Vendredi 21 Avril (Jean-François Revel)

avril 21, 2009 by Simon Aubert


Vendredi 21 Avril [2000, note du webmestre]. Après 38 jours de grève, les facteurs niçois, ayant enfin réussi à « négocier » avec la direction, c’est-à-dire à imposer à celle-ci toutes leurs exigences, reprennent le travail. Mais ils trouvent intolérable que la Poste embauche pendant deux semaines quelques intérimaires pour aider à distribuer moins lentement les quelques 2 millions d’objets que les Niçois n’ont pas reçus. Ainsi les citoyens-contribuables attendront encore plus longtemps leur courrier. Les facteurs estiment qu’il revient à eux seuls d’assurer leur « mission de service public » !!

Grand révélation à la radio : depuis l’arrestation de Dutroux, ce pédophile assassin de petites filles, en Belgique, la police, la justice, les autorités belges sont plus vigilantes, la répression contre les pédophiles plus dure, si bien, disent les sociologues, qu’on peut parler d’une ère d’avant et d’après Dutroux. Est-il vraiment nécessaire d’avoir recours à l’immense savoir des sociologues pour faire un constat qui est à la portée de n’importe quel lecteur du journal du matin ? La poudre aux yeux scientifique, spécialité de la sociologie.

Ai-je bien entendu Mme Lebranchu, ministre de je ne sais quoi, exprimer sa « très profonde émotion » devant la mort « bouleversante » de la jeune femme tuée dans l’attentat de Dinan, tout en ajoutant que l’on peut, certes, s’en prendre à un symbole (le « Macdo », symbole de la mondialisation, de l’impérialisme américain) à condition d’épargner les vies humaines ? Elle trouve donc légal, républicain et légitime de détruire un restaurant à coups d’explosifs à condition qu’il n’y ait pas mort d’homme ? Il est urgent que Mme Lebranchu demande à sa collègue, la gardeuse des Sceaux, de lui offrir un exemplaire du Code pénal français

La dernière fois que j’ai vu Mario Vargas Llosa, le 27 mars dernier, lors d’un déjeuner chez Claude Imbert, il m’a apporté un exemplaire de son nouveau roman, La Fiesta del Chivo, qui vient de sortir à Madrid. Je l’ai emporté en Bretagne et j’en achève aujourd’hui la lecture.
L’histoire se déroule à Saint-Domingue, en partie durant la dernière année de la dictature de Trujillo, assassiné en 1961. Le dictateur est d’ailleurs l’un des deux personnages principaux du roman. L’autre est une femme de 49 ans, qui revient dans son île d’origine en 1996 après avoir vécu trente-cinq ans aux Etats-Unis. De prime abord, selon les canons de la critique contemporaine, rien ne semble plus vieillot que le roman historique. Mais, précisément, La Fiesta del Chivo n’est pas un roman historique, c’est un roman dont certains personnages se trouvent par ailleurs figurer également dans les livres d’histoire. Mais ils sont traités ici en personnage de roman. Non pas que Mario prennent [ NB: cette coquille figure dans l'édition originale, l'auteur du blog entend la conserver ainsi ] des libertés avec la vérité historique. Il s’agirait alors d’histoire romancée, ce qui est tout différent. Historiques ou non, les personnages sont pour le romancier d’abord des êtres humains, qui partagent cette qualité avec les personnages imaginaires qu’ils côtoient dans le récit. En même temps, rien de moins « classique » que la structure même de ce récit, la juxtaposition et le chevauchement des séquences, qui s’éclairent mutuellement sans que le romancier explique jamais rien de façon didactique ou pesante. Nul besoin d’explication quant l’art est présent. Les lecteurs peuvent avoir oublié ou n’avoir jamais su ce qu’a été la dictature de Trujillo – et c’est à coup sûr le cas de 90% d’entre eux – et néanmoins être portés par une puissance narrative qui ne doit rien qu’à elle-même. J’en veux donner pour exemple notamment le récit, étalé par petits paquets tout au long du livre, de l’embuscade nocturne grâce à laquelle une poignée de comploteurs de la liberté parvint à descendre Trujillo.
Et pourtant, le roman véhicule une leçon politique, jamais théorisée, seulement montrée : ce qu’est une dictature cruelle, complète, exercée sur un petit peuple d’à peine 3 millions d’habitants, une dictature où le despote peut tyranniser presque chacun de ses sujets pris individuellement. Une dictature pure, sans idéologie, sauf pour la frime. Le pouvoir absolu d’un homme, d’un tyran ne servant que lui-même, tel que le dépeint Xénophon dans De le tyrannie. Avec le même art, en demeurant dans la seule veine romanesque, Mario avait réussi, dans son Histoire de Mayta, à nous faire vivre intuitivement de l’intérieur ce qu’est le phénomène terroriste. Comment et pourquoi devient-on terroriste, même et surtout dans une démocratie ? Ce déploiement narratif et psychologique au niveau des êtres humains qui en sont les acteurs ou les jouets nous fait saisir la genèse et la nature des phénomènes politiques beaucoup plus profondément que bien des analyses politologiques. Le propre de l’art littéraire est en l’occurence de transformer en réalité dramatique autonome un phénomène politique qui dès lors passionne l’imagination même d’un public qui, a priori, s’en moquait tout à fait.
Sur le plan proprement historique, toutefois, la lecture de la Fiesta del Chivo m’a rappelé un fait que j’avais oublié. C’est que les Etats-Unis ont infligé et ont fait infliger par l’Amérique latine, dans le cadre de l’OEA (Organisation des États américains), des sanctions économiques qui ont fini par mettre à genoux la dictature de Trujillo, avant même que celui-ci ne fût abattu. Or celui-ci était un dictateur de droite et même d’extrême-droite, si jamais il en fut. Les sanctions qui le frappèrent furent beaucoup plus dure que l’embargo que les Etats-Unis (et seulement eux) devaient appliquer plus tard à Castro. Donc, il est faux de dire que Washington n’a cherché à « déstabiliser » que des régimes communisants et jamais des tyrans de droite.

Jean-François Revel, in Les Plats de Saison

Les Droits de l’Homme comme Droits de propriété (Murray Rothbard)

novembre 24, 2008 by Simon Aubert

[164]

Les sociaux-démocrates* veulent conserver le concept de “Droits” pour des “Droits de l’homme” tels que la liberté d’expression par exemple, mais se refusent à l’appliquer à la propriété privée[165][166].[167]. [168]. [169]. [170] [164] Cf. le raisonnement dans Rothbard, Power and Market, pp. 238-240. Cf. aussi Rothbard, For a New Liberty, pp. 42-44.

* L’auteur utilise ici le terme “liberals” qui, au sens américain, est plus proche de “social-démocrate” que du terme français “libéral” ; Il désigne les “libéraux” au sens du XIX° siècle anglais par “classical liberal” ou plus souvent (pour les critiquer) par “free-market” ou “laissez-faire”. Les libéraux français du XIX° siècle, dans la mesure où ils sont plus cohérents, sont pour lui des “libertarians” : c’est le cas de Dupont de Nemours, Destutt de Tracy, Jean-Baptiste Say, Charles Comte, Charles Dunoyer, Augustin Thierry, Frédéric Bastiat, Gustave de Molinari, Edmond About, Yves Guyot, etc. C’est vrai aussi des “libéraux” américains associés à la Révolution américaine ou liés à la tradition française. De manière générale, nous avons traduit le “liberal” américain par “social-démocrate”, “de gauche” ou “socialiste”. [N.D.T.]

[165] Un exemple particulièrement net de contradiction est le Professeur Peter Singer, qui appelle explicitement à conserver le concept des Droits pour la liberté personnelle, tout en versant dans l’utilitarisme dans les affaires économiques et dans le domaine de la propriété. Peter Singer, “The Right to Be Rich or Poor”, New York Review of Books, 6 mars 1975.

[166] Rothbard, Power and Market, pp. 238-239.

[167] Sur la citation de Holmes, cf. Rothbard, For a New Liberty, pp. 43-44 ; et Power and Market, pp. 239-240. Pour une critique définitive de la réputation usurpée de Holmes comme un défenseur des libertés civiles, cf. Mencken, Chrestomathy, pp. 258-64.

[168] De plus, l’idée que le fait de crier “au feu” cause en soi une panique est déterministe. ce n’est qu’une autre variante du mythe impliqué dans l’”incitation à l’émeute” dénoncée plus haut. C’est aux gens qui sont dans la salle de juger l’information qui leur parvient. Si ce n’était pas le cas, pourquoi le fait d’avertir contre un vrai incendie ne serait-il pas punissable, puisque lui aussi peut créer une panique ? Le trouble causé par le fait de crier “au feu” n’est un motif de poursuites qu’au titre de la violation des Droits de propriété exposée dans le texte ci-dessous. Je dois cette remarque au Professeur David Gordon.

** Le premier Amendement à la Constitution américaine, qui est aussi le premier article de la Déclaration des droits, protège la liberté d’expression.[N.d.T.]

[169] Irving Dillird, éd. One Man’s Stand for Freedom, New York : Knopf, 1963, pp. 477-78.

[170] Bertrand de Jouvenel, “The Chairman’s Problem,” American Political Science Review, juin 1961, pp. 368-372. L’essence de cette critique de Jouvenel est parue en italien in Murray N. Rothbard, “Bertrand de Jouvenel ed i diritti di proprietá,” Biblioteca della libertá, 1966, N°2, pp. 41-45.
Murray Rothbard in L’éthique de la liberté

Mise à jour d’"Inter fæces et urinam"

novembre 8, 2008 by Simon Aubert

A lire ici

Y figurent désormais des extraits truculents des ordures Jean Genet, Léon Blum, Alain, Ostwald, Fourier, Proudhon, Zola…

Deux clips d’excellente facture des Stranglers :

Nice’n Sleazy

Un entretien avec le médecin (Verly)

novembre 7, 2008 by Simon Aubert

Ma pauvre femme est toujours à l’hôpital. Le médecin m’a engagé à espacer mes visites le plus possible, pour lui éviter des causes de surexcitation. Lorsque j’arrive, elle se jette passionnément dans mes bras, comme si je venais d’échapper à quelque grand péril, et quand je la quitte, ce sont chaque fois des scènes de désespoir. Quand je suis parti, elle est en proie à une agitation extrême, que suit une sorte de prostration; elle pense sans cesse à moi, à ses enfants, à son père, s’imagine que nous sommes exposés à toutes sortes de persécutions et de dangers et s’affole à l’idée qu’elle ne nous reverra plus. Son esprit ne s’est pas encore remis des ébranlements successifs causés par la fuite de François et d’Aline et par la mort de notre petite Marie.
J’étais si inquiet de son état que, hier, j’ai voulu prendre à ce sujet l’avis de notre vieux médecin, qui la soigne depuis notre mariage et connait très bien son tempérament. Il venait de voir un jeune suicidé et était tout attristé de n’avoir point réussi à le rappeler à la vie.
– Désolé de ne pouvoir vous satisfaire, mon brave Martin, me dit-il. Voyez il est cinq heures : j’ai dépassé la limite maxima de ma journée de travail, et jusqu’à demain matin, il ne m’est plus permis, malgré la meilleure volonté du monde, de faire acte professionnel. J’ai déjà été dénoncé trois fois par de jeunes confrères réprimandés, eux, pour n’avoir pas justifié de l’emploi régulier de leurs huit heures, et j’ai été sévèrement puni pour surproduction. Une nouvelle récidive pourrait entraîner pour moi les conséquences les plus graves.
Je m’abstins donc d’insister, et nous nous mîmes à causer de choses étrangères au sujet qui m’intéressait. Il me reparla de la visite qu’il venait de faire et de la multiplication vraiment effrayante des suicides depuis la socialisation de notre pays.
– Votre jeune homme était probablement un amoureux désespéré? observais-je.
– Non. Dans le nombre des suicides, il en est assurément qui ont pour cause des chagrins d’amour. La politique ne peut rien changer à cela : il y a toujours eu et il y aura toujours des amants rebutés et des femmes délaissées. L’amour ne se décrète pas plus que la fidélité. Mais l’espèce d’épidémie qui va croissant de jour en jour à une autre origine. J’ai été médecin militaire, vous savez, et j’ai eu l’occasion d’observer des cas analogues au régiment. J’ai vu des jeunes gens de bonne constitution, qui ne se plaignaient ni de l’ordinaire, ni de l’uniforme, ni de la chambrée, se détruire simplement parce qu’ils ne pouvaient s’habituer à la discipline qui leur était imposée et à la monotonie de la vie de caserne.
– Ces jeunes soldats avaient pourtant la perspective d’en être quittes après deux ou trois ans et de recouvrer alors leur entière liberté?
– Parfaitement. Mais la nostalgie ne raisonne pas. Eh bien ! nous nous trouvons ici en présence de cas identiques, aggravé par le défaut total d’espérances. Les restrictions apportées à la liberté personnelle, l’étroite prison morale dans laquelle l’individu se trouve enfermé par l’organisation socialiste de la production et de la consommation, la notion de la perpétuité de cette existence terne et moutonnière qu’aucune initiative ni aucun effort de volonté ne peuvent améliorer, ont diminué dans une telle proportion le charme de la vie, qu’un certain nombre de citoyens en sont arrivés à considérer le suicide comme le seul moyen d’échapper à une destinée intolérable pour eux.

Hippolyte Verly, in Les socialistes au pouvoir

Le contrôle de la vie..(Hilaire Belloc)

octobre 19, 2008 by Simon Aubert


Le contrôle de la production des richesses est le contrôle de la vie humaine elle-même.

Joseph Hilaire Pierre René Belloc dit Hilaire Belloc, in L’État servile (Servile State)

Ces vestiges du passé (Alexander Bogdanov)

octobre 15, 2008 by Simon Aubert


« Voyez la force du passé, dit l’éducatrice dans un sourire. Il semblerait que le communisme soit atteint, il ne nous arrive quasiment jamais de refuser quelque chose aux enfants, alors d’où leur vient ce sentiment de propriété privée ? L’enfant arrive et dit « mon bateau », « c’est moi » qui l’ai fait. Et cela est très fréquent : cela va parfois jusqu’à la bagarre. Rien n’y fait, c’est la loi de la vie : le développement d’un organisme répète en abrégé le développement de l’espèce, et l’individualité, le développement de la société. Un enfant d’âge moyen a, dans la plupart des cas, ce caractère confusément individualiste. L’approche de la puberté renforce encore ce caractère. C’est seulement lorsqu’il est jeune adulte que le milieu social ambiant vainc ces vestiges du passé. »

Alexander Bogdanov, in L’Étoile rouge (Красная звезда)

Blonde, not stupid

octobre 11, 2008 by Simon Aubert

Dans l’État socialiste idéal (David Friedman)

octobre 4, 2008 by Simon Aubert


Dans l’État socialiste idéal, le pouvoir n’attirera pas les fanatiques du pouvoir. Les gens qui prennent les décisions n’auront pas la moindre tendance à favoriser leurs intérêts personnels. Il n’y aura pas moyen, pour un homme habile, de détourner les institutions pour les mettre au service de ses propres fins. Et on verra les crocodiles voler.

David Friedman, in Vers une société sans État

30 000 visiteurs!!

octobre 2, 2008 by Simon Aubert

Après un peu plus de trois ans d’activité, Libre et libéral vient de recevoir son 30 000ème visiteur.

Lequel n’a remporté ni Maybach ni séjour de rêve dans des îles lointaines ni même le droit de s’inscrire à une tombola privée.

En revanche, il pourra toujours apprécier sur Aperto Libro les dernières publications :

Une constance de l’esprit humain (Jean-François Revel)
Cantines nationales (Hippolyte Verly)
Les origines de la valeur (Étienne Bonnot de Condillac )
La fin politique la plus haute (Lord Acton)
Ni Kafka, ni Joyce, ni Proust (Mario Vargas Llosa)
Cet énorme non sequitur ( Murray Rothbard )
Être gouverné ( Pierre-Joseph Proudhon )

Nouveau lien dans la blogroll : Xp, contributeur de l’excellentissime I Like Your Style.

Le politicien et la princesse de la rue

septembre 21, 2008 by Simon Aubert


L’on connait tous le fameux aphorisme de Reagan se demandant si, entendu que politicien est le second plus vieux métier du monde, il n’avait pas certains rapports avec le premier.

C’était là, sans doute, une simple boutade car elle ne saurait résister à un examen attentif des faits :
- L’on paye une prostituée pour un service auquel on a consenti et auquel elle a consenti en toute liberté.
- L’ensemble des gretchens de l’Histoire humaine ne peut avoir plus de sang sur les mains que les hommes de l’État ne serait-ce qu’entre 1917 et 1960.
- Une prostituée ne se rappelle pas sans cesse à vous, vous avez besoin d’elle.
- Si, vulgairement, l’on peut prétendre que les deux nous “baisent”, seule la prostituée nous apporte du plaisir, le politicien s’adonnant à ce que l’on peut considérer comme un fist-fucking anal d’Etat avec du verre pilé. Et il recyclera le verre par écologisme.
- Une prostituée se contrefiche de votre religion, de vos principes éthiques, de vos origines ethniques, de votre état civil et ne vous assomme pas sous la paperasse pour votre bien.
- Une prostituée a tout intérêt à user de mille précautions face aux maladies vénériennes, un politicien n’en a aucun à respecter les garde-fous constitutionnels.
- Les artistes authentiques se prélassent dans les bras de muses vénales, pas dans ceux de tyranneaux ( y compris de Bergerac, malgré ce que l’on dit sur le tyranneau de Bergerac).

  • Archives

  • Articles récents

  • Commentaires récents

    plutôtlibéralaufond sur Un Beau Rêve (Karl Popper…
    Miroku sur La carte de fidélité SNCF Je m…
    anonyme 32123 sur La carte de fidélité SNCF Je m…
    Les Stups sur Être gouverné ( Pierre-Joseph …
    Simon sur 30 000 visiteurs!!
    Anonymous sur 30 000 visiteurs!!
    ysengrimus sur Libéralisme et Religion (Ludwi…
    Z sur 30 000 visiteurs!!
    Marc sur Immense découverte!!! (Frédéri…
    Anonymous sur De l’avortement vol…
    Anonymous sur De l’avortement vol…
    Simon sur Blonde, not stupid
    Simon sur 30 000 visiteurs!!
    Anonymous sur Blonde, not stupid
    Anonymous sur 30 000 visiteurs!!
  • Blog Stats

  • a

  • Mots-clefs