprimant tout ce qui a fait la beauté et la grandeur de la religion chrétienne. Enfin, des deux cités, on séduit ceux que lasserait la lenteur des progrès quotidiens par l’annonce d’une solution catastrophique: si les esprits sincères et lucides, tels que Georges Sorel, reconnaissent que la Grêve générale est un mythe, tout comme le Jugement dernier, ce mythe n’en agit pas moins puis­samment sur les imaginations populaires, et le triomphe du prolétariat dans sa colère ne donne pas lieu à des chants moins terrifiants que le Dies irae.

Il ne manque d’ailleurs pas, aujourd’hui, de gens qui avouent qu’un certain mysticisme ne messied pas aux réformateurs sociaux, et qui espèrent eux-mêmes trouver un moyen commode d’échapper aux discussions en invoquant des lumières spéciales venues, non plus d’en haut, mais on ne sait d’où. Citant, tantôt les travaux récents des psychologues sur la pensée subconsciente, tantôt les ouvrages dans lesquels les savants ont rectifié les idées excessives que quelques-uns d’entre eux, et surtout beaucoup, de littérateurs, se faisaient du sens et de la portée des lois expérimentales et des démonstrations mathémati­ques (c’est ce que les gens du monde appellent la faillite de la science), ils célèbrent la supériorité des pensées obscures sur les idées claires et de l’intuition sur le raisonnement. Quand ils ne savent que répondre à un argu­ment, ils rappellent qu’il y a autre chose que la raison; ils invoquent l’autorité des savants illustres, d’Henri Poincaré exposant comment les grandes décou­vertes sont dues, même en mathématiques pures, bien plus à l’imagination et à l’intuition qu’à l’application méthodique de tous les procédés de calcul connus. Ils oublient seulement un petit détail, que Poincaré se borne à rappeler sommairement, tant il est pour lui chose évidente: c’est que les propositions aperçues par une inspiration de l’homme de génie doivent être vérifiées, que le sentiment de certitude absolue qui accompagne cette inspiration peut le tromper et qu’il s’en aperçoit seulement quand il veut mettre la démonstration sur pied. Si l’exactitude des propositions aperçues par intuition n’est pas démontrée par le raisonnement, elles restent non avenues, comme, en physi­que, l’intuition qui aperçoit les principes d’une théorie nouvelle n’a de valeur que si l’expérience prouve la concordance de cette théorie avec les faits. Or, les socialistes mystiques ne nous apportent, à l’appui de leurs vues intuitives, ni démonstrations rigoureuses, ni expériences précises, ni quoi que ce soit qui en approche.

Clément Colson in Organisme économique et désordre social
(1918)

La philosophie de la Liberté en vidéo (Youtube version)

janvier 23, 2007

Après une conversion idoine et une remise en musique par votre serviteur, la fameuse animation de Jonathan Gullible se trouve désormais disponible en version française chez Youtube:

chez dailymotion: ici

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